INTRODUCTION
Nous avons vu dans ÏHistoîûgue auquel est consacré le premier volume de cet ouvrage comment, à travers des tâtonnements sans nombre, après mille et un échecs ou succès partiels où la déception était proche souvent du trop hâtif chant de victoire, le bateau sous-marin est arrivé à une existence vraie .
Encore qu'il demeure, il faut Tavouer, bien des points délicats incomplètement élucidés, bien des insuccès futurs, possibles et même probables, le sous-marin aujourd'hui navigue; — il n'y a pas longtemps.
Il est curieux de se demander pourquoi deux siècles et plus se sont consumés en efforts vains, alors que tout à coup, ou du -moins en fort peu d'années, une solution presque satisfaisante a été obtenue. La réponse est facile, et ce n'est pas seulement dans la perfection moderne des machines et des moyens de construction que nous la trouverons. En réalité, les inventeurs d'autrefois cherchaient au hasard et beaucoup en aveugles, ignorant surtout la question qu'ils ne s'étaient pas nettement posée dès l'abord, et, au premier essai, ils se heurtaient k un imprévu décevant qui les faisait échouer quelquefois sans lutte.
BATEAUX SOt'S-lIARiNS. — II. 1
â tES HÀTKÀUX SOLS-MaHINS
C'est qu'il est complexe, en ell'et, hérissé à chaque pas de diflicultés peu communes et que Ton n'a point coutume de rencontrer dans le cycle ordinaire des investigations scientifiques ou mécaniques, ce problème de la navigation sous-marine! Il était bien d'ailleurs, par son mystère même, fait pour tenter les volontés hardies, pour les décourager aussi parfois par les troublantes inconnues qu'il découvrait tout à coup, cependant qu'on cherchait h dégager les autres.
Et voilà pourquoi il a fallu tant de temps pour poser seu-. lement la question de façon bien précise, — voilà pourquoi aussi, depuis qu'elle est ainsi posée, il a été fait plus de chemin en quelques rapides années qu'on n'en avait d'abord parcouru en deux siècles.
Quel est-il donc ce mystérieux problème aux données si étrangement imprécises et embrouillées? Le voici dans toute son apparente simplicité :
Réaliser un bateau tout spécial crime forme à déterniiner^ capable^ — tout en pointant un équipage nécessaire à sa manœuvre^ un armement offensif puissant et commode^ qui ne puisse cependant le mettre lui-même en danger^ et un moyen de défense efficace et prompt^ — de naviguer à la surface de la mer à la façon d'un navire ordinaire^ de s'enfoncer à volonté à la profondeur nécessaire et souvent variable, de naviguer ensuite entre deux eaux suivant une direction ou une route horizontale connue ou vers un but choisi sans rien perdre de ses moyens d\iction ni de ses garanties de sécurité, de remonter à son gré à la surface et de pouvoir, consécutivement s'il le faut, réitérer ces exercices pendant un certain temps connu à P avance, sans aide ni appui venu de l'extérieur.
Voyons donc quelles sont les multiples questions que nous aurions à résoudre pour remplir toutes ces conditions.
Réservant pour plus tard la détermination de la forme exté-
INTRÔDLCTION 3
rieure possible et favorable pour que le bateau complètement immergé se tienne en équilibre stable dans cette position, y résiste aux pressions que Teau environnante exerce sur sa paroi évidemment hermétiquement close de toutes paris et y obéisse aux organes moteurs et propulseurs qui lui seront adjoints, nous supposerons connus cette forme et ces appareils de marche, dont Tétude sera faite aux chapitres spéciaux Forme et Force motrice et propulsion.
Prenons donc ce bateau dans la position initiale où forcément il doit être pour qu*un équipage y puisse pénétrer, c'est-à-dire flottant à la surface de Teau à la façon d'un navire ordinaire et, après avoir effectué la fermeture hermétique de la paroi, — fermeture qui doit être faite, comme l'opération inverse d'ouverture, par les hommes placés à l'intérieur, — nous devrons déterminer par quels moyens il nous sera possible de faire descendre ce bateau dans l'eau à une profondeur voulue et de l'y maintenir. Il nous faudra en même temps déterminer la limite extrême que pourra atteindre ce bateau, et régler le mouvement rapide et sûr de retour à la surface. Nous aurons donc résolu le problème de VImmersion.
Nous avons maintenant un bateau qui s'immerge et émerge à volonté et que nous supposerons toujours mû par des appareils de propulsions convenables dont l'étude sera faite à part. Nous devons alors faire que cette poussée en avant du bateau sous l'influence de ses propulseurs, dessine une route connue et préalablement choisie, c'est-à-dire que le bateau se dirige dans un sens ou vers un but déterminé. Là sera, disons-le tout de suite, la question la plus ardue et celle qui, aujourd'hui encore, est le plus imparfaitement résolue, nous l'appelerons problème de YOrientalion.
Mais il est une question auxiliaire qui se mêlera constamment aux deux précédentes et que nous devons résoudre en
même temps. Sur le bateau immergé, en effet, nous devrons effectuer toutes les manœuvres que comporte sa conduite et son utilisation et déterminer dans ces actions intérieures, comme dans les influences extérieures que peut subir le navire, les éléments susceptibles de troubler ou de rompre son équilibre ou son assiette de quelque manière que ce soit. La nécessité alors se fera sentir d'organes annexes ayant pour fonction d'empêcher ou de rectifier ces ruptures d'équilibre afin que, si elles ne peuvent être complètement évitées, au moins elles soient de peu d'importance et momentanées seulement. Ce sera le problème de la stabilité.
Maintenant que nous nous sommes occupés de toutes les conditionsspéciales de navigabilité du bateau, il nous faut donner notre attention à son équipage et déterminer les aménagements intérieurs pour que le navire soit habitable, aussi bien que les rapports de ce navire avec l'extérieur, qui devront assurer sa sécurité dans tous les cas possibles. Ces problèmes de Vhaùitahilité et de la sécurité sont trop complexes pour être indiqués dans ce préambule autrement que par la mention de leur existence. Notons seulement que c'est en les résolvant que nous devrons nous préoccuper de fournir aux hommes enfermés dans le sous-marin la quantité d'air respirable nécessaire à leur existence normale et que nous rencontrerons là une grosse difficulté.
Nous avons désormais un sous-marin digne de ce nom ; — avec son équipage qui reste dans des conditions qui ne compromettent pas sa vie, il s'immerge et navigue régulièrement suivant la route qu'il a choisie, — il faut maintenant que nous rendions ce bateau utile à quelque chose pour le but qu'on s'est proposé en l'imaginant, c'est-à-dire que nous déterminions, en ne perdant jamais de vue la question de sécurité intérieure, quelle sera l'arme offensive dont il pourra user avec succès. Ce sera le problème de Vannement.