PROTECTION CONTRE LES COLLISIONS NAVALES ÉCLAIRELRS DE MARCHE
Le nombre croissant des navires et l'augmentation de leur vitesse de marche ont considérablement augmenté les sinistres de mer, dus aux échouements et aux collisions. Les sinistres relevés par le Bureau Veritas pendant la période décennale 1885-1891 s'élèvent à :
Voiliers 40.474, soit une moyenne annuelle de 4.0i7,4
Vapeurs 27.143 » » » 2.714,3
Total 67.617 « » générale annuelle 6.761,7
La progression dans le nombre des accidents a été la suivante :
., ... ) 1.885 Voiliers j ^ gg^
Vapeurs j^g^^
Ces faits n'émeuvent pas Topinion publique, ignorante de la situation ; elle no se trouble que momentanément, sous le coup de catastrophes retentissantes, telles que le récent et déjà oublié naufrage de la Bourgogne, Cependant combien de vies, combien de millions sont ainsi engloutis? D'autre part, les Compagnies d'Assurances maritimes ne se plaignent nullement de cet étal de choses. Il est vrai que des Congrès se sont réunis et une Conférence internationale a été tenue. Les pouvoirs publics des nations maritimes ont proposé des prescriptions ayant pour but de diminuer la fréquence et la gravité des collisions navales, en imposant d'une manière générale la vitesse et la route que
EchoueiDents
Collisions
Totaux
un tiers
le double
devront adopter les navires, suivant les lieux et les circonstances.
Quels seraient les résultats de cette réglementation internationale, en admettant qu'elle soit observée par les navigateurs, ce qui est douteux? Son effet certain serait d'annihiler les résultats obtenus, après tant de dépenses et d'efforts, pour réaliser une économie de peine et de temps' dans les voyages maritimes.
Avant de se résoudre à un pareil mouvement de régression, ne faut-il pas examiner si le problème ne comporte pas aussi et surtout des solutions d'ordre technique?
Les découvertes scientifiques et le perfectionnement des industries mécaniques et électriques apportent chaque jour des moyens nouveaux, permettant souvent de résoudre les problèmes qui paraissaient les plus insolubles. Or, tous les moyens connus de prévenir les collisions navales n'ont pas été mis à l'épreuve des essais pratiques.
Comment ont été obtenus et comment se développent les étonnants progrès accomplis dans la vitesse des navires? Par l'étude et l'utilisation permanente et sans cesse complétées de toutes les découvertes, de tous les perfectionnements ayant trait à leurs machines motrices, aux propulseurs, etc., et, en résumé, à tous les éléments, sans exception, de cette question.
Est-ce que, par voie de conséquence, les progrès réalisés dans la construction des navires et la puissance de leurs moteurs ont été, jusqu'ici, complétés par des moyens équivalents de garantie contre les dangers résultant de masses plus grandes animées de plus grandes vitesses, qui caractérisent les nouvelles constructions navales? Nullement! Cependant, en vertu du parallélisme de développement qui, seul, peut constituer des organismes normaux et viables, il est évidemment nécessaire qu'à laugmentation des puissances motrices, réalisant les grandes vitesses, causes des dangers, corresponde une augmentation ou un perfectionnement équivalent des moyens préventifs de ces mômes dangers. Le mal ne tient donc, en définitive, qu'à ce défaut de parallélisme dans les progrès de
la navigation. 11 en résulte que le seul remède logique et pratique consiste à amener les 'moyens de garantie au niveau des moyens intensifs d'action, dont l'emploi va se généralisant de plus en plus.
Comment se pose le problème de la prévention des collisions navales ?
Les causes de collisions peuvent être résumées ainsi :
1° Le fait de n'avoir pas aperçu l'obstacle quelconque, bateau, récif, iceberg, etc., qui se trouve sur la route du navire en marche ;
2° Le temps, trop court, qui s'écoule entre le moment où cet obstacle est signalé, et le moment où la collision se pro-
Fio. 308.
duit ; temps insuffisant pour assurer la manœuvre de déviation de la route primitivement suivie;
3° L'incertitude dans laquelle se trouve le commandant d'un navire, sur la position exacte de l'obstacle signalé ou soup-
APPARIitLS DIVERS
çonné et menaçant de déterminer une collision ; incertitude qui cause à son tour l'indécision sur la manœuvre à accomplir, empoche qu'aile soit faite à temps, ou a pour conséquence de terribles erreurs de direction.
Or, d'après l'avis de marins expérimentés, le commandant d'un navire marchant à grande vitesse peut changer sa route, de manière & éviter une collision, lorsqu'il est prévenu de l'existence et de la position d'un navire en mouvement iuvcrse du sien, situé ^ la distance de quatre fois la longueur de son propre navire. Les plus grands navires actuellement en conslruction u'atteignant pas 200 mètres de longueur, il s'agit donc de connaître en permanence, pendant la brume et l'obscurité, s'il existe un obstacle, et en quel point, sur lu route que va parcourir un navire, dans une zone de 800 à 1.000 mètres d'étendue.
Le Protecteur Naval présente les éléments nécessaires à la réalisation de ces conditions
générales du problème. Il est essentielle- ITZ^- — ^
ment constitué par une ou plusieurs tor- y,o a09.
pilles électromobiles dirigeables remplissant les fonctions à'éclaireurde marche, telles qu'elles viennent d'être définies, en précédant de SO(J à 1.000 mètres le navire, qui leur fournit la force motrice et la direction, et dont ils doivent explorer la roule.
Le rôlede Véclaireur de marche est non seulement de signaler à son navire tout obstacle rencontré sur sa route, mais, en mtimc temps, de porter aussi loin et aussi nettement que possible l'avertissement de la proximité de son navire. Pour remplir ces buts multiples, il est construit et muni d'organes, comme suit (/iff. 308 et 309).
Une première partie A, formant flotteur, a la forme générale d'une coque debateau. Elle tienleu suspension une seconde par-
lie B,ccmplètemenl immergée, pisciformeoufusiforme, qui contient la plupart des organes de fonctionnement : Télectromoteur C, surFaxe duquel sont montées Thélice propulsive D et une turbineenE. Cette demièreest destinée à produire des signaux sonores F, tandis que les signaux lumineux sont produits en G, sur un petit màt. A l'avant, une étrave fléchissante, ou bouclier H, fixé sur deux tiges agissant comme commutateurs électriques, lors de la rencontre d'un obstacle. De semblables commutateurs sont aussi disposés, en d'autres points, sur le câble. Un gouvernail I est conjugué, en action concordante, avec la barre d'attelage et de direction J, recevant le câble électrique isolé K, servant de relation avec le navire. Sur l'axe de J est fixé un arc de cercle denté L, engrenant avec une vis sans fin M. Cette dernière est actionnée tantôt dans un sens et tantôt dans l'autre, par un petit électromoteur d'une disposition spéciale, telle que la barre d'attelage J et le gouvernail I soient, à volonté, commandés du navire de l'éclaireur, de façon à occuper des positions quelconques, déterminées avec certitude et connues en permanence, sur le navire. L'éclaireur démarche peut être muni d'autres dispositifs encore, tels que, par exemple, de microphones permettant de percevoir des bruits ou signaux sonores, encore imperceptibles à l'audition simple sur le navire, et d'établir une correspondance téléphonique, qui peut être précieuse en cas de collision. Or toutes ces fonctions peuvent être assurées au moyen d'un câble de relation avec le navire contenant trois ou quatre conducteurs isolés, de petit diamètre.
Ainsi armés, les éclaireurs de marche, tant par les signaux émis que reçus par eux et transmis à leurs navires, auraient pour efl*et d'augmenter en étendue, en puissance, en précision et en durée, les facultés d'observation et de transmission de tous les phénomènes qui sont liés aux causes de collisions navales. Et il n'est pas douteux que la valeur de semblables moyens automatiques d'avertissement des phénomènes et d'exécution des fonctions protectrices est supérieure à la valeur des moyens fournis par l'usage de nos sens, très délicats,
mais trop sujets à l'illusion, à la distraction et à la fatigue.
De Tensemble des dispositions ci-dessus indiquées, il ressort que, le commandant d'un navire, muni d'éclaireurs de marche de ce genre, sera averti, en temps opportun, de façon à lui permettre d'éviter une collision avec un autre bâtiment, une banquise, un récif, un obstacle quelconque. D'autre part, un navire au repos ou un point fixe quelcDuque sera, comme un navire en marche, prévenu, de la même manière, d'un danger de collision avec un naviro ou corps quelconque en mouvement vers lui.
En joignant aux moyens que nous venons de décrire, et suivant les cas, la télégraphie sans fils, les observations acoustiques système Hardy et tant d'autres moyens à combiner, de grands progrès seraient s&rement réalisés. En tous cas, jusqu'à ce que les découvertes et les perfectionnements d'appareils concernant la prévention des collisions navales n'auront pas été soumis à l'expérimentation pratique, nul ne pourra prétendre à l'impossibilité de lutter efficacement contre ces terribles dangers et de conjurer ces désastres.