‹ Les BéatitudesChapitre 32 sur 59 · BEATI QUI ESURIUNT' ET MTIUNT JUSTITIAM IID · texte numérisé non relu

BEATI QUI ESURIUNT' ET MTIUNT JUSTITIAM IID

et une ve'ritable soif ; car, dit saint Augustin, a la justice est la nourriture des âmes '.justiiia ci bus animannn ', » et comme la faim et la soif reviennent tous les jours et nous rappellent tous les jours un besoin sans cesse renaissant, ainsi notre âme, ayant des besoins qui renaissent toujours et qui grandissent plutôt qu'ils ne diminuent, il faut qu'il y ait en elle une volonté persévérante, un appétit spirituel toujours renaissant. S'il n'en est ainsi, infailliblement l'âme languit et meurt. De même que notre corps est en possession d'une vie qui se transforme et se renouvelle sans cesse, et qu'en lui la transformation et le renouvellement perpétuelsont un principe nécessaire de la vie, ainsi en estil de Fàme, et c'est avec juste raison que saint Jérôme a pu écrire : « Il n'y a jamais un seul instant où le vrai chrétien ne change, oubliant le passé et s'étendant en avant, parce que notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour -. »

2.. Nec est tempus ulUim qiio non inutatur sanctu?, prx'leritoriiin fU-ilivisccns et in fiiturum se extendens»

Il6 QUATUIÈMK BÉATITL'DK

Avoir faim et soif de la justice ! Ah ! mes Frères, cette expression qui nous prêche le zèle persévérant de chaque jour devrait-elle donc nous paraître si étrange, quand nous voyons Notre-Seigneur lui-même se l'appliquer d'une façon si touchante, pour nous faire comprendre le zèle que lui-même a de notre salut? On lui offre à manger, un jour qu'il a faim, mais avant que la nourriture fût prête, il avait trouvé une àme à instruire et à sauver, celle de la Samaritaine. Il refuse l'aliment matériel qu'on lui présente. « Non, dit-il, j'ai une autre nourriture, ma nourriture est de faire la volonté de Celui qui m'a envoyé )>, et cette volonté était celle de sauver nos âmes.

Une autrefois Notre-Seigneur crie à haute voix dans le temple : « Si quis sitity peniat ad me et bibat : Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. » Il veut exciter notre soif parce que lui-même a soif de nous désaltérer.

cum interior noster hoino renovetiir de liie in diein. — Ep. (33.

BHATI QUI ESUUIUNT ET SITIUNT JUSTITIAM llj

Mais surtout un jour, — c'est le jour et l'heure solennelle qui consommera notre rédemption, — Notre-Seigneur lui-même sur la croix fait entendre ce cri « Sïtïo : j'ai soif! » Quelle soif? La soif de notre salut. Ah ! n'est-il pas juste que cette parole de TAmour expirant pour notre salut, cette parole qui retentira jusqu'à la fin des siècles, trouve chaque jour en nous un écho pour lui répondre, et que nous aussi chaque jour nous sachions dire au Maître: ((Seigneur, j'ai soif, sitio I Seigneur, j'ai soif de votre amour, de votre sang répandu pour moi ; Seigneur, j'ai soif de correspondre fidèlement à vos grâces et d'embrasser votre justice : sitio ! ))

C'est donc un 2 véritable faim et une véritable soif que cette volonté universelle et persévérante qui assure le salut. Elle est la condition et la marque du progrès des âmes vers la justice, et sans elle ce progrès n'est pas possible.

(( Avoir soif de la justice, dit saint Augustin, c'est ici-bas toute notre justice, comme au ciel en être rassasié pleinement sera notre

béatitude \ » Aussi voyez les exemples des saints, ces hommes de progrès par excellence. Ce qui les distingue, c'est cette ardeur croissante, insatiable, infatigable qui ne s'arrête jamais, qui croit n'avoir jamais rien fait tant qu'il reste encore quelque chose à faire; or, que ne reste-t-il pas à faire à celui qui court, quand Celui qu'il s'agit d'atteindre, c'est Jésus-Christ même ! C'est cette merveilleuse ardeur que saint Augustin nous fait admirer dans saint Paul.

(( Saint Paul, dit-il, écrit aux Philippiens : a J'ai foulé toutes choses aux pieds pour gagner (( Jésus-Christ, ut Christum liicrifaciam^ )> et il ajoute : « Ce n'est pas que j'aie touché le « but et que je sois parfait, non... il n'y a « qu'une chose bonne en moi : c'est que « j'oublie tout le passé et je m'élance en (( avant pour atteindre plus loin : ad ea quœ a sunt priora extendens accipiam'-. » Mais quoi donc! Comment dit-il qu'il n'a pas

I. II, 461. Justitia... quain profecto esurire et sitire, ea nostra est in hac peregrinatione justitia, et qua postea satiirari, ea nostra est in xternitate nlena justitia.

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