ÉMILE MO LIN IER
r /'t' st // <J
et- C
/Vf'.-M (>
Musée de Toulouse /
l'tS
lmp Paul Mo 6 h a Pavie
.. •. i|iiii«,h,i|iii iir i\
L’Exposition centennale
LA PEINTURE FRANÇAISE
Le point initial d'une exposition centennale est très délicat à déterminer. La vie, souple et diverse, déborde toujours par quelque côté les cadres inflexibles de la chronologie. Est-ce à la date précise de 1800 que vous voulez commencer ? David a D2 ans; son maître Yien porte assez gaillardement ses 84 ans et en a encore neuf à vivre; Greuze est plus que septuagénaire, et, jusqu'en i8o5, il continuera de se plaindre de l'injustice des hommes et du malheur des temps. Il vient même, après des années d'absence, de reparaître au Salon ; il expose, sans succès d ailleurs. Un enfant hésitant de toucher un oiseau dans la crainte qu’il ne soit mort , Une jeune femme se disposant à ecrue une
lettre d’amour, le portrait d'Une jeune femme préludant sur un fortepiano, La crainte et le désir , Une jeune fille se bouchant les oreilles pour ne point entendre ce qu’on lui dit... De la génération qui connut la douceur de vivre aux belles années du xvm° siècle, de nombreux représentants ont survécu et se groupent encore autour du vieux Frago, qui ne se résigne pas à oublier ; il s en tant de beaucoup que tous soient convertis aux doctrines nouvelles. Renoncerez-vous à invoquer leur témoignage, et, dans une enquête sur les débuts de Part du siècle, pouvez-vous laisser de côté précisément ceux dont les œuvres-, inégales sans doute, mais significatives, vous permettront de mesurer la résistance ou les progrès des idées encore en conflit, malgré la tyrannique et éphémère suprématie de l'école davidienne ?
I! convenait donc de laisser un peu indécise et flottante la ligne de démarcation entre les deux époques, de permettre à ceux qui vont disparaître de rappeler, par quelques-unes de leurs œuvres antérieures, ce qu’ils voulurent et ce qu'ils aimèrent, de montrer par de nombreux exemples les nuances de la transition et la persistance des traditions détrônées.
C'est un tableau d'ancien régime que le Jupiter et Epine de Greuze, et on n en trouverait pas, dans l'œuvre mythologique du maître, qui soit enlevé avec plus de verve. Le corps souple et blond de la nymphe, — dans la bable fille du fleuve Asopos, future mère d’Æaque, colonisatrice de 1 île d Égine, et, dans la réalité, sœur du modèle qui posa la Cruche cassée , — les blancheurs glacées de lilas des draps qui font vibrer 1 ambre fin de ses carnations à la fois fermes et fondantes, sont de très bon xvnL siècle. Fragonard y eut mis plus de lyrisme ; mais
Greuze n eut pas toujours un tour aussi galant. Il est plus vertueux, plus sentimental, mais plus guindé et plus froid dans la Prière « porcelainée » du musée de Montpellier, plus intimidé et superficiel dans le portrait du jeune premier consul encore rajeuni du musée de Versailles, plus en verve dans celui de Saint-J ust (collection Marcille-Jahan).
Bien quelle ne soit morte, presque nonagénaire, qu’en 1842, M Vigée-Lebrun est aussi un peintre d’ancien régime. Sans doute, elle fait profession, dans ses Souvenirs, cie goûter le style «simple et sévère » de \ ien; elle estime que la peinture française devrait « s'engager dans un geme tout contraire à celui qui l'a fait dégénérer» et que « 1 homme de talent, le grand coupable qui la perdit, est Boucher, peintre