ET DES ONGUENTS
1° Zndications générales. — Pour certains, les baumes et les onguents, convenablement choisis, pourraient à eux seuls constituer tout l'arsenal thérapeutique des affections cutanées. C’est ainsi que Baïissade, frappé des bons résultats qu'il obtient avec son baume, le considère comme « le topique el non pas les topiques ». «La prétention, dit-il, d'employer à la guérison d’affections si différentes un seul remède même composé, paraîtra à prcmière vue absurde. Mais à première vue seulement, car si on examine d’un peu près les innombrables préparations pharmaceutiques mises journellement en usage dans la thérapeutique cutanée, on verra que les principes actifs de ces formules, en apparence si diverses, se réduisent en réalité à un tout petit nombre... Quoi de surprenant alors que quatre agents bien choisis, bien groupés, bien amalgamés, bien fondus, dans un véhicule non irritant et doué d'une pénétration exceptionnelle, nous aient donné des succès dans les dermatoses les plus diverses ? »
| Charcellay 3
: Nous nous garderons d'adopter cette manière de voir, elle part en effet, d'un principe qui n’est rien moins que démontré : l’origine purement et simplement inflammatoire de toutes les dermatoses,
Sans, done, aller aussi loin que Baissade, on peut dire néanmoins, que les baumes et les onguents à base d’extraits végétaux et d'huiles essentielles, répondent à la plupart des indications thérapeutiques des affections cutanées.
La médication calmante et anli-prurigineuse, ÿ aura recours avec avantage: Brocq et Jacquet, recommandent l'emploi du baume tranquille dans les douleurs de l’érythème noueux et de la maladie de Raynaud; Huguenin et Dupont insistent sur l'heureuse action anesthésiante du gaïacol et des essences végétales dans le traitement des brûlures étendues. Le prurit parfois si rebelle des eczémas chroniques et du pityriasis versicolore, est bien calmé par la crème d’Heymann, à base d'extrait de tulipes (chiéline). Les baumes aromatiques, l'essence de menthe, sont employés couramment comme anti-prurigineux locaux.
Si maintenant, nous examinons les irritants locaux et les révulsifs, nous y voyons figurer en bonne place, les topiques qui nous occupent. Voici, par exemple, une lotion excitante que Brocq et Jacquet préconisent contre la pelade :
Baume de Fioravanti | ., Alcool camphré ep ne CE
Teinture de cantharide ( , .
Teinture de romarin à à 10-30
. C’est encore à des topiques plus ou moins irritants qu'a recours la médication substitutive où réductrice’ comme l'appelle Unna. On cherche à subtituer une inflammation de bonne nature et pouvant guérir avec rapidité à l’inflammation morbide, laquelle n'évolue pas spontanément vers la guérison. Le goudron, l'huile de cade, les baumes, le camphre, l'huile de lin, sont considérés par Unna, comme des agents réducteurs excellents, dont l'emploi est indiqué dans les eczémas chroniques, le psoriasis, les parakératoses.
L'action parasiticide des baumes et onguents, n'est plus à démontrer. Ils ont le plus heureux effet dans le traitement des affections dues à des parasites animaux. Contre la phtiriase inguinale Besnier prescrivait la for-
mule suivante :
moins irritante et aussi efficace que la pommade mercurielle. Brocq et Jacquet donnent une préparation du
même genre contre les poux de tête :
PORTE ER A ee des sue ee 100 gr Huile d'olives. ........ pis LEE 50 Baume du Pérou..... > SRE 20
Contre la gale, on peut employer avec avantage les huiles essentielles, comme dans la pommade de Bour-
guignoOn :
Divcerine Cm rade. 200 PT:
Fleur de soufre....... I, TOO Carbonate de potasse........ . 25 Gommie adragante.......:.:. 5 Huile de lavande. .... SFR
— MONET Se dar LA
À à 1 gr. 5o.
Le -Hrcatyophyiléeé. 52210 He
— CINTAIMOTNE AS see ee
ou le baume du Pérou, à l’état pur mélangé avec de
l'huile ou en onguent:
Résorbine..... ENS ss TOO DE:
NICOLE ET ASE A
Baume du Pérou........ SD
Acide benzoïque..:.........: o gr. 75.
Huderide girofle. 2... #0 2 IT gouttes.
(Hallopeau et Leredde)
Le styrax est également utilisé, associé à parties égales à de l'huile. Il est particulièrement indiqué sur les peaux fines et dans le cas de vive irritation.
Quant aux dermatoses dues à des parasites végétaux, nous avons vu le bon effet de l’extrait de bulbe de tulipes dans le pityriasis versicolore ; l'huile de cade trouve son emploi dans le traitement des différentes sortes de teignes.
Non seulement les baumes et les onguents agissent bien dans les dermatoses parasitaires, mais ils possèdent contre les dermatoses microbiennes, une action antiseptique puissante. Pour Baissade. c’est surtout comme antiseptique qu'agirait son baume. Il est certain, en tous cas, que cette action antiseptique, indéniable, explique en partie au moins les bons résultats qu'il a obtenus dans des eczémas rebelles, dans des eczémas séborrhéiques et des sycosis. Qu'on fasse jouer en effet, un rôle primordiel aux microbes pathogènes dans le développement de ces affections, ou qu’on croit à des lésions microbiennes ne se produisant que secondairement et sur un terrain préparé, on est obligé d'attribuer une importance capitale aux microbes, dans la persistance,
et la propagation de proche en proche des lésions,
AS
C'est à une action microbicide spéciale, qu'il faut encore attribuer l’heureuse action de l'huile de Chaulmoogra sur les tubercules lépreux. Il n’est pas étonnant, d'autre part, étant données les nombreuses analogies entre le bacille de la lèpre et le bacille tuberculeux, que Richard Jones, ait obtenu de bons résultats de l'huile de Chaulmoogra dans le traitement du lupus.
Les brûlures, les érosions superficielles et très étendues que se font les coureurs cyclistes en tombant sur le ciment sont de grances surfaces dénudées, offertes à l’envahissement microbien. Ici encore, les essences végétales, et les baumes, donnent les meilleurs résultats, comme l'ont bien vu, chacun de leur côté, MM. Lucas- Championnière et Gastou.
Nous avons dit plus haut, que si elles étaient microbicides, les essences végétales, n’altéraient aucunement les tissus sur lesquels on les applique. Elles font mieux, elles sont puissamment kératoplastiques, et c’est encore une des raisons, qui indiquent formellement leur emploi dans ies brûlures étendues et les grandes érosions. Pour la même raison, M. Sabouraud a obtenu les meilleurs effets de l'emploi du baume du commandeur dans les lésions fissuraires, de quelque nature qu’elles soient. Enfin, L. Hermann, recommande pour activer le bourgeonnement des vieilles plaies ulcéreuses, et refaire promptement l’'épiderme, des onguents à base de baume du Pérou. Ces constatations faites de nos iours, ne viennent-elles pas confirmer ce que disait Jean Fernelli en
1669 quand il parlait des baumes « sarcotiques, propres
à faire pousser la chair manquant dans une blessure ou
—.l2 — , un ulcère creux ». Tout est dit et l'on vient trop tard... et il faut déplorer avec Sabouraud l'abandon dans lequel onlJaisse de vieux médicaments qui ont guéri pendant des siècles, au profit de médicaments nouveaux qui auront disparu demain.
20 Quelques indications spéciales de l'emploi des baumes et des onguents. — Nous n’avons pas en vue de faire ici l'énumération fastidieuse de toutes les affections cutanées dans lesquelles l'emploi des baumes et des onguents est justifié. Nous voulons préciser simplement quelques indications de leur usage qui nous semblent bien établies.
C’est d'abord le traitement de lésions eczémateuses anciennes, rebelles et localisées.
Il nous faut citer iei avant tout, trois formules qui sont actuellement couramment employées et dont les heureux résultats ont été appréciés par tous. L'une de ces préparations est connue à Saint-Louis sous le nom de
«pommade contre l’eczéma de Gaucher ». En voici la formule :
Soufre précipité et tamisé......
Acide salicylique pulvérisé..... $âà r gr.
Camphre pulvérisé.......0
Ilune-de” cadet ne . 10 Oxydéde zinc Lies) ee 20 NAS ner EL AURA RME ER 30
On voit immédiatement que le professeur Gaucher associe dans sa formule aux agents minéraux comme l’oxyde de zinc, l'acide salicylique: et le soufre, des pro-
duits végétaux que nous avons souvent trouvés dans les
formules de la vieille pharmacopée, l'huile de cade et le camphre. À ce titre, et c'est pourquoi nous la citons ici, cette pommade mérite autant le nom de baume que le baume Baissade dont nous parlerons tout à l'heure. Les indications thérapeutiques de la formule Gaucher sont d’ailleurs sensiblement les mêmes que celles de la formule Baissade. On l’émploie habituellement avee succès contre les eczémas secs chroniques.
Le baume de Baissade est composé de goudron, de camphre, de soufre et d'huile de Chaulmoogra ; l’auteur ne donne ni les proportions de ces diverses substances, ni l’excipient de son baume. Il dit seulement que ce véhicule est (non irritant et doué d’une puissance de pénétration exceptionnelle ».
Malgré que Baissade considère son baume comme une panacée, bonne pour toutes les dermatoses, nous pensons que l'usage en est surtout indiqué dans les cas d’eczémas anciens et circonscrits. Si l’on s’en rapporte d’ailleurs à sa brochure parmiles 59 observations publiées 42 ont trait à des lésions cutanées du genre de celles dont nous parlons. Nous avons nous même employé fréquemment cette préparation au cours des deux années d’internat que nous avons passées à la maison de Nanterre. Nous avons traité par cette méthode des eczémas localisés apparus chez des vieillards et ayant résisté aux autres traitements habituels. Nos résultats ont pleinement confirmé ceux énoncés par l’auteur. L'application du baume n’a jamais paru irritante ; les effets thérapeu-
tiques en ont presque toujours été prompts, et les réci-
Aer dives quand elles se sont produites ont été bénignes et vite réprimées.
« Nous avons eu, dit Baissade qui est venu pendant six mois expérimenter son baume à l'hôpital Saint- Louis, nous avons eu à soigner beaucoup de malades porteurs d’eczémas infectés des membres inférieure ; aucun de ces malades, tous des ouvriers, n’a interrompu son travail... tous ont parfaitement guéri et avec une rapidité surprenante... Les cas les plus rebelles, ont été naturellement les eczémas nummulaires lichénifiés avec infiltration. Il fallait que le médicament eüt le temps de pénétrer les couches profondes de la peau et d'y effectuer l’antisepsie. Il fallut, de plus, comme dans toute lichénification que le topique effectuàt un véritable décapage des régions atteintes, en enjevant petit à petit les couches d’épiderme mortifié et kératinisé ».
Le baume de Duret est composé de principes actifs en combinaison avec le camphre et en dissolution dans
l’acétone :
GoOudron tetes DOUfLE: CEA MONTS Huile de cade. .. +15 Boratide de soude 36 Résorciner: Aer 0 Giicérine. ARR Menthok:r5 05 Acétone:::: 12.115 980 Gaaeol SES Huile de ricin. .:. 4o Camphre 0" 4o Éanoliné SE r00
Cette préparation donne de très beaux résultats mais, son application doit être surveillée, car elle estun peu irritante. M. Brocq déclare, dans son Traité élémentaire de dermatologie pratique, que le baume de Duret peut être employé dans un grand nombre de dermatoses pruri-
gineuses : eczémas;lichens, prurigos,etc., et est fortement
anti-prurigineux. Nous avons eu également l’occasion d'employer ce baume sur quelques eczémas rebelles et nous avons obtenu de très beaux résultats.
Dans le sycosis non parasitaire de la barbe et de la moustache, les onguents sont d’une utilité incontestable. Avec où sans épilation préalable, suivant qu'on a affaire à une forme grave ou bénigne, après ouverturé des pustules volumineuses, s’il en existe, on emploiera avec avantage soit l'huile de cade sous forme de glycérolé cadique ;
Glyeérolé d'amidon JMS :er.
LOI dede nil une ro + | Extrait de panama . .
soit le styrax additionné de deux parties d'huile. Baissade cite dans sa brochure, cinq cas de sycosis guéris par l'emploi de son baume, en un temps qui a varié de dix jours à un mois et demi, et sans qu'on ait pratiqué l'épilation.
Tout récemment, M. Sabouraud vient de consacrer un article au baume du commandeur qu’il considère avec Emile Vidal, eomme le topique de choix dans les lésions fissuraires. ;
Ce baume qui contient comme éléments principaux du baume de tolu, du benjoin, de l’aloès, de l'alcool, ete. donne, dit l’auteur, vraiment des résultats sans pareils, dans le traitement des lésions fissuraires : fissures traumatiques et gerçures des mains et des lèvres causées par le froid. ou par l'immersion continue des mains
dans l’eau, fissures eczématiques dans les plis palmaires
au cours des eczémas hyperkératosiques des extrémités, ou encore dans les kératodermies artificielles ou congénitales,
Dans tous ces cas, le mode d'emploi reste le même. A chaque pansement, au besoin deux fois par jour, après nettoyage des parties malades, on passe au pinceau dans chaque fissure une couche de baume. La sensation est cuisante et désagréable, mais la douleur à presque aussitôt disparu. Lorsque le baume a séché, comme il est rétractile à la façon d’un collodion ou d'un stérésol, la fissure parait plus petite qu'auparavant. Elle est, en tous cas, moins douloureuse. Les mouvements des doigts et des mains sont devenus plus faciles. En quelques jours, le fond des fissures sera épidermisé et guéri. L'auteur ajoute que le baume du commandeur ne guérira bien que les fissures, sans agir efficacement sur les lésions de surface au cours desquelles la crevasse s’est développée. Ne serait-ce pas le cas de joindre à l'emploi du baume du commandeur, l'usage du baume de Duret ou de Baissade ?
Depuis quelques années l'attention est attirée sur les bons effets des onguents à base d’essences végétales, dans le traitement des lésions traumatiques étendues de la peau et du tissu sous-cutané, telles qu’en réalisent les brûlures, ou les chutes sur le ciment, des coureurs cyclistes marchant à une vive allure (brûlures de ciment)»
L'empirisme ancien avait déjà établi un point important, c'est que les applications de liquides aqueux et les grands lavages sont néfastes. Après l'échec de la méthode
aseptique ou même antiseptique appliquée rigoureusemen, on eut recours aux pommades à base de vaseline et contenant du précipité blanc, de l'acide borique, du sousnitrate de bismuth, de l’iodoforme, de l’iodol, du dermatol; mais ces pansements étaient douloureux et n’empèêchaient guère les infections secondaires, et l’on revient maintenant à des formules qui ne sont guère que les anciens onguents rajeunis et perfectionnés. ‘
Nous avons cité la formule préconisée par MM. Dupont et Huguenir en 1906.
En 1907, MM. Gastou et Guillet ont présenté à la Société de Dermatologie un travail montrant que les essences et résines peuvent, avec l’adjonction de poudres inertes ou actives, entrer dans la composition de baumes ou onguents des plus utiles et actifs dans le traitement des dermatoses.
Parmi ces baumes ou onguents, ils en signalent deux qui ont donné des résultats remarquables dans le traitement des brûlures, et en particulier dans un cas de brûlure du visage et du dos par l'acide sulfurique.
Dès le lendemain de la brûlure, le liniment suivant
fut appliqué recouvert de ouate :
Liniment oléo-calcaire..... 4o gr.
Lanbline.".. HAE SE dé 20
N'ASEUME LE MN re 10
Huile de goménol......... 10
RORIVOL PE ER A ER tien 10 Ortholopme, 27. 0
Essence de verveine....... XXX gouttes Essence de lavande. ...... . XXX
Carbonate de magnésie...{àà Quantité suflisante Rae ne D Et à ae . (pour faire une crème.
pr
Cette crème était renouvelée au début tous les jours. Très rapidement les eschares se détachèrent en même temps que la bouffissure des téguments diminuait. Les applications n'étaient pas douloureuses, la suppuration très peu marquée.
Du quinzième au vingtième jour, des pulvérisations de résorcine à 1 p. 500 furent faites et le liniment rem-
placé par la composition suivante :
Baume du Pérou........... XXX gouttes Onguent styrax:.......... rx gré Essence d’eucalyptus....... XX gouttes irEssenserde canelle 52.20 V gouttes Huile.de ;:vaseline- 72007 DOME Carbonate de chaux préc... 15
Cet onguent plus douloureux que le liniment fut néanmoins bien supporté. Les brülures ont guéri à la face complètement ; dans le dos où elles étaient très profondes, elles ont laissé quelques chéloïdes que les scarifications ont fait disparaître.
Enfin, tout récemment, M. L. Championnière a consacré une leçon clinique sur le même sujet.
Après avoir montré les dangers des antiseptiques violents, appliqués sur de grandes surfaces dénudées, où l’absorption peut se faire rapidement, il signale le danger des pansements humides qui favorisent les fermentations et des poudres et topiques secs, qui forment des croûtes étendues, sur lesquelles l'infection se propage. Des pommades diverses qu’il a employées, celles qu'il préfère sont les pommades aux essences. « Leur action est tellement favorable, que dans les services
hospitaliers où j'ai passé, on en faisait une consomma-
re tion énorme. Mes anciens élèves en venaient chercher... »
Nous avons donné plus haut les formules données par M. L. Championnière. Il nous souvient d'en avoir observé les bons effets dans son service, lorsqu'il était à l'hôpital Beaujon. A cet hôpital où l’on amène souvent des coureurs cyclistes blessés, M. Championnière faisait panser avec les mêmes pommades les grandes érosions consécutives aux chutes sur le ciment. Les blessés surent vite apprécier les bons effets de ces onguents à essences végétales, et préféraient à tous les autres ces pansements grâce auxquels la cicatrisation se faisait rapidement.
Il y avait du bon, on le voit, dans les vieilles formules de la pharmacopée ancienne. Convenablement rajeunis, préparés avec des excipients meilleurs, débarrassés des ingrédients inutiles et bizarres, stérilisés soigneusement, les onguents du « sieur Pierre Pomet, marchand épicier et droguiste » du xvu° siècle peuvent rendre encore de
grands services aux dermatologistes du xx° siècle.