UN PENDANT, PAR J. VOVERT
positions de Stephanus représentant les allégories des saisons, des mois, des quatre éléments ou les scènes de l'histoire sainte, ou bien encore des mêlées de combattants, on m'accordera qu'elles ne présentent aucune analogie avec la bijouterie proprement dite. La grande orfèvrerie pouvait seule en tirer parti et les reproduire, soit par les procédés de l'émaillerie, soit par ceux de la ciselure et du repoyssé.
De l'œuvre de ces maîtres il ressort toutefois que la gravure au burin jouait à leur époque un rôle bien plus considérable que celui qui lui a été dévolu depuis et surtout que celui qu'elle joue de nos jours. Il en ressort également que l'étude du dessin , qui était limitée au genre d'ornementation spécial alors en vogue, per-
COLLIERS ET PENDANTS DE COU
mettait à Télève d'acquérir sans hésitation et très sûrement la connaissance complète de la caractéristique du moment. Toutes les œuvres devaient se ressentir de cette unité de but et de direction, toutes les imaginations stimulées dans le même sens devaient naturellement tendre à Taffirmation d'un style. Si la multiplicité des connaissances et Téclectisme qu'elles engendrent ont des charmes pour le dilettante, elles offrent la fatale compensation de semer le doute et l'indécision dans l'esprit de la généralité, et celle-ci, à force d'être sollicitée de tous les côtés à la fois, n'avance plus dans aucun sens.
Cette direction voulue, qui existait alors, puisait sa force dans une grandje conviction professionnelle partagée par le maître et par l'élève, et les beaux résultats qu'elle atteignait se sont encore manifestés longtemps, puisqu'en 1702 nous voyons le brave Bourquet, maître orfèvre à Paris, faire un recueil de modèles de travaux à l'usage des jeunes apprentis graveurs intitulé : Livre de taille d'épargjie et commencer son œuvre par cette phrase : c Mon dessein, en faisant ce livre, a été d'instruire la jeunesse et de soulager leurs maîtres. »
Dans ce recueil, il enseigne comment le burin doit être affûté et fait ressortir, en le montrant par des exemples de gravure, à quelle variété de perfection on peut atteindre selon que le burin est bien ou mal préparé. Cette préoccupation indique en quel honneur, en quelle estime le métier était alors tenu.
A la fin du xvi*^ siècle, les dessinateurs prenaient encore plaisir à maintenir le métal à son rang, ainsi que le démontre le collier D. 882, conservé dans l'une des vitrines de la galerie d'Apollon, au Louvre. Il est d'argent doré et formé de monogrammes découpés à jour, reliés entre eux par une maille bizarre offrant quelque ressemblance avec un pignon d'engrenage.
M. de Laborde fait, dans son glossaire, la remarque que le chiffre amoureux date tout au plus du xiv* siècle. Ni l'antiquité ni le moyen
ai2 LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
âge n'ont eu Tusage de ces lettres enlacées formant un chiffre, qui nous servent, dit-il, à fixer Tàge et la provenance de bon nombre des élégants objets d'an de la fin du moyen âge et de la Renaissance.
Les émailleurs aussi tenaient à honneur de ne pas laisser dégénérer leur art. Le joli loket ayant fait partie de la collection Sloane, et actuellement conservé au British Muséum, est là pour l'attester. Le profil de la reine Elisabeth découpé dans une médaille d'or du temps.
^^iâh.