SCULPTURE PRIMITIVE
Grèce, comme dans la plupart, pour ne pas dire toutes les civilisations, les arts sont sortis de la religion et du respect mystérieux qui s'attachait à Tidée de la mort. Avec les temples et les statues des dieux, ce sont les monuments funéraires qui apparaissent les premiers.
Nous constaterons aussi en Grèce la vérification d'une loi à peu près générale : c'est que la sculpture précède dans son développement la peinture, quoiqu'il semble plus difficile de tailler le marbre que d'étendre des couleurs sur une surface plane *. Cela s'explique cependant. En effet le sculpteur représente l'objet lui-même, tandis que le peintre a beaucoup plus à interpréter et doit penser non seulement à la forme, mais à la couleur, aux ombres, à la perspective*. Aussi lorsque le sculpteur se borne, comme il arrive souvent, à faire un modèle en terre, les praticiens fort habiles qui taillent le marbre d'après ce modèle seraient la plupart du temps incapables de le copier dans un dessin même très simple. On peut constater dans les essais informes des enfants une progression analogue.
Formes primitives de la scnlptiire grecque. — i^ Sculpture sur bois (xoana). — Les premiers essais de la sculpture furent des images grossières de dieux découpées dans une planche de bois. Puis on essaya de sculpter quelque relief dans l'épaisseur de la planche. « L'enfance de l'art, on Ta bien dit, ressemble à l'art de l'enfance. » Il ne nous reste rien de ces xûana, mais on a retrouvé récemment à Délos un exvoto de marbre qui en est l'imitation évidente. Les monuments d'un art plus avancé ne firent pas oublier ces xoanay pas plus que les simulacres plus grossiers encore, tronc d'arbre à peine dégrossi, pierre tombée du ciel, qui avaient primitivement représenté la Divinité. Les situes acrolithes surent
1. Pline remarque lui-mèmo (xxxv, 6) qu'il n'y a dans Homère aucun passage qui puisse s'appliquer à aucun objet de l'art de peindre, tandis que la glyptique paraît déjà fort développée.
2. C'est ainsi que les anciennes peintures et les anciens bas-reliefs donnent des yeux do face à des personnages de profil. {Cf. Art égyptien, p. 15.)
concilier les conditions de l'art avecleiespect inspiré par ces antiques idoles. On ajustait au xoanon une tête, des pieds et des mains de marbre, portés sur une sorte de carcasse bien proportionnée, le xoanon restant caché sous les vêtements.
2® Sculpture céramique et métallique. — Période insulaire : Crète (Dédale ?)y Chio, Samos, Égine. — Travail au repoussé; la soudure; la fonte. — Premières statues de pierre. — Après la sculpture sur bois, avant la sculpture du marbre, parurent la sculpture céramique (plaques estampées, figures moulées) et la sculpture métallique. C'est dans les îles de la Grèce qui étaient plus facilement en relation avec l'Orient, en Crète surtout, où s'était constitué sous Minos le plus puissant des anciens Etats de la race hellénique, que la sculpture fit ses premiers progrès. Le légendaire Dédale ^ qu'on fait contemporain de Minos, passait pour avoir donné la vie à ses statues, c'està-dire probablement pour leur avoir donné le premier les apparences de la vie, en détachant les bras du corps, en donnant à' leurs jambes séparées l'attitude de la marche'. Les premières statues de métal furent faites au moyen de plaques repoussées au marteau ', procédé qui put prendre une grande extension lorsque Glaucus de Chio eut inventé la soudure. Dans le courant du vii« siècle, Rhaecus de Samos coula, pour la première fois en pays grec, des statues de bronze. Ses fils Théodore et Téléclès héritèrent de son talent, et l'école de Samos eut une telle réputation que les rois d'Orient mêmes recherchèrent les œuvres qui en sortaient. C'est à Samos que Crésus commanda le fameux cratère d'or qu'on vit plus tard à la cour de Perse, et peut-être le lion également d'or qu'il envoya à Delphes. Un contemporain deRhaecus, Jlfe7a5 de Chio, tailla, dit-on, pour la première fois le marbre, et ses descendants suivirent son exemple. Il y avait alors aussi des écoles ou des familles d'artistes ù Chypre, Naxos, Thasos^ à Egine, où Smilis acquit une grande renommée. Mais la Crète tient le premier rang avec les Dédalides, descendants de Dédale ou gardiens de 0a tradition.