PENDANT DE STYLE ARCHITECTURAL
or ces petits personnages, en tenant exactement compte du minuscule volume de chacune des parties d'émail dont il faudra les couvrir, puis après pour poser cet émail, et non seulement le poser en bosse et de la forme exacte qu'il s'agissait de représenter, mais encore de Ty maintenir au feu, c'est-à-dire de l'empêcher de couler dans les creux, ce qui aurait empâté tout l'ouvrage.
Lorsque cette difficulté matérielle a été vaincue, si comme dans ce petit chef-d'œuvre, tous les muscles ont la forme qu'ils doivent avoir, si les plis des étoffes sont bien observés, si en un mot le sujet est modelé comme aurait pu le faire un artiste de talent, en faisant emploi d'une matière plastique, il faut admirer sans bornes.
COLLIERS ET PENDANTS DE COU. 201
On dit que cette pièce pourrait être de Benvenuto Cellini, parce que les Jiguj^es y sont traitées dans le goût du maître, et cela est vrai. Mais il faut être du métier pour savoir combien cette phrase : traitées dans le goiit du maître, appliquée à ce genre de travail, ajoute encore à ce qu'il a d'extraordinaire ; car voilà que cette matière, Témail, si difficile à manier pour faire seulement un mollet bien pris, au-dessus
MONTURE ATTRIBUEE A BENVENUTO CBLLINI.
d'une fine et élégante cheville, a pu être disciplinée de façon à rendre la manière d'un maître. Quelle nuance ! si l'ouvrage n'est pas de celui que nous connaissons, c'est qu'il y en avait deux.
Les ouvrages qui furent exécutés pendant la première moitié du xvi® siècle sont revêtus d'un caractère spécial auquel il e§t facile de les distinguer des autres. La fabrication en est fine, les ciselures empreintes de caractère; les émaux, bien que pleins d'éclat, en sont harmonieux; toujours subordonnés au sujet qu'ils accompagnent, ils sont posés avec esprit et avec mesure, ils entrent dans l'ensemble, ils concourent à 1 effet général, de même que les pierres, et ne le troublent jamais. C'est toujours une nécessité d'harmonie et jamais la recherche du luxe ou de l'effet, qui en motive la présence. Les envers de la plupart de ces ouvrages sont gravés ou émaillés avec soin. Toute leur valeur, en un mot, réside dans leur beau caractère artistique, aucunement dans leur valeur intrinsèque, et si de toutes ces merveilles il n'est presque
2oa LES BIJOUX ANCIENS ET MODERNES.
rien resté, la chronique nous laisse entrevoir ce que ces soins raffinés donnaient de personnel au bijou.
On connaît, à ce sujet, Tanecdote racontée par Brantôme. François P' avait fait faire pour sa maîtresse, M°^® de Châteaubriant, une
CROIX EN CRISTAL DE ROCHE, EMAUX ET PIERRBRIEb.
grande quantité de bijoux d'or d'un travail précieux, chargé d'emblèmes et de devises. Lorsqu'il eut cessé de l'aimer, il les lui réclama, et la comtesse les lui renvoya fondus en lingot.
A cette époque, la bijouterie française était en pleîh épanouissement et cherchait de nouveaux champs pour son expansion. Elle fabriquait pour les femmes de petits miroirs merveilleusement encadrés, que celles-ci suspendaient après le collier étalé sur leur poitrine. Les dessous et les couvercles de ces miroirs étaient enrichis de travaux précieux. Peut-être en y regardant de très près, pourrait-on déduire que toutes ces merveilleuses choses constituaient le bijou galant. Le bijou officiel, si l'on s'en rapportait au portrait de la reine Claude, peint par Janet, aurait comporté beaucoup moins de fin travail et
COLLIERS ET PENDANTS DE COU. aoj
beaucoup plus de richesse, car les épaules de la reine sont charge'es
CHAINE DE COU EN FILIGRANB8 MÉlés d'ÉMAUX.
d'un lourd collier composé de plaques enrichies de pierreries et de
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perles. Le portrait d'Éléonore d'Autriche, seconde femme de François P% qu'il épousa en i53o, garde un moyen terme; mais déjà les perles commencent à faire leur apparition et viennent ajouter leur
CHAINE DE COU EN FILIGRANES MÊLÉS d'ÉMAUX.
doux éclat à l'élégance d'un gros pendant plein de caractère, qui orne le devant de son corsage.
Un portrait de Raphaël, aux Offices, à Florence, représente une dame dont le collier est formé de cinq ou six chaînettes d'or très fines, tordues ensemble qui, nouées à la hauteur des seins, laissent échapper