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LE SORCIER

Souffle, souffle, sorcier du Grand-CEuvre!

Souffle les alambics grondants!

Souffle dessous, regarde deaans.

Le Temps est une vieille couleuvre

Qui tient sa queue entre ses dents.

Vieux crapaud roi dans ta crapaudière,

Mets ton masque aux verres cornés, Et tourne avec des clous bigornés Dans le ventre noir de la chaudière Des anus verts d'enfants morts-nés.

Souffle ! Au carrefour de la clairière La lune baise les pendus.

Qu'importe 1 Cours aux fruits défendus.

Trois pas en avant, deux en arrière l Tel va le Maître aux pieds fendus.

Souffle, souffle ! La loi de ce monde,

C'est in belle, non in pace.

Qui veut le futur, monte au passé.

Le laid est beau, le pur est immonde.

Morceaux perdus I Miroir cassé i

Souffle, souffle encore ! Souffle et souffre !

Beaucoup se trouve en cherchant peu.

C'est d'un caillou gris que naît le feu.

Et dans la chrysalide du soufre

Dort l'aile d'un papillon bleu.

LA FORGERONNE

Forge le fer, forgeronne, Sœur des Kobolds au poil roux.

Sur ton enclume qui grone Forge des clous pour les trous.

Les Normands dans leurs mains blanches N'ont plus les secrets anciens.

Mais la race aux jauneâ hanches Garde le trésor des siens.

Forge le fer, forgeronne) Sœur des Kobolds au nez tors.

Sur ton enclume qui grone Forge le fer pour les forts.

Pour avoir la moisson drue 11 faut l'acier sans défauts Dans le soc de la charrue Et dans le Ql de la faulx.

Fqrge le fer, forgeronne, Sœur des Kobolds au pied fm.

Sur ton enclume qui grone Forge le fer pour Ta faim.

Ceux qui vont dans les batailles, Avec quoi pour s'égorger Se feraient- ils des entailles, Si tu ne savais forger ?

Forge le fer, forgeronne, Sœur deÉ Kobolds à l'œil clair.

Sur ton enclume qui grone Forge le fer pour la chair.

LE RONCEVALAIS

Vieil Empereur à la barbe fleurie, A Roncevaux se tient Thôtellerie Où vont dormir tous tes preux chevaliers Qui plus jamais ne seront réveillés.

On ne prend pas la terre montagnarde !

La foudre seule en passant la poignarde.

Mais à son front aucun bras outrageant Ne peut ravir sa couronne' d'argent.

Frappe d'estoc, Roland, frappe de taille !

Tu livres là ta dernière bataille.

"Et ceux qui vont te mettre à leurs genoux, Ce ne sont pas^les Sarrasins, c'est nous, Roncevalais fiers et vivants sans règles, Fils des glaciers, frères aînés des aigles. . Sonne, Roland, sonne ton olifant!

Voici que la montagne se défend.

LASFHEMES

nous t'assassine.

:œur se déracine, lambeaux arrachés.

grêle des rochers, nnontagne t'écrase...

la barbe rase.

OHÉMIEN

■iot pour la première fois I j'arrivai dans ces lieux, t, avec ses vieilles lois, ■s, ses palais et ses Dieux, ai, voyageur curieux, ait la superbe cité, , grave et l'orgueil aux yeux:

Ile a de tout temps existé. »

s il s'écoula.

é par là.

Murs, palais, temples, Dieux, tout avait disparu. Rien I plus rien I Le soleil allumait des rubis Aux javelots mouillés et verts d'un gazon dru; Et seul un vieux berger dans ses grossiers habits Se dressait sur la plaine en mangeant son pain bis. Or je voulus savoir depuis quels temps très courts Dans ce pré tout nouveau l'on paissait des brebis. Le berger dit d'un air moqueur : « Depuis toujours. »

Cinq mille ans il s'écoula.

Je suis repassé par là.

La plaine était changée en un bois ténébreux. Des lianes pendaient sous des porches béants Comme un tas de serpents tordus noués entre eux ; Et tels que de grands mâts, sur ces noirs océans De feuilles s'élançaient des troncs d'arbres géants. Et je dis au chasseur perdu dans ces flots verts : « Depuis quand donc voit-on une forêt céans?

— Ces chênes sont plus vieux, fit-il, que l'univers. »

Cinq mille ans il s'écoula.

Je suis repassé par là.

La mer, la vaste mer, sous son glauque lioceul

Avait enseveli lianes et forêts.

Un bateau de pêcheur, tout petit et tout seul,

A la brise du soir balançait ses agrès.

Et je dis aii pêcheur : « Est-ce que tu saurais

Depuis quand la marée a pris la terre ainsi?

— Tu plaisantes? » dit-il... Puis il reprit après :

« Car depuis que la mer est mer, elle est ici. »

Cinq mille ans il s'écoula.

Je suis repassé par là.

A la place des flots au panache d'argent -

Se déroulaient sans lin des flots à crête d*or.

Le déserti Aucun arbre au lointain n'émergeant.

Du sable là, du sable ici, du sable encor.

Et quand j'interrogeai sur ce nouveau décor

Le marchand qui chargeait ses chameaux à genoux .

« Depuis le jour, dit-il, où l'être a pris l'essor,

On connaît ce désert, éternel comme nous. »

. Cinq mille ans il s'écoula.

Je suis repassé par là.

Et voici derechef une cité debout,

Avec ses lois, ses murs, ses palais et ses Dieux,

Et son peuple grouillant ainsi qu'une eau qui bout.

Alors j'ai dit très haut à ce tas d'orgueilleux :

« Où sont doncles flots verts, les flots d'or, lesflots bleus,

Et la cité du temps jadis? » Et l'un cria :

« Notre ville est, sera, fut toujours dans ces lieux. »

Et j'éclatai de rire au nez de l'Arya.

Coulera ce qui coula!...

Je repasserai par là.

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