G8 LA JEUNESSE DE LOUIS XI
trée, chassa tous les gens du duc de Calabre hors du village de Charenton et les obligea à se réfugier, en toute hâte, dans le camp bourguignon.
« Cette artillerie tira d'abord sur le quartier du comte de Charolais ; deux coups vinrent par sa chambre pendant qu'il dînait *.
<c Le conseil des princes décida que toute l'artillerie de l'ost serait assortie contre celle du Roy.
« L'on fit de grands trous dans les murailles qui sont le long de la Seine, derrière l'hôtel de Conflans, et on y mit toutes les meilleures pièces, excepté les bombardes et autres grosses pièces, qui ne tirèrent point. Le reste fut mis là où il pouvait servir.
« Il y avait beaucoup plus d'artillerie du côté des seigneurs que du côté du Roy.
« La tranchée que les gens du Roy avaient faite du côté de Paris était fort longue ; toujours ils la poussaient plus en avant, jetant la terre de notre côté pour se garantir de l'artillerie, car tous étaient dans le fossé et nul n'eût osé montrer la tête.
« Ils étaient en un lieu plat comme la main, et en belle prairie.
1 » Le duc de Calabre et le comte de Charolais prestement tirent apporter cuves à vendanges (pour ce que grands vignobles sont en ce quartier), et de ce, firent gros boulevards, garnis de bonne artillerie, et tellement ils battirent du travers de la rivière, que les francs-archers normands qui étaient dans les Iranchccs n'osaient lever la tête. » {Olivier de la Marche. '\
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« Je n'ai jamais tant vu tirer; de notre côté on s'attendait à les déloger à force d'artillerie ; du leur, il venait cliaque jour de Paris gens qui faisaient bonne diligence et Yi épargnaient pas la pondre.
« Beaucoup dans notre ost firent des fossés en terre à l'endroit de leur logis, ou cherchèrent un abri dans les carrières.
« Ainsi se taudissait chacun, depuis trois ou quatre jours. La crainte fut plus grande que la perte, car il ne se perdit nul liomme de nom.
« Et la vérité c'est que le Roy n'avait construit ces lignes que pour battre notre ost d'artillerie et non pas en intention de combattre.
« Quand il vit ses ennemis jeter un pont sur la Seine, pour venir prendre ses retranchements à revers, il retira ses troupes.
c< Les princes avaient donné l'ordre à maître Girauld, canonnier, de construire un pont de bateaux.
« Giraiild réunit de grands bateaux de Seine, et il fit un pont assez large pour faire passer trois hommes d'armes de front, la lance sur la cuisse *.
« En outre, il y avait six grands bateaux, qui au-
1 Les princes tirent faire un pont sur la rivière, par lequel les éclaircurs bourguignons passaient. Tous les jours, il y avait grande escarmouche au delà de l'eau. Quand les Français se venaient montrer, le duc de Calabre faisait prestement avancer sa petite compagnie de Suisses qui passaient l'eau, sans craindre les gens de cheval, car ils étaient communément 3 suisses ensemble, un inquenuire, un coulevrinier et un arbalétrier. Les Suisses étaient si duils à ce mcstier, qu'ils se secouraient l'un l'autre au besoin. - (Olivier Je lu Marche.)