LES BANDES FRANQUES
Depuis 240, les tribus germaines qui habitaient le pays compris entre le Weser, le Mein et le Rhin', faisaient de continuelles incursions sur le territoire gallo-romain.
Tantôt combattues, tantôt tolérées, les bandes franques s'établirent, peu à peu, dans la Gaule orientale. L'empereur Julien permit, en 358, aux Franks Salieiis de demeurer dans le Brabant, et aux Franks Ripuaires d'occuper les environs de Cologne.
A l'époque de la grande invasion barbare de 406% les Franks se montrèrent d'abord les alliés fidèles du vieil Empire; ils attaquèrent et détruisirent 20.000 Vandales sur la rive droite du Rhin.
Mais ils se laissèrent bientôt déborder par le flot
* Chauques, Amsibares, Chérusques, Chamaves, Celtes, Bructères, ïenctères, Attuariens et Sicambres.
2 Invasion des Alains, des Vandales, des Markomans et des Suèves.
des envahisseurs, et ils descendirent avec lui de la Meuse à l'Escaut et de l'Escaut à la Somme.
Au lieu de s'arrêter dans les cités qu'ils avaient conquises', au milieu des ruines qu'ils avaient amoncelées, les Franks aimaient mieux camper à l'air libre, dans l'enceinte de leurs chariots.
LES LÉGIONS DE LA DÉCADENCE
Végèce ^ nous apprend ce qu'étaient devenues l'organisation militaire et la tactique romaine, entre les mains des empereurs de rencontre, revêtus de la pourpre par le caprice des prétoriens.
Vers 380, la légion, de 6.100 fantassins et de 726 cavaliers, se forme ai phalange, sur deux lignes de cinq cohortes.
« La première cohorte est au-dessus des autres et par le nombre et par la qualité des soldats, qui doivent être tous des gens bien nés et lettrés. »
Elle est en possession de l'aigle, enseigne générale des armées romaines.
Les images de l'empereur sont aussi sous la garde de cette cohorte, dite milliaire, qui est de 1.105 fantassins et de 132 cavaliers cuirassés.
C'est la tête de la légion, c'est par elle qu'on commence à former la première ligne, quand on met la légion en bataille.
1 Cologne, Mayence, Trêves (440-441); Cambrai, Tournai (447). "^ Écrivain latin de la fin du IV* siècle, qui a dédié son traité De re militari à l'empereur Valentinien II (375-392).
LES LÉGIONS DE LA DÉCADENCE
Rhombe (Cavaliers lé&rs] [S â Convoi «=>- Baliste
î Catapulte.
Rauline, d'après un croquis de E. Hardy.
Fig. 69. »
«Les neuf autres cohortes ont chacune 553 fantassins et 70 cavaliers ; on les appelle cohortes des cinq cents. La troisième est composée de soldats vigoureux, parce qu'elle occupe le centre de la première ligne, et la cinquième des plus braves, parce qu'elle forme la gauche.
« Ces cohortes, divisées en cinq centuries, se rangent sur cinq rangs, formant deux lignes.
« Le premier rang se compose des princes, qui ont à peu près conservé l'armement de l'ancien légionnaire;
* Nous avons essayé de reconstituer, d'après les historiens de la décadence, la cohorte milliaire. Les éléments multiples dont elle disposait lui permettaient d'agir et de conibaltre isolément.
Avant-garde de la légion, elle s'est formée en bataille : ses deux rangs de vélites se sont déployés en tirailleurs devant le front des princes et des hastaires qui ont mis un genou en terre, pour que les machines puissent tirer par dessus leurs têtes. Les vétérans se tiennent en réserve un peu en arrière. Les machines ont pris leur place de combat : les catapultes dans l'intervalle des sections, les balistes ou onagres derrière la première ligne.
Les calaphractes appuient les ailes de l'infanterie et sont couverts, sur leurs flancs extérieurs, par la cavalerie légère, lanciers ou archers. Le matériel, l'équipage de pont, les bagages sont placés en arrière des ailes, sous la protection de la cavalerie.
le second rang, des hastaires^ portant la cuirasse, les javelots et la lance ; le troisième et le quatrième, des vélites, destinés à se répandre eîi tirailleurs sur le front et sur les flancs ; le cinquième rang, composé des vétérans, forme la deuxième ligne, à quelque distance en arrière.
« Ce n'est pas seulement par le nombre de ses soldats que la légion remporte la victoire, c'est surtout par ses machines de jet.
« On les place, sur le champ de bataille, derrière les pesamment armés, et ni boucliers, ni cuirasses ne sont à l'épreuve de leurs javelots.
« Chaque légion a son équipage de pont. Il se compose de canots faits d'un seul morceau de bois creusé, de chaînes de fer et de cordages. »
Pour passer les rivières, on attache les canots les uns aux autres, puis on les recouvre d'un plancher de madriers, sur lequel la cavalerie et l'infanterie peuvent marcher sans danger.
« La légion porte encore des crocs de fer, des faux attachées à de longues perches, des boyaux, des pieux, des bêches, des pelles et tous les outils propres à dégauchir le bois, à le scier et à l'employer.
« Elle a des ouvriers pour construire ses machines et tout le matériel nécessaire à l'établissement d'un camp fortifié. »
Malgré cet attirail de guerre, les légions avaient perdu leur ancienne renommée; Végèce l'avoue.
LES LEGIONS DE LA DECADENCE. 203
« On conserve encore aux troupes le nom de légions, dit-il, mais elles se sont abâtardies depuis que, par un relâchement, qui est assez ancien, la brigue a surpris les récompenses dues au mérite et depuis qu'on s'élève, par la faveur, aux grades qu'on obtenait autrefois par des services.
« On n'a pas remplacé les soldats libérés par congé, les morts, les déserteurs, les réformés ; tout cela fait de si grands vides dans les troupes, que si l'on n'est pas attentif à les recruter tous les ans et même tous les mois, l'armée la plus nombreuse est bientôt épuisée.
« Ce qui a encore contribué à dégarnir nos légions, c'est que le service y est dur, les armes pesantes, les récompensée tardives, la discipline sévère. La plupart des jeunes gens en sont effrayés et s'engagent de bonne heure dans les auxiliaires, où ils ont moins de peine et plus de récompenses. »
De pareilles légions ne suffisaient pas pour défendre l'Empire contre des invasions incessantes.
« Les Barbares, longtemps amoncelés aux frontières, percèrent çà et là ces digues impuissantes. Tantôt appelés par les empereurs, tantôt imposant leurs services ailleurs, courant par bandes le pays qui se refermait sur leurs traces, pillards, plutôt que conquérants, ils ne subjuguaient pas la Gaule, ils la dévastaient,
« Le résultat n'en fut pas moins la destruction de l'Empire.
« Toute vie centrale s'éteignit peu à peu ; tout lien entre les diverses contrées fut détaché, sinon rompu ; tout devint local, isolé ; le monde semblait tomber dans le chaos. Le mélange confus, la formation tumultueuse des éléments d'une société nouvelle dura du V siècle jusqu'à la fin du VHP. »* .