I. Luc, XII
même exclut du royaume de la Béatitude, c'est celle qui renferme l'attachement aux biens de ce monde, comme à notre fin, et, par suite, l'oubli des devoirs sacrés de la piété, du travail et de l'aumône.
L'attachement aux biens de ce monde, la captivité volontaire dans les jouissances de cette vie, voilà ce que l'Évangile défend à tous par ces paroles qui s'adressent à tous: ({ Celui qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne saurait être mon disciple. ««Vous ne pouvez, dit encore Notre-Seigneur, servir en même temps Dieu et Mammon. w « Remarquez, dit à ce sujet saint Jérôme, que Notre-Seigneur ne condamne pas celui qui a des richesses, mais celui qui est l'esclave de ses richesses ; car Celui qui est l'esclave de ses richesses garde ses richesses comme un esclave; mais celui qui a secoué le joug de cette servitude les distribue comme un maître K » C'est à ces captifs des biens de
li Non dîKit : qui habet divitias, sed qui servit divitiisj qui eniin divitiarum servus est, divitias custodit ut servus qui autem servitutis excusait juguin, distribuit eas ut dominus.
la terre que l'Évangile dit : « Malheur à vous, prenez garde; vous amassez un trésor de colère pour le dernier jour w ; ce. sont ceux-là que le Seigneur s'efforce de détromper, quand il en est temps encore, en leur disant, comme cet évêque dans l'Apocalypse : c( Vous dites: je suis riche, je suis comblé de biens, je n'ai besoin de rien, et vous ne sape^ pas que vous êtes malheureux et miséi^able et pauvre et aveugle et nu. Je vous co?iseille d'acheter de moi de l'or éprouvé au feu pour vous enrichir ', )> l'or de la charité, de la vérité, du détachement: Vœ vobis divitibus. La richesse n'est donc pas par elle-même un obstacle au salut. Mais dirons-nous, en revanche, que la pauvreté, par elle-même, que l'indigence et la nudité sont une voie assurée pour atteindre à la béatitude ? Pas davantage, mes Frères; remarquez et comprenez le sens de la parole de Notre-Seigneur. Il n'a pas dit seulement Beati pauperes, il a (^xtpauperes spiritu : pauvres en esprit, c'està-dire pauvres de gré, pauvres qui cherchent
1 Apoc, m, 17.
OU qui acceptent leur pauvreté, et par là il a fait comprendre que la pauvreté qui procure la béatitude n'est pas un fait purement matériel, extérieur, mais aussi un acte intérieur, un fait moral, une adhésion méritoire de la volonté libre. « Paiiper Dei, dit saint Augustin, in animo est, ?ion in sacculo ^ Le pauvre de Dieu est celui qui est pauvre dans son esprit, et non pas dans sa bourse. »
Quel est le pauvre de Jésus-Christ, le pauvre de Dieu, celui sur lequel le ciel abaisse toujours des regards de complaisance, celui à qui la pauvreté ouvre, comme d'elle-même, les portes de la Béatitude ? C'est celui qui porte dans son cœur la résignation et la conformité à la volonté divine, et accepte avec joie l'humble place qu'elle lui a donnée au banquet de ce monde.
C'est celui qui, au milieu des labeurs et des fatigues de chaque jour, peut dire comme le saint homme Tobie, en essuyant la sueur de son front : « // est vrai, nous sommes pauvres, mais nous auî^ons beaucoup