PENDANT PAR P. BOURDON
à l'autre. Marie-Thérèse à un rang de perles juste au cou, avec des boucles d'oreilles en joaillerie. On rendait visite avec le collier de perles juste au cou, on le gardait en déshabillé, tandis qu'on avait aux bras des rubans d'étoffe à nœuds pendants. Du reste, ces nœuds à coques répétées jouaient un rôle très important dans le déshabillé galant. On en portait sous ie menton pour rattacher une sorte de fanchon ou de guimpe élégante, on en portait au corsage à la place de la broche, et, plus bas, un flot simulait le nœud de la ceinture. On en portait au bas des manches, dans les dentelles placées au coude.
C'est Gilles Légaré qui nous donne la véritable mesure des finesses qu'atteignit en France la joaillerie à la fin du xvii® siècle. Ses dessins ont une élégante tournure qu'on ne rencontre que dans ses œuvres. Ce sont des nœuds dont les jets élancés s'entre-croisent gracieusement, ce sont des pendants, espèces de girandoles dans lesquelles de fins cordons serpentent et tiennent, suspendues et libres, les perles ou pierreries dont l'agitation perpétuelle augmentera l'éclat. Son œuvre si per-
sonnelle surprend comme une apparition. Il semble que les belles perles en forme de poire, les belles et grandes roses taillées en pendeloques, qui foisonnaient alors, Paient attendu pour se montrer, tant elles paraissent se trouver pour la première fois dans leur cadre naturel. Lorsque Pierre Bourdon, quelques années après, en 1705, suivra ses traces, il supprimera tous les gracieux détails et ne gardera du maître que la découpure extérieure ; mais il sera beaucoup plus riche. En matière de joaillerie, la richesse finit toujours par avoir raison.
Les roses de Pierre Bourdon sont montées à jour ; chacune d'elles peut se décrocher et être portée d'autres manières.
La quantité de diamants taillés en roses qu'on voit représentés dans tous les dessins de la fin du xvii" et même du commencement du xviii* siècle a lieu de nous étonner quelque peu. On a vu dans les bijoux que nous venons d'étudier des pierres tantôt taillées en table, tantôt taillées en rosés. Ces deux façons de taille étaient les seules connues, à part quelques tailles de fantaisie annotées dans certains inventaires, tailles qui semblent bien plutôt être le résultat d'un calcul de lapidaire qui, tenant à ne pas diminuer le volume de la pierre, mettait à profit sa forme naturelle, que celui d'une combinaison savante. Les diamants à facettes, mentionnés dans l'inventaire de GabricUe d'Estrées, ne sont bien certainement que des roses. Les dessins de Collaert, ceux de Mignot et tous les autres n'indiquent que des tables. En 1621, les dessins de Symony de Strasbourg, très précis, très arrêtés, ne représentent rien que des diamants carrés taillés en table. Ce n'est même pas du diamant dit en taille de non recoupé. De 1641 à i653, le cardinal Mazarin, qui s'intéresse beaucoup à la taille des brillants, stimule les lapidaires et obtient d'eux, à grand'peine, il paraît, une taille nouvelle du diamant qu'on appelle la taille en seize. Il fait tailler d'après cette méthode douze brillants de la coqronne qu'on appelle les douze Mazarins. Cette taille laissait encore à désirer. Ce n'est qu'à la fin du xvii« siècle que la taille du diamant à trentedeux facettes, dit recoupé, est enfin découverte.
Mais entre le jour où, après bien des tâtonnements, les règles de cette taille furent détermiriées, et le moment où le public fut convaincu qu'elle était supérieure à la taille en rose, qui, à poids égal, laissait plus d'étendue à la pierre, entre le jour, en un mot, de la découverte industrielle et celui de son application commerciale, il dut s'écouler
COLLIERS ET PENDANTS DE COU. ajS
un temps assez long. C'est ce qui explique la vogue que la taille en rose conserva encore quelque temps. Quoi qu'il en soit, Tart de tailler le diamant et toutes les pierres en général paraît avoir accompli des progrès considérables, et même avoir atteint le degré de perfection qu'il n'a pas dépassé, dans la seconde moitié du xvii* siècle et le commencement du xvni».
Cest à cette époque que les lapidaires parviennent à donner à chaque pierre la forme particulière qui lui convient pour la place qu'elle doit occuper, comme dans ce pendant de cou, au milieu duquel figure la croix du Christ du Portugal, exécutée de cette manière.
Dans l'œuvre de Gilles Légaré, on trouve une assez grande quantité de chaînes larges. Les unes, composées d'entrelacs, sont tout en or repercé et ciselé; les