AUX AMES CHRETIENNES
Chères âmes, je vous dédie ce petit livre.
Qu'ai-je voulu faire en publiant ces instructions, que plusieurs d'entre vous ont entendues? Redire ce qui a été dit cent fois? Répéter, sous une forme à peine nouvelle, les enseignements qui ont bercé votre enfance ?
Quand je ne prétendrais pas autre chose, je n'aurais peut-être pas perdu ma peine. Tout le monde le sait, et mieux que personne vous le savez, chères âmes : les vérités pratiques, celles qui condui-
PREFACE
sent la vie de tous les jours, ont besoin d'être souvent répétées, de devenir familières, comme nous est familier Taliment par excellence dont on ne peut se passer : le pain quotidien.
Et toutefois j'ai voulu davantage. Nous vivons dans un temps où il faut présenter la plus grande somme de vérités sous le plus mince volume, et dans la forme la plus simple. La rapidité du temps, qui dévore tout, semble avoir augmenté, à cause de la multiplicité des occupations ou des distractions qui remplissent les jours de chacun. Faisant les choses deux fois plus vite, à présent qu'il n'y a plus de distance, on croit en faire deux fois plus. Du moins, on a cette prétention. Il y a des gens qui appellent progrès de Tesprit humain, développement de l'éducation, l'effroyable amas de connaissances indigestes dont on charge aujourd'hui un cerveau de dix ans, de telle
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sorte qu'à vingt ans ce cerveau éclate, ou plutôt sert ordinairement à la démonstration de cette triste vérité : qu'il y a un rapport des plus étroits entre un cerveau trop rempli ou mal rempli, et un cerveau vide.
Dans tout cela, quelle place occupe la religion?
Je le dis à la honte de notre temps, — et c'est là un phénomène unique dans rhistoire, — il y en a qui visent, et qui réussissent, à ne lui laisser aucune place. Cette suppression même leur paraît le comble du progrès. Les questions fondamentales c]ue la religion seule résout avec une entière certitude, — je veux parler de la vie future, des destinées de Tàme immortelle, ciel ou enfer; on peut y joindre celle même de l'existence et des attributs de Dieu, — ces questions qui s'imposent à tout être raisonnable et sont la marque indélébile de la distance in-
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commcnsuiVible, irr JJuCtiblc, qui sépare le plus humble des hommes du plus parfait des animaux, il s'est trouvé des politiques, soi-disant amis et serviteurs de la science et du progrès, qui croient sage et estiment possible de n'en tenir aucun compte, de gouverner la société moderne comme si ni Dieu, ni Tâme, ni la vie future n'existaient, ou comme si leur existence était indifférente. Aussi ont-ils banni jusqu'à leur nom des lois, des institutions, de l'éducation ; ils tentent tout pour les faire disparaître des mœurs privées après en avoir effacé, dans les mœurs publiques, les derniers vestiges; de telle sorte que l'idéal de la vie présente consiste, selon eux, à en user comme si l'autre n'avait aucune réalité, et qu'on eût la certitude, après les quelques années de souffrances qui constituent notre existence terrestre, de n'appartenir plus qu'au néant.
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Jusqu'ici néanmoins tant d'ettbrts, odieux autant qu'ineptes, n'ont pas encore abouti à tourner la majorité des ctmes vers la terre, à faire de TÉvangile une lettre morte, et à classer irrévocablement r Écriture sainte parmi les monuments curieux de Tantiquité, comme les Védas, le Coran ou les livres de Confucius. 11 se trouve des esprits obstinés qui persistent à voir dans TÉvangile une révélation divine, à la fois un enseignement sublime comme TEtre infini et incompréhensible d'où il descend, et un enseignement pratique, à la portée de tous, comme il convient à un livre de morale, dont on n'étudie les préceptes que pour les appliquer. Leur foi a été, non pas ébranlée, mais merveilleusement confirmée par les interprétations de la vie de Jésus qu'ont imaginées les adversaires de sa divinité : interprétations rationalistes, mais non raisonnables.
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Bien plus, les mêmes esprits prétendent que de ce livre divin il n'y a pas une ligne, pas un mot qu'on puisse, non seulement effacer, mais négliger impvinément. Selon eux, tout effort fait pour s'en passer, soit au nom de la science, soit au nom de la liberté, soit en l'honneur de la démocratie ou pour un motif quelconque, est un effort inutile. Non pas, hélas! qu'on ne réussisse à tromper, peut-être à perdre beaucoup d'âmes ; mais trouver un profit quelconque pour la science, pour la liberté, pour le bien-être, pour le bonheur, pour quoi que ce soit, à retirer à l'Évangile sa divinité, à lui ôter son empire dix-huit fois séculaire sur l'esprit des hommes civilisés, selon eux cela ne sera jamais possible; le profit est nul, la perte est effroyable. C'est que l'homme ne vit pas seulement de pain; il lui faut la vérité, et une vérité immuable, divine, fondamen-
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taie, qui porte toutes les autres en les éclairant, en en faisant voir, avec une autorité infaillible, Torigine et la fin.
Mais, disent les adversaires, où estelle, cette vérité divine? A quel signe la reconnaître ? Nos pères étaient moins difficiles que nous en fait de preuves, parce qu'ils étaient moins savants ; ils n'avaient pas, comme nous, analysé les textes anciens dans leur langue originale; ils n'avaient pas étudié les fondements de la raison humaine et reconnu ses lacunes nécessaires. Ils n en étaient pas venus à ce point de fine analyse et de suprême logique, qui supprime la liberté humaine, qui révoque en doute même les plus claires données de la conscience et la distinction du bien et du mal ' ! Car tel est le progrès que certains esprits — qui
1. On sait que tel est le dernier mot de Tauteur de la Vie de Jésus. Ce dernier mot donne la valeur exacte du premier.
XII PKKFACF,
s'en déclarent eux-mêmes désolés — reconnaissent aujourd'hui incontestable, fatal, nécessaire.
Si ce petit livre était un livre de philosophie, peut-être indiquerions-nous ici les raisons démonstratives, au nom desquelles il faut affirmer que cette prétendue science n'est pas la vraie, que cette exégèse, négative à outrance, part de principes faux, que cette analyse est mal faite, et que des arguments qui ont paru solides et convaincants à des hommes comme les Augustin, les Thomas d'Aquin, les Descartes, les Bossuet, et comme les génies qui ont fondé la science contemporaine ' elle-même, n'ont rien perdu de leur valeur. Mais ici nous faisons appel seulement à la conscience, au sens
1 . Quand on allègue à tort et à travers « la science moderne » comme exclusive de la foi chrétienne, — et c'est ce qu'on ose imprimer aujourd'hui dans des livres classiques à l'usage de nos c'coliers, — on ne fait pas attention que les hommes de génie qui sont
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moral, à la droiture de tout esprit qui cherche la vérité, de tout cœur qui sent ne pouvoir vivre sans elle, et nous leur disons : Voici FÉvangile, le plus authentique, quoi qu^on en ait dit, de tous les livres, et dans ce livre le Sermon sur la montagne, qui en est la quintessence et le résumé; voici en particulier-les huit premières paroles qui ouvrent ce monument dont aucune philosophie, aucune littérature, aucune poésie connue ne saurait approcher; dont aucun homme de génie, ni avant, ni après Jésus-Christ, n'a pu imiter, même de loin, la simplicité sublime; dont tous les commentateurs, depuis les
les vrais fondateurs de la science moderne se sont tous proclames chrétiens convaincus : Cuvier pour l'histoire naturelle, Ampère pour l'électro-magnétisme, BioT pour la physique et la chimie, Elie de Beaumont et Sainte-Claire-Deville pour la géolol^ie, Cauchy pour les mathématiques pures, Leveruier pour l'astronomie, Charles et François Lknor- MANT pourrcgyptolof;ie et l'assyrioloi^ie... Je ne parle que des morts.