‹ Les beaux-arts dans l'antiquitéChapitre 16 sur 120 · I. - LES ÉLÉMENTS DE L'ARCHITECTURE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

I. - LES ÉLÉMENTS DE L'ARCHITECTURE ÉGYPTIENNE

L'architecture égyptienne ; ses éléments : la colonne et Tarchitrave. — C'est en somme dans rarchitecture que les Egyptiens ont le mieux marqué l'empreinte de leur génie. Quoique l'architecture grecque fût déjà constituée lorsque les artistes grecs auraient pu s'inspirer des monuments égyptiens*, il y a entre les deux architectures un rapport qui frappe les moins prévenus ; toutes deux ont le caractère méthodique et raisonné, toutes deux sont classiques; mais il y a là un rapport d'esprit entre les deux peuples, et non une transmission de l'un à l'autre des modèles et des procédés. Les Égyptiens ont inventé Tarcade et la voûte; mais la ligne droite, la colonne et l'architrave qui sont les éléments dominants de leur architecture. On peut dire, en étendant le sens du mot, qu'il y a des ordres égyptiens comme il y a des ordres grecs *.

1. Nous ne parlons ici que de l'architecture, et non des arts industriels, où Tinfluence égyptienne est certaine; ni de la sculpture, où elle a pu aussi se faire anciennement sentir.

2. L'architecture égyptienne n'exige pas de rapports définis entre tel type . de chapiteau et d'entablement d'une part et d'autre part la hauteur moyenne

du fût. « L'art égyptien n'est pas un art chiffré. » (Perrot.) Il est vrai qu'en Grèce même ces rapports ne sont pas immuables.

Las ordres égyptiens. — Dans les plus «aciens moQumenta on trouve le pilier simplement qnadrangalaire, auquel e'ajonte plus tard un chapiteau Tort simple, le tout couvert de peintures ou de sculptures. Puis on a abattu les quatre angles, ce qui a donn^ huit faces au lieu de quatre; le pilier est alors octogone; eusnite il est devenu de k même manière la colonne

Fig.14. — ChapitejiuxiJBjpllfln».

il seize faces que l'on voit déjà aux grottes de Beni-Hassan (XII* dynastie, vers 3000 av. J.-C). C'est là un dorique primitif qui a déjà l'élégance et la force.

Les Egyptiens ne s'en sont pas tenus là. Tout peuple prend les éléments de son art dans ce qu'il voit autour de lui, qnitte à faire un choix plus ou moins beareux et à perfectionner avec plus ou moins de goût le type primitif.

Les Egyptiens empruntèrent leurs deux plus belles colonnes au palmier et au lotus. C'est le palmier qui donna le cba-

LES ORDRES. — LES COLONNES ïl

piteau campaDirorme. SouTenl les chapiteaux et plua Boavent encore les fûts de colonnee furent enSéa, en forme de buH>e, ce bulbe étant ua lu rell émeut très allongé pour les fûts. Cette forme bulbeuse est belle, surtout lorsqu'elle est côtelée à grandes cAtes et imite les faisceaui de liges de lolus, type rTeilleusemeot avec les larges et calmei

Fi». 15. — CDlonuoB «BjrptiiuUMS.

borisoiis de la vallée du Nil. Parloia une statue faisant corpt avec le pilier, et s'élevant jusqu'au plafond, annonce l'atlaole ou la eari.itide des Grecs. Parfois encore le chapiteau seul, prenant alors une dimension plus considérable que d'ordioaire, porte sur chacune de ses quatre faces uue tête de déesse, généralement la déesse Hathor : de là leur nom de piliers ha> Ihoriques. A la diffëreuce des Grecs, les Égyptiens modifient à l'infini, dans le détail, ces diiers types de colounes : chapiteaui composés de bordarcs, de palmes droites, ou se conr-

buat souB le poids de l'abaqne ; chapiteanx orn^a de rfgiinea de dalles ; chapilenni en forme de lotus entr'oaTerts, ete. A Edfon, A Fkiln, il n'y ■ pas pent-Ctre deux chapiteau semblable*.

Fig. te, — Gratis scpukrile da Beai-dasaaa.

Ce désir de variété les entraioe même à des essais peu recommHDdaLlca, lels que les chapiteaux campaDiformcs relourDcs du porliquc de Thoutmj^s 111 à Karnac, innovation qui eut peu de succès d'ailleurs, car on n'en connaît pas d'autre exemple.

ir. — LES MONUMENTS

Le tomple; l'obélisque, — C'est dans les temples qae les colonnes trouvaient surtout leur emploi. Le temple f^yplien donne le type que nous retrouvons won seule-

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mem en Assyrie, en Judée, mais encore dans la Caaba de la Mecque et les premières mosquées*. C'est un sanctuaire de dimensions médiocres, même fort petites, accompagné d'un nombi-e plus ou moins grand de bAtiments accessoires, salles pour les offrandes, —

logement des prêtres, portiques, vastes cours, galeries de colonnes où le peuple peut se ri^unir.

Ii'enceinie sacrée est toujours eatonrée de mura; parroia des paasages secrets sont

soit de l'enceiale, aoit d'autres parties du lemple. A l'entrée se trouvent les pylônes, c'est-B-dire une porte a'ouvrant en retrait •

entre deux massifs de maçonnerie, espècca- j

de tours plus larges que hautes, relative- •

ment minces, en forme de pyramide Iron- •

quée. Derant ces pylônes se dressaient, i c6lé de mâts ou flottaient des banderoles, ces gigantesques monolithes que les Grecs ont appelés obélisques ', et qui sont les plus populaires sinon les plus caractéristiques des monuments égyptiens. Aussi les peuples qui ont soumis l'Egypte ont tenu, Fig il malgré lesdiflicullcs, a en emporter comme Plan du tcmplg signe de leur victoire. Assourbauipal, roï '*" ^•'t'^'d'Assyrie, qui s'eraparn deux fois de Thèbes, fit placer deux obélisques devant uu des palais de Ninivc. Ou en voit encore aujourd'hui six k Rome, entre autres l'obélisque de Tboutmès III, sur la place Saint-Jean- de -Latran. C'est le plus grand obélisque conou. Il a environ 32 mètres, quoiqu'il nil été raccourci d'un mètre, lors de sa restauration. L'obélisque de Bamsès II, qu'on voit sur la place de la Concorde à Paria,

et qui nous a été donné par Méhémet-Ali, ne mesure que 22 mètres.

Une fois les pylônes franchis, on entrait dans l'enceinte, et Tarchitecte avait ménagé une gradation savante dans la série des constructions que le visiteur ou le fidèle devait parcourir : de la lumière éclatante, dans des cours à ciel ouvert, on passait à des pièces de plus en plus sombres, jusqu'au sanctuaire, qui restait dans une ombre mystérieuse. Le temple était en général précédé d'une allée bordée de sphinx colossaux.

Ruines de Thèbes : la salle h3rpostyle. — On peut se

faire une idée de ce que devait être la puissance de cette architecture, par les ruines de Thèbes, les plus grandioses du monde. Lorsque les soldats de Desaix qui faisaient la conquête de la Haute Egypte, se trouvèrent en présence de ces merveilleuses ruines, — malgré les privations, les fatigues, les dangers de toute sorte qu'ils venaient de traverser et la pensée de ceux qui les attendaient encore, ils furent saisis d'une émotion profonde. Un grand silence se fit dans les rangs ; puis toute la petite armée éclata en applaudissements, comme si ces vestiges eussent été le but de tant de glorieux travaux et s'ils avaient complété la conquête. Là se trouve entre autres la salle hypostyle ou salle des colonnes de Karnac, une des plus grandes qui existent : rectangle de 50 mètres sur 103, dont les colonnes centrales ont 23 mètres de hauteur. Il est impossible, dit un archéologue moderne, de rendre l'impression que Ton éprouve quand on entre pour la première fois dans cette forêt de colonnes et qu'on s'y promène de rang en rang, entre ces grandes figures de dieux et de rois qui les couvrent. Ce monument, élevé par Séti !«', fut complété par son fils Ramsès II (Sésostris), qui poussa peut-être plus loin qu'aucun de ses prédécesseurs la passion des grandes constructions. C'est à lui que l'on doit le temple d'Ipsamboul.

Les hjrpogées : Ipsamboul. — Extension de Tari égyp-

tien. — Dans l'empire thébaîn, les pyramides furent remplacées pour les tombeaux par des hypogées, c'est-à-dire par des constructions souterraines, et par des grottes artificielles creusées dans le rocher (telles qu'on les voit à Siout, Beni-Hassan, Biban-el-Molouk près de Siène, etc.).

Les deux temples dlpsamboul présentent, comme bien d'autres temples en Egypte, une disposition analogue. Sésostris les fit tailler et creuser dans le roc à côté de la deuxième cataracte, pour célébrer ses victoires sur les Nubien^ et les Ethiopiens. Les quatre salles du monument présentent une profondeur de 60 mètres. Sur la façade on a sculpté de nombreuses statues, entre autres quatre colosses assis de 20 mètres de haut*. Environ huit siècles plus tard, les mercenaires grecs, phéniciens, syriens, du roi Psammétique, gravaient grossièrement leur nom avec la pointe de leurs armes sur la jambe d'un de ces colosses, en indiquant pourquoi ils étaient venus jusque-là.

On rencontre encore des monuments égyptiens plus loin dans le sud. Thoutmès III, qui régnait cent cinquante ans avant Sésostris, et dont on a trouvé des inscriptions à Gherchell en Algérie, porta l'art égyptien jusqu'à la troisième cataracte; son troisième successeur, Amenhotep III (Aménophis), construisit à Djebel-Barkal, près de la quatrième cataracte, un temple dont les avenues sont bordées de sphinx en forme de béliers accroupis.

Architecture civile; travaux publics; le canal des

deux mers. — Nous n'avons parlé que de l'architecture funéraire et religieuse. Mais l'architecture civile, l'architecture militaire, mériteraient également l'attention, et nous y verrions les architectes et les ingénieurs égyptiens y déployer un égal talent. Aucun peuple de l'antiquité, même les Romains, n'a fait de travaux d'utilité publique plus importants. Il suffît de rappeler que dès le temps

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