‹ Les beignets a la cour comedie en deux actes meles de chantsChapitre 27 sur 37 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LE llOI, LOUISE.

LB BOl, àLouisi rttU* 4 Cttarl. Kh bieni Louise, c’est pourtant ce ni.iUdroit de vieux duc... ô! je ne veux pas le maudire, car c est 4 lui que Je dois de me trouver axee vous un moment toutjeiil. (Hsert^ prtche,) Et c’est si bon!

il rente en csrue deraet elle.

LOUISE, embarastte et rompant tout-àcoup un moment de silence. Sire... en attendant le retour de Lebcl , si nous faisions nos beignets.

LE ROI. Votiscroye*, Lotiise...

LOUISE. Dam ! nous ne sommes ici que pour ça.

LE BOl. C’est vrai. (« part.) Il faut dire comme elle...

LOUISE. Eh bien ! vous reste* là... pre-

ne* donc le tabouret pour vous a.sscoir

{Elte lui donne le soufflet. ) Et snuine*

après cela, vous prendre* la queue de la poêle.

Elle piend nn cooMio qu'elle place dennt le feu. LE Ml, soufflant. Pourquoi faire ecla?

LOUISE. Pour mettre sous mes genoux, (Lui Otant le soufflet.) C’est asse* comme ça... vous voye* bien que ça flambe.

LB ROI , distrait. Oui, je vois...

LOUISE, lui présentant lapoile. La poêle, à présent.

LB HOI. C’est commode d'avoir comme çr tes mains embarrassées...

LOUISE , allant prendre la jatte sur le guéridon. Kb bien! mais qii’cst-cc que' vous

voiidrie* dune en faire de vos mains

Voilà comme on lie la piltc pendant que la fritiirecliauire...(£//e s’arréleel le regarde.) Ah! ça, mais à quoi pensez-vous donc?

LE Ml, distrait et rheur. C’est drôle...

c’est que ce ne sont plus du tout les beignets qui m’ocrupenl.

LOUISE, devant la cheminée. Ça frémit rtèjà, voyez... je suis sûre que c’est bien chaud.

LE ROI. Jcvals voir... Illirempt eon petit doigt.) Aie, aie, ale!., j'ai le petit doigt frit !

LOUISE. Ah! mon Dieu!., aussi, a-t-on jamais vu !..

LE Ml, secouant sa main. Oh! ça ne sera rien, jctc* un peu de. pSte... (Louise exécute ) Hein? voyez comme ça prend...

LOUISE. Ça va être fait tout de suite.

Elle met un i un le» beignnts dans la poêle.

LE ROI. C est ça, allez donc I allez donc I encore... encore... toujours... ,\h!

LE ROI, ôtant la poète de dessus te feu.

Hein I sont-ils bien dorés !.. Il faut les tirer tous pour n’y plus revenir.

LOUISE, tes arrangeaul sur une assiette.

Ah! j'e.spére ..

LB ROI. C’est fini...

11 abandtmae la poêle.

LOUISE. Tout à fait... le plat sur la table...

Elle le puH nur le geéridoii.

LE ROI, approchant son tabouret. Et mol 4 côté de mon petit chef d’ofllce. ’

LOUISE , prenasst un autre éabeuret pour elle. Dépéchous-noua.,,

LE ROI. Oui, d'abord , faut que ça soit fait, avant que personne ne vienne.

LOULSE, le serrant. Coûtez celui-là, d’abord.

LE ROI. Roulez donc dans le siiere , beaucoup de .sucre.

LOUISE. Oui, oui, tenez et prenez garde de vous brûler. .

LE ROI. Pas relui-là. (Il enlève celui que Louise portait à sa bouche. )En voilà uii succulent.

LOUISE. Eli bien, eh bien! mais voye* doue. Je le tenais, monsieur.

LB HOI. Vous l’avez laché,raademoi»elle.

LOUISE, inisocemmenl. Je n’irai pas me battre avec vous, pour le ravoir; mais c’est bien vilain, M. Louis XV.

LE ROI. Ah! d’abord, moi, je ne sais pas jusqu’où j’irais prendre ceux qui me sembleot les meilleurs.

LE HAGÀ81II TBàATRAX.

LOUISE. Mai» est-il friand cc roi de j France. I

LE ROI. Friand comme tout... et de | tout.

llicpeiicbe vers ullect l’embiusesur le cul. Louise ! honteuM BC lève, et se retire viveiuent,

LOUISE. Je ne sais pas. |

LE ROI. Elle tremble aussi , ça me ras.'iure j un peu. ■ I

LOUISE, regardant partout. 51on Dieu! | ma tante scra-t-ellc bien long-temps. ,

LE ROI. Savei-vous que c’est mal, cc | que vous dites là ; vous trouve» le temps long avec moi.

LOUISE. Je ne dis pas cela, mais enfin si quelqu’un venait!

LE ROI. Je n’y serai ponr personne...

LOUISE. Mais, ma tante, sire.

LEROI, «tfc */»'<• Sire, sire! jamais ce mot que i’ciitcnds à toutes les heures ne m’a semblé fatigant comme aujourd’hui...

je ne vous dis pas mademoiselle , moi.

LOUISE. Oh ! c’est bien différent!

LE ROI. Votre nom Louise, m’est venu tout do suite... pourquoi ne diriei-vous pas...

LOUISE. Traiter un roi , comme...

LE ROI. Comme un ami, eomme un frère.

LOUISE. C’est impossible; le respect...

LE ROI. Savei-vous que c’est bien ennuyeux le respect! et puis si je ne veux pas que vous me respcctiei?

LOUISE. Comment, voulei-vous que je me permette... ^

LE ROI. Ah! je vois cc que c est, oui.

C’est mon bel habit qui vous offusque, parce que vous ii’avct pas le vôtre.

'' 11 fait le mouvemeol d’ùter sun habit.

LOUISE, le rrirnnni. Ah! mon Dieu, mon Dieu! que voulei-ïous faire?

LEROI. Moi, Louise, pour vous plaire, pour vous mettre à l’aise, j’ôterais mes décorations, mes broderies, ma couronne, alors, plus de distance ; Ainsi vêtue, vous ave» l’air d’une bergère, je deviendrais votre berger... et nous parlerions de tendresMî.

LOUISE. De tendresse ! ^

LE ROI. Ça SC passe comme ça à l’Opéra :

coniiaissci-vous l’Opéra?

LOUISE Ohl il nous était bien défendu!

LE ROI. Et on vous laissait jouer la comédie ! d’ailleurs à Versailles , toute la cour

y va. ,

LOUISE. Toute la cour!..

LE ROI. Et c’est très joli, très amusant.

Pas les grands opéra, mais les opéra villageois. J’en ai joué un, hier, danslespe- (ita appartemens...

LOUISE. Vous ave» joué vous-même?

LE ROI. Oui, une pastorale... La cage etl’oi.seau, ouïe fossé franchi.

LOUISE. Ah! je connais I LE ROI. En vérité ?

LOUISE. C’est-à-dire, je ne connais pas; mais, Atalante, ma bonne amie du couvent, avait vu cet opéra. Je ne sais pas ce qu’elle n’avait pas vu...

LE ROI. Ah! oui, elle avait été dans le monde.

LOUISE. Et dans ses momens de gaité, elle nous donnait, bien en cachette de la supérieure, des représentation s... elle nous faisait faire les bergères , parce qu’elle gardait toujours pour elle le berger.

LE ROI. Eh bien, il n’y aura rien de changé, je prendrai son rôle, et vous...

LOUISE. Jouer avec un roi!..

LE ROI. Quand on a mangé des beignets avec lui, on peut bien...

LOUISE. Je n’oserai jamais...

LE ROI. Je t’en prie à mains jointes. (Il la prend par tet deux- mains , elle résiste enrcore.) Et si vous ne voulei pas de bonne grâce, eh bien, oui, je suis roi, et je vous l’ordonne, mademoiselle d’Humières. (Il rit.) Ah! ah! ah! je connais mes droits.

(Gracement.) Le duc de V illeroy, mon gouverneur, me l’a dit un jour, que du haut d’un balcon je regardais la foule assemblée. • Vous voyex bien tous ces gens- ■ là, sire, ce sont vos sujets, vous êtes sieur maître, tout cela est à vous; et vous s ave» dans votre royaume vingt-cinq mil- • lions d’ames qui vous appartiennent de sla même manière, s S’ils sont tous mes sujets, vous êtes ma sujette aussi, s’ils m’appartiennent , vous m’appartene» , cm je suis votre maître... (Virement.) et je veux que tu joues une scène avec moi.

Air de l’Jngelui.

De cummindrr j’si le pouvoir,

LOUISI.

Msit, votre ordre pcut-il s’élcitdre A rn'coioindn: de le sivoir f LE aol.

Oui, pniique je vais vous l'apprcodre,

A part. Pourvu que je lache m’y prendre... .

Uaal. Si je m’y prends mal , il est bon Qoe vous wehiex, ma chère amie,

Que c’eBl la première leçon Quo j’aurai donné de ma vie. BU.

Décidément, je ne peux pas faire un berger avec mon habit brodé...

LOUISE. Comment, sire, vous ailes...

IE8 BAIGNETS A LA COGB*

LE ROI, ^oUemeni. Non, pas sire... j*ai des grandeurs par-dessus la tôtc... je fais assez le roi tons les jours. Pour une fois... (// ôte son fuihit.) Lâl.. décidéiucut, c’est beaucoup mieux!

LOUISE. Je ne sais pas si j’irai en mesure.

LE ROI. C’est égal, si ça ne va pas bien la première fois,nou.s rceoinmenceron.H... vous savez cpie c’est au coucher du .soleil... vous gardez les agneaux , et moi des brebis dans la vallée de... je ne sais plus... U y a un fossé qui sépare les deux prairies, e* que je n’ai pas osé franchir,.. (H regards autour de /«i.) Qu’est-ce donc qui fera le fossé?.. Ah! les bergères ne portent pas de colcrelte... (// Venlèvé.') La vôtre... voilà le fossé.

Il l'éteod sur le tapis,

LOUISE. Mais...

LE ROI. Voyons, suivez doue bien... si vous m'interrompez toujours nous n’en finirons jamais.

LOUISE. Ne vous fâchez pas, je vou.s écoute.

LE ROI. Attention ! je suis caché sous le feuillage avec le vieux berger Palémou, qui me dit en .sVn allant :

Ah i lu cherche» Nicetle, elle est bien désolée 1 Car, CD courant apres se» agneaux , ce matin,

La belle a , par mégardn, oublié son serin.

La cage était ouverte, il a pris »a volée. ..

C’cit qu'elle en pleure k »e faner le telol 1 Il était »i privé son beau petit serin...

Vois, elle court après, aous la roudrette.

•Ahl mon petit beiger, si j’avai» les vingt aiu,

De oioineau , la bergereite Ne manquerait pis iung-tempi 1

Voilà votre houlette et votre cage...(// lui montre ta table oà ces objets sont déposes.) Ah! et mon chalumeau que j’ouhliais, c’est avec ça que je dois vous charmer (/I U prend.) Allons, commençons... Eh bien, voyons, allez donc vous promener sur le penchant de la colline.

LOUISE. Mais il n’y a pas de colline.

LE ROI. Et le fauteuil donc I LOUISE. Ah! c’est vrai!

LE ROI. Attention à la pantomime.

[Pantomime.)

Louise aort, et rentre »ur l’air: Petits oiseaux,., elle va pour donner à rnanger à son serin, regarde la cage qu'elle trouve vide, h cet aspect , elle parcunrt éperdue h? cOté dn théâtre qui cit séparé par la colcrelte, sur l'air : P ai perdu mon • eouUau. Pui», elle va »’aa»coir»ar le fauteuU.

LE ROI, derrière U paravent. J’écarte l’épais feuillage.

Il arrive sur l'ci’r d'Haydn. Il joue du chalnmcan. LouUe, onbliant son rôle, te retonrne brusquement de aoD c6té, et PéoGute.

LE ROI. Non, non, pas encore.,. ^

Les BaigneU d la cous

LOUISE. Ah! c’est vrai,

LE ROI. Vous avez l’air de ne pas m’entendre , mais VOUS regardez en dessous.

LOUISE. Comme ça ?

LE ROI. Oui... j’avance petit à petit jusqu’au bord du fossé.

LOUISE. Prenez garde , au bout du fossé,,.

LE ROI. Nous verrons.

Il jnne l'air : Beoute-moi^jc t'en supplie ( de Pica* ros et Diégo). l.ouisc mimn »ur l'air : Son ,Je ne veux pas céartfrr. Le roi continue Pair : Eeoute- Louiy: réj'étc : Son , Je n» veux pas chanter. Le roi frappe du pied avec impatience fur la dernière note, «'arrête tout k coup à une idee qui lui vient , et prend à «a ceinture une fleur qu'il oflVe giir Pair : D'un bouquet de romarin. Louiae refuse. 11 jette »oo bouquet avec dépit. L<»ui»e va prendre sa cage, la fait Voir ouverte et vide, et la dépote 4 cAlé de la colcrette qui sert de fossé, pendant que Porches- Ire joue ; J'ai perdu mon Eurydice. Le roi com-

f irend ; il se frappe le front , regarde autour de tii, disparaît un moment sur Pair ne saie quel trouble m'eaUe, et revient mystérieusement, avec un oiseau qu’il cache et qu’tl caresse. Louise cherche vainement à voir ce que tient le berger, pendant Pair : Ahî le bel oiseau vretiment. Alors, le berger arrivé au bout du fossé découvre sa surprise. Nicette qui veut le serin , mime 4 mains jointes et presque 4 genoux , pendant que la musique exécute : Àh ! ma charmante Ixabeau , prCte-moi ta cage pour mon oiseau, llefus du roi, qui fait le geste d’un baiser sur » Pair : Un baiser pris davanae,

Page 1