‹ Les batailles d'autrefoisChapitre 95 sur 203 · RETRAITE DES CROISÉS · texte numérisé non relu

RETRAITE DES CROISÉS

joii fat obligé de repasser le pont avec quelques chevaliers, pour la secourir.

Tout le monde était passé le 5 avril. Le roi fit, en personne, monter sur les galères les malades et les blessés; mais, malgré le scorbut et la fièvre qui le minaient, il refusa de s'embarquer et de se séparer de ceux de ses hommes d'armes, qui pouvaient encore marcher ou chevaucher.

Dans la confusion de la retraite, on n'avait pas coupé les cordes du pont de bateaux. Les Sarrasins, survenant pendant l'embarquement, firent des malades un afiTreux carnage ; les mariniers effrayés s'enfuirent, mais ils allèrent donner dans les galères égyptiennes embossées à quelque distance (Fig. 96, p. 270).

« On leur tira telle foison de traits avec feu grégeois, qu'il semblait que les étoiles tombassent du ciel. Les nefs clirétiennes furent prises à l'abordage « et on ne vit plus, sur tout le lit du fleuve, que nefs échouées et pillées. Chrétiens tués et jetés à l'eau. »

« Cependant le roi cheminait à l'arrière-garde, monté sur un petit palefroi, à cause de sa grande faiblesse, et couvert seulement d'une robe de soie.

« Quand les Sarrasins l'assaillaient, son porte-bannière, Geoffroy de Sargines, le défendait à grands coups d'épée.

« A Kiarceh, le roi n'était plus transportable; on le mit au lit. Au même moment, les mameluks entraient dans le village. »

Saint Louis fut pris malgré le dévouement de ses chevaliers. Ses deux frères, qui avaient aussitôt rebroussé chemin, pour l'arracher aux mains des Infiiidèles, partagèrent son sort.

La noble attitude de ce roi de France à demi-mort, frappa de respect les farouches mameluks, qui, pour éviter la peste, venaient d'égorger le plus grand nombre de leurs prisonniers.

On dit même que les émirs offrirent à saint Louis le titre de sultan. Il eût préféré mourir que de régner sur les Infidèles. Les médecins arabes le guérirent et les vainqueurs se contentèrent de lui imposer une forte rançon.

Malgré leur défaite, les nobles chevaliers du pays de France ont laissé en Orient un tel souvenir de leurs prouesses, que tout guerrier chrétien est encore pour les Orientaux un chevalier frank.

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