‹ Les batailles d'autrefois (volume 2)Chapitre 48 sur 152 · BAYARD · texte numérisé non relu

BAYARD

Lombards, qui commencèrent à perdre place et à reculer, mais en se défendant très-bien.

« En ce reculement, ils tirent plus de 4 à 3 milles, tirant vers Milan, et, quand ils s'en virent si près, ils tournèrent bride ; puis, à course de cheval, ils prirent, à qui mieux mieux, la fuite vers la ville.

« Les Français chassèrent tant, qu'ils furent bien près de Milan; alors, il fut crié par un des plus anciens parmi eux, qui fort bien entendait la guerre :

— « Tourne, homme d'armes, tourne ! »

« A quoi chacun obéit, excepté le bon chevalier qui, tout échauffé, toujours chassait et poursuivait ses ennemis. De sorte que, pèle-mèle avec eux, il entra dans Milan et les suivit jusqu'au palais du seigneur Ludovic. »

Comme Bayard portait les croix blanches sur ses armes, tout le monde dans la ville criait après lui :

— c< Pille ! pille !

« Il fut environné de toute part et fait prisonnier par le capitaine Jean Bernardin Cazachio, qui le mena à son logis, et le fit désarmer.

« Le seigneur Ludovic, qui avait oui le bruit, se fit amener le prisonnier, et s'émerveilla quand il le vit si jeune'.

— « Venez Çcà,. mon gentilhomme, lui dit-il, et « m'apprenez qui vous a amené tout seul en cette ville i*

1 Bavard avait 22 ans.

— c( Par ma foi! Monseigneur, répondit Baj^ard, je « n'y pensais pas entrer tout seul, et je croyais bien « être suivi de mes compagnons ; mais ils ont mieux « entendu la guerre que moi, car, s'ils m'eussent imité, « ils seraient prisonniers comme je le suis. Toutefois, « après mon inconvénient, je me loue de la fortune qui « m'a fait tomber entre les mains d'un si bon maître « que celui qui me tient, car c'est un très-vaillant et « avisé chevalier. »

Ludovic le More, « en courtois et gracieux gentilhomme », fit rendre à Bayard son cheval et ses armes, et lui dit qu'il était libre.

« Quand le bon chevalier fut accoutré, il sauta sur son cheval sans mettre le pied à l'étrier; puis il demanda une lance, qui lui fut baillée, et, levant la vue de son armet, il dit au duc :

— « Monseigneur, je vous remercie de la courtoisie « que vous m'avez faite. Dieu veuille vous le rendre! »

Comme il se trouvait en une belle grande cour, il commença à donner de l'éperon à son cheval, lequel fit gaillardement quatre ou cinq sauts ; ensuite, il lui donna une petite course, et rompit contre terre sa lance en cinq ou six pièces.

— « Si tous les hommes d'armes de France étaient pareils à celui-ci, dit le seigneur Ludovic, j'aurais mauvais parti ! »

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