‹ Les bijoux, anciens et modernesChapitre 43 sur 250 · BAGUE DE STYLE ROCOCO · texte numérisé non relu

BAGUE DE STYLE ROCOCO

Collection de M. G. Morchio.

chaton est d'une forme renflée tenant le milieu entre un cœur et une fève. Il est couronné par une turquoise à serti clos qui suit, épouse le galbe général et le complète. Cette bague, de forme rococo, est la seule que j'aie vue.

Voilà donc les artistes revenus au souci de la forme, voilà donc une petite victoire remportée par le goût sur la richesse, et qui se continuera jusqu'aux dernières années du xviii* siècle.

Je néglige à dessein les bagues dont les chatons étaient couverts des attributs alors à la mode, tels que flambeaux et carquois, musettes et chapeaux de berger, lyres, cœurs enflammés, ailés ou coursonnés, colombes, etc., etc., parce que j'estime que ces objets tenaient leur charme principal du sens qu'on leur attribuait et non point de leur beauté, surtout si j'en juge par les dessins contenus dans le Traité des pierres précieuses, publié en 1762 par Pouget fils. Ce genre de bijou s'adressait plus à l'esprit qu'aux yeux.

Cependant, je ne puis passer sous silence une délicieuse composition qui fait partie de la collection du musée du South-Kensington. C'est une bague de mariage. Le chaton, formé d'une belle rose en forme de cœur, à serti rabattu dans l'argent, avec un feston au pied, est surmonté d'une couronne enrichie de trois roses. Deux mains viennent présenter ce petit motif. Elles sont en or, émaillées de blanc, ainsi que les manchettes qui sont rehaussées de quelques touches noires simulant la dentelle. Le dessin fera mieux juger le charme de cet objet. Sa date précise est l'année 1706. Les ouvriers du règne suivant subissent encore l'ascendant des tendres ardeurs, et, pour se conformer à la mode de leur temps, y ajoutent les expressions de la philosophie sentimentale. Mais leurs conceptions diffèrent essentiellement, les matériaux employés ne sont plus les rnêmes. C'est une devise, une déclaration, un jeu de mots qui remplace l'emblème, ainsi qu'on peut le voir dans ce chaton de forme elliptique fait d'un verre bleu, cambré à la baowe

meule, de façon à embrasser le contour du doigt, et sur lequel les mots A l'amitié sont écrits en petites roses serties en relief, et dans cette autre en forme de collier de chien, qui est divisée en quatre cases égales, garnies au fond de parquets de cheveux que recouvrent des cristaux de roche à biseaux et cambrés. Le centre de

BAGUB DE MARIAGE

ANNEAUX ET BAGUES

chacun des cristaux est occupé par une lettre en or. Les quatre lettres sont L. A. C. D., qu'il faut lire: elle a cédé. Au milieu des cloisons transversales garnies de petites roses qui séparent les cristaux, sont incrustées quatre petites plaques en émail bleu sur lesquelles sont réservés en» or les quatre mots qui.forment la phrase : Amour, veille sur elle. Une autre idée fort ingénieuse était la bague nom, sur laquelle chaque pierre représentait une des lettres du nom qu'on voulait figurer. Pour écrire le nom Adèle, par exemple, on sertissait à la suite les unes des autres les pierres suivantes :

> méthyste.

O iamant.

frj meraude.

r* apis.

pj meraude.

De cette façon, on se donnait le plaisir de porter au doigt le petit nom de Tobjet adoré. Qn y joignait peut-être celui de Tépeler complaisamment à ceux qui vous en faisaient la demande.

Il est certain que ces devises, ces devinettes, ces confidences intimes en manière de rébus, succédant aux carquois et aux tourterelles, offraient aux artistes un champ d'exploitation nouveau.

Ils tirèrent tout le parti désirable de cette bijouterie doucement sentimentale et presque sérieusement tendre. Leurs compositions reçurent, de ce nouveau mode d'expression, une sorte de rectitude, de netteté, que quelques gens de goût trouvent un peu sèche.

Les élégances en négligé furent tout à fait délaissées; les cœurs, au lieu d'être enflammés et percés de flèches, furent sagement accouplés et correctement couronnés; les mains enlacées dites bonne foi, exhumées des poussières de Pompéi, firent leur réapparition sur les chatons de bague. Tout devint raisonnable et raisonné, tendre et ému. On entrevoyait alors des horizons paradisiaques, on en saluait l'avènement prochain, par les élans d'un lyrisme qui ne nous apparaît plus à présent que comme une sorte de raillerie féroce de la destinée.

C'est du règne de Louis XVI que date l'invention de la bague

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