ARMILLA EN OR MASSIF
des d'or au poignet; mais combien peu cette tradition est en rapport avec le nombre si limité de bracelets que renferment les collections !
Il y avait Varmilla, composé de trois ou quatre tours massifs d'or ou de bronze, qui couvrait une partie considérable du bras. Il avait été porté par les Mèdes et les Perses ; il le fut plus tard par les Gaulois, mais il entrait aussi dans le costume national des anciens Sabins.
Les Romains le portaient au bras droit et les Sabins au bras gauche.
Tout le monde se rappelle l'histoire de Tarpeïa. Sous le règne de Romulus, Spurius Tarpeïus commandait la citadelle. Sa fille, Tarpeïa, étant allée hors des murs puiser de l'eau pour un sacrifice, se laissa gagner par Tatius et consentit à faire rentrer avec elle les soldats sabins, à condition d'en recevoir ce qu'ils portaient à leur bras gauche. Elle leur voyait des bracelets et des anneaux d'or d'un poids considérable. Tatius y consentit. Mais, en entrant dans la ville, il jeta à Tarpeïa, non seulement son bracelet, mais encore le bouclier qu'il portait au même bras. Il fut imité par ses soldats, de manière que la malheureuse Tarpeïa périt accablée sous le faix.
Les Romains et les Sabins tenaient Tarmilla des Étrusques.
Le Cabinet des Antiques en possède un (numéro 2976) en or massif, qui ne fait que deux tours et qu'on suppose être d'origine gauloise. La forme en est très caractéristique et donne Tidée de ce que pouvait être cet ornement lorsqu'il faisait plusieurs tours. La largeur de la lame de métal allait en se rétrécissant vers les deux extrémités et était très renflée au milieu.
Plus tard, les Romains renoncèrent à porter leurs bracelets. On les leur donnait comme une marque de distinction, en souvenir d'une action d'éclat; ils les gardèrent comme des insignes glorieux et se contentèrent de les étaler sur leur poitrine, aux jours de cérémonie et de triomphe, avec des torques, des phalères et même des plaques d'or et d'argent, ainsi qu'on peut en juger par plusieurs bas-reliefs. Ils en vinrent à appeler barbares les Gaulois et les Asiatiques qui les portaient au bras.
Le mot armilla était employé pour désigner tout cercle d'or ou tout anneau dont se paraient les femmes. Elles en portaient autour du poignet, sur la partie charnue du bras et au-dessus de la cheville. Les Latins appelaient plus particulièrement dextrale ou dexlrocherium celui qui se portait au poignet du bras droit, et spinther une sorte de spirale comprimant le bras, par sa propre élasticité assez semblable à l'armilla, qui se mettait au bras gauche, entre le coude et l'épaule. Ils appelaient spathalium un ornement qui se mettait au poignet et après lequel étaient attachées de petites clochettes en guise de pendants. L'anneau d'or ou d'argent que les femmes plaçaient au-dessus de la cheville du pied s'appelait compes chez les Latins et periscelts chez les Grecs.
Ces ornements étaient laissés aux femmes des classes plébéiennes de Rome, aux courtisanes, aux danseuses et autres personnes de ce genre qui allaient pieds nus et montraient leurs jambes, tandis que les dames et les matrones romaines les cachaient entièrement sous leurs robes longues et traînantes *.
On doit croire que les bracelets ne sont devenus en usage pour les dames qu'assez tard dans la civilisation romaine, car il est à remarquer qu'on en rencontre à peine sur les anciens vases peints et presque jamais dans les sculptures, tandis que les fresques de Pompéi, qui
I. Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, par Anthony Rich.
BRACELETS
appartiennent à un temps moins reculé, en présentent une assez grande quantité. Quoi qu'il en soit, nous n'en possédons au Louvre qu'une collection bien restreinte.
Trois jolis bracelets, qui semblent appartenir à la fabrication
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BRACELETS ETRUSQ.UBt.
étrusque des derniers temps, attirent tout d'abord l'attention par la richesse du travail qui les décore. Ils sont faits d'une suite de plaques carrées, reliées entre elles par des charnières, de façon à simuler un ruban souple.
L'un (n" 344) est composé de treize pièces et terminé à chaque extrémité par une maille en demi-cintre, dont l'une est munie d'un anneau et l'autre du crochet qui complétait la fermeture.
Le travail d'ornementation des placjues est tout en filigranes et très finement exécuté. Mais ce qui constitue le grand mérite de cet objet, c'est l'opposition charmante qui résulte du travail alterné des parties dont il se compose. La tranquillité, le ton uni de la moitié des mailles, résultant de l'uniformité et du peu de relief du mode d'ornementation adopté, sont admirablement calculés pour mettre. en valeur les combinaisons fouillées et bourrées de détails amusants des carrés avec lesquels elles alternent. Il importe de remarquer que si toutes les mailles que j'appellerai blondes, vu la légèreté et la douceur du décor adopté, répètent le même dessin, ce qui donne une grande unité à l'ensemble, l'artiste a eu grand soin de varier la composition des autres et d'empêcher ainsi l'unité de tourner à la monotonie.
Les deux autres bracelets possèdent le même charme résultant de l'alternance d'un motif simple avec un motif compliqué, mais il faut remarquer particulièrement dans le numéro 35 1 l'effet obtenu par l'encaissement dans des compartiments carrés de neuf lentilles d'or couvertes de granulé. Leur réunion fournit dans les trente-six angles profonds qui en résultent autant de points sombres du plus heureux effet, qui encadrent et mettent en relief la convexité mate et blanchâtre des lentilles. L'énergie de ce travail fait opposition aux autres mailles, dont les cordelettes excessivement ténues, se mariant à la surface plane du fond, donnent une sorte de moiré blond d'une douceur extrême.
J'insiste sur cette habile combinaison, parce qu'elle résume, selon moi, toute la science de l'emploi des filigranes.
Étant donné un métal si beau qu'il soit, l'or, dont l'aspect est riche par lui-même, mais uniforme si Ton ne sait le mettre en valeur, trouver des modes variés de travail qui en modifient la surface en en rendant certaines parties vigoureuses et les autres plus claires, voilà le problème qui s'imposait. Il a été résolu victorieusement par les Grecs et par les Étrusques, bien que tous leurs artisans ne l'aient pas compris au même degré. Quelques-uns n'ont vu dans cet art qu'un arrangement plus ou moins heureux de petits tracés formés par des cordelettes ou des grains. Ceux-là n'en ont observé que la lettre; ils ont passé à côté de l'esprit.
Le musée du Louvre conserve également une paire de bracelets en or (n^' 372, 38o), formés chacun d'un grand anneau creux rigide, orné à chaque extrémité d'une tête de serpent ciselée, puis une autre
BRACELETS
paire de bracelets d^enfant assez curieuse (n^ 075, 377). Chacun est composé de cinq bandes reliées entre elles par trois traverses et terminées, d'un côté, par un demi-buste humain surmonté d'un poisson