‹ Les bienfaits de Champevert comedievaudeville en un acteChapitre 11 sur 27 · LE MARMITON · texte numérisé non relu

LE MARMITON

Suffit, madame, (il sort.)

BÉRARDIER

Pourquoi ce Balthazar ?

POLYMNIE

C’est le dîner.

BÉRARDIER

I.e dîner! des perdreaux, des homards, des gelinottes et le tout truffé...

POLYMNIE

Sans doute; j’ai voulu faire honneur à votre ami.

BÉRARDIER

Comment honneur! et l’argent?

POLYMNIE

L’argent, je l’ai trouvé là dans ma table; ne fais donc pas l'enfant.

De quel enfant parlez-vous ? J’ai déposé ce matin douze francs dans le tiroir et ce dîner se monte à cent cinquante et des centimes, (il va au tiroir.) Deux mille francs... horreur je suis en pleines lionnes pauvres.

POLYMNIE

Sérieusement, ce n’est donc pas toi ?

BÉRARDIER

Si c’était moi, est-ce que je vous demanderais qui? Non... C’est fini... Il vous faut des cachemires avec des truffes tout autour. 11 vous faut des dîners de chez Chabel et Poiot.

CÉLESTIN

Calmez-vous, patron.

BÉRARDIER

Laisse-moi, Célestin ; il y a longtemps que ces fantaisies me sont suspectes ; aujourd'hui les écailles me tombent, cette femme a un amant. Qui sait? Elle en a peut-être plusieurs ?

DE CHAMPAVERT 2i

CÉLESTIN, à pari.

Elle aimerait quelqu’un, je suis prêt à défaillir.

POLYMNIE

Mais, mon ami, écou!e-mof, tu ne peux pas me condamner sans m’entendra... Si je connaissais l’homme qui a eu l’audace, je serais la première... (Apercevai t Celestin qui s’cst laissé aller soi* un fauteuil, à gauche.) Dieu ! quelle agitation ! Si c'était lui.

BERARDIER.

Tu dis?...

POLYMNIE

Rien, rien... (A pari.) Oh ! je ne lui aurais jamais cru cette effronterie.

BERARDIER.

Allons, madame, puisque vous refusez de faire des révélations, rentrez dans votre cellule... (se reprenant.) Dans votre chambre... ma perspicacité fera le reste.

POLYMNIE, passant près de Célestin.

Ah ! monsieur Célestin, me compromettre ainsi, c’est bien mal...

CÉLESTIN

Hein? quoi... comment? Mais ce n’est pas moi! mais.je suis incapable !...

POLYMNIE

Je le croyais... mais je vois bien que vous êtes capable de tout. <

BERARDIER.

Célestin, que dit-elle?

POLYMNIE

Je dis, mon ami, que nous ne pouvons pas garder un jour de plus monsieur Célestin chez nous...

BÉRARDIER

SS

Et pourquoi donc?

POLYMNIE

Demande-le-lui, et nous verrons bien s’il aura l'audace de répondre.

BÉRARDIER, regardant tour à toar sa femme et Célestin.

il serait possible! Mon commis aurait osé lever les yeux... Oh! si je le savais...

CÉLESTIN

Patron, je vous jure sur la vertu de madame...

BÉRARDIER

Toutes ses cachoteries me sont expliquées, maintenant... l'homme aux camélias, c’est lui, l’homme au cachemire, c’est encore lut!...

CÉLESTIN

Grand Dieu! comment diable aurais-je fait?...

Air: Des cinq codes.

Quand je voudrais agir de ruso,

On voit, en y réfléchissant,

Que du délit dont on m’accuse,

Je suis forcément innocent.

Patron, laissei-moi vous le dire,

Par vos soupçons vous m’étonnes, Comment puis-je ach’ler un cach’mirc, J'nai pas d’quoi m’acheter un cach’-ne*.

BÉRARDIER

Ça, c’est vrai!...

LE DOMESTIQUE

Pour monsieur Célestinl... trois sous.

CÉLESTIN, vivement.

Donne, (a part.) Une lettre de Mâchefer; elle tombe bien!...

DE CHAMPAVERT 33

BÉRARDIER, à part.

Comme il est ému. (Haut.) Eh bien ! lisez donc, vous ne lisez pas ?

CÉLESTlN.

Oh ! patron... tout & l’heure, les convenances...

BÉRARDIER

Décidément il est ému. (Haut.) Les convenances? Eh bien, moi je les brave 1... (Il lui prend la lettre et la lit.)

CÉLESTlN, tremblant.

Quel pot aux roses!...

BÉRARDIER, lisant.

« Monsieur, vous me deviez quinze mille francs, vous m'en offrez quatre mille. Au moment où j’allais conclure le marché, un inconnu est venu me proposer de m’acheter vos créances comptant au prix fort. J’ai eu la faiblesse d’accepter... On est bien forcé d’étre arabe quand on ne peut pas faire autrement... Je vous donne donc avis du fait afin que vous soyez sur vos gardes si vos nouveaux créanciers venaient à vous faire poursuivre... Mille gracieusetés, Mâchefer... »

CÉLESTlN, S part.

C’est la cheminée qui dégringole!...

BÊRARDIER.

Eh bien! nierez-vous, maintenant... monsieur Célestin? Ah I vous faites des lettres de change, vous en faites pour quinze mille francs, et pourquoi, grand Dieu ! pour séduire des femmes mariées, des épouses légitimes,

poltmNie.

Mon ami, crois-bien que j 'ignorais;..

BÉRARDIËR, avec une furet» croissante à CélcStin.

Ah ! vous n’aviez pas asses de votre place, vous vouliez encore prendre la mienne; soyea tranquille; je saurai ld défendre;

Al B : Béranger et f Académie.

Oses-tu bien me regarder en face,

Après le coup que tu viens de frapper ?

Il est donc vrai, qu'un mari, quoi qu'il fasse A ce malheur ne peut pas échapper...

Quand, me livrant à ma tranquille joie,

Je m’assurais contre la trahison.

Sous l’habit noir du commis que j’emploie , Le déshonneur entrait dans ma maison.

Mais pas d’attendrissement, et soyons tout à la vengeance.

(U sc dirige vers le cabinet de droite.)

CÊLESTIN.

Où allez- vous?

BÉRARDIER

Je te donnais douze cents francs pour te faire vivre, je vais chercher mes pistolets pour te faire mourir...

Patron! au nom du ciel!...

BÊRARD1ER.

il n’y a plus de patron ici; il n’y a que deux hommes qui vont s’entre-dévorer. Venez, madame, nous aurons une explication à huis clos...

BÉRARDIER, à Céiestin.

Air: Ali Alo. ( Belboul .)

Tremble, insensé,

Un époux olTei>sé Ne pardonuc A personne.

Qu’il sera doux,

D« te voir à genoux Succomber sous mes coups.

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DE CHAMPAVERT

ENSEMBLE

POLYMNIE

Jeune insensé,

Un époux offensé Ne pardonne A personne.

Ah! sauves -vous,

Ou si non, à genoux,

Vous mourrez sous ses coups.

CÉLEST1N.

11 est lancé.

Jamais époux blessé Ne pardonne A pei sonne, il est jaloux,

^Mais périr sous ses coups, ■Ce n’est pas dans mes goûts.

POLYMNIE, passant près de Célcstin.

Ah ! monsieur Célestin, c’est affreux, moi qui vous portais tant d’intérêt. (Elle entre» gauche avec Bérardier.)

CÉLESTIN, à part.

Elle me portait de l’intérét !

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