‹ Les blasphèmesChapitre 22 sur 64 · IMPUISSANCE · texte numérisé non relu

IMPUISSANCE

Et dire que, la nuit m'empôtrant de ses voiles. Je peux la déchirer de feux en mille trous, Que je peux éventrer les vagues en courroux, Debout sur un cheval de bois ailé de toiles,

Que je peux, sans avoir un frisson dans les moelles, Tenir du ciel entier les monstrueux écrous, Et sous mes calculs sûrs comme sous des verrous Emprisonner le tas fourniillant des étoiles !

Et dire que cela, si grand, n'est rien encor, Et que je peux aussi, refaisant le décor Du monde, imaginer une énigme nouvelle,

Et la résoudre, et lui donner mon sceau vainqueur ! Dire que tout cela palpite en ma cervelle, Et que je ne sais pas le secret de mon cœur î

LA St)IF DE QUOI?

Et quand j'aurai comblé mes vœux à mon loisir. Quand j'aurai tout goûté, vertu, passion, vice, Quand mon esprit blasé ne sera plus novice Devant aucun remords, devant aucun plaisir,

Quand je ne saurai plus rien de neuf à saisir, Rien qui m'illusionne et rien qui me ravisse, Quand tous les imprévus seront à mon service, Croyez-vous que mon cœur n'aura plus de désir?

Hélas I faites de moi la Force Souveraine Sachant jouir de tout sans qu'un dégoût la prenne, Que mes vœux pour esclave aient l'absolu pouvoir,

Et, sûr d'être obéi quelque rêve que j'ose,

Je serai las de tout avant de rien avoir.

Et, sans savoir de quoi, j'aurai soif d'autre chose.

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