‹ Les blessures de la moelle et de la queue de chevalChapitre 3 sur 63 · J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN · texte numérisé non relu

J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN

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PRÉFACE

Un chapitre manquait à l’étude méthodique et dogmatique de cette Neurologie de Querre qui, à travers le drame des années dernières, aura fait tant d’honneur à l’Ecole française. Ce chapitre, c’est celui des Blessures de la moelle épinière.

Pourquoi cette lacune? — Pour des raisons multiples; en effet, il a été donné à peu de médecins d’observer un nombre considérable de blessures de l’axe spinal.

Il a été donné à peu de médecins, qui ont eu l’occasion d’observer tes cas de blessures récentes de la moelle, de pouvoir suivre l’évolution de ceux-ci pendant des jours, des semaines et des mois.

Il a été donné à peu de médecins de se trouver dans tes conditions requises pour faire un examen approfondi des pièces provenant des blessés qui ont succombé à leur traumatisme médullaire.

A toutes ces raisons que l’on pourrait a;ppeter, a de circonstances », vient s’en joindre une autre, qui est une raison « de fond » : dans toute la Neurologie de Guerre, il n’y a pas d’étude plus pénible, moralement et matériellement, que celle des blessures de la moelle, et on peut ajouter qu’au point de vue scientifique, cette étude est une des plus difficiles qui puissent se présenter. Voilà pourquoi, jusqu’ici, malgré la publioation par bien des auteurs de nombreuses observations de blessures dé là moelle, avec des remarques et des conclusions d’un grand intérêt, la Collection Horizon

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présentait, par exception, une lacune et ne nous offrait aucune monographie des traumatismes spinaux.

Cette lacune, MM. Roussy et Lhermitte viemient de la combler par le présent volume, et s’ils ont pu y parvenir, d’aussi louable façon, c’est qu’ils réunissaient, par leur conjonction, l’ensemble des conditions sans lesquelles l’accomplissement de leur tâche eût été irréalisable. Observation minutieuse des blessés de la moelle, depuis les premières heures jusque dans les stades les plus éloignés, examens anatomiques pratiqués d’après une méthode parfaite, en suivant les techniques les plus fines, les mieux appropriées à l’étude entreprise, tout cela a été réalisé par les auteurs, grâce à une compétence que tous les neurologistes se plaisent à leur reconnaître. Ce n’est pas un des moindres mérites du livre de MM. Roussy et Lhermitte, que celui d’avoir montré quelles différences capitales peuvent exister, pour un même phénomène, suivant que celui-ci est observé a l’avant, dans les premières heures de la blessure de la moeUe, ou beaucoup plus tard, à l’arrière, lorsque des semaines et des mois se sont écoulés.

En présence d’un traumatisme ayant pu atteindre le rachis, des questions diverses se-posent : L’atteinte du rachis est-elle bien réelle? Et si elle a eu lieu, qu’en est-il résulté pour la moelle? A-t-elle été directement ou indirectement lésée? Quelle est l’intensité de la lésion spinale? S agit-il d’une section totale ou d’une section incomplète? — Les auteurs envisagent ces différents cas et étudient chacun d’eux avec une remarquable précision, indiquant, à cote des phénomènes de séméiologie générale communs à tel ou tel groupe de lésions spinales, les symptômes ou les sjmdromes spéciaux qui permettent de reconnaître la hauteur à laquelle siège le traumatisme médullaire et l’intensité.de celui-ci. La recherche des caractères différentiels qui permettent d’arriver au diagnostic topographique est extrêmement intéressante et met en lumière toute la maîtrise des auteurs.

PRÉFACE

Dans cet ordi-e d’idées, nous signalerons particulièrement les pages consacrées à VHémisection de la moelle. Le syndrome ■de Brown-Sequard y est étudié dans ses différentes modalités, suivant qu’il est complet, incomplet ou à type paralytique, pour les cas d’hémisection sagittale ; mais il existe ^ussi une autre variété d’hémisection médullaire, l’hémisectioit transversale postérieure, sur laquelle les deux auteurs nous donnent de précieux renseignements.

Un chapitre d’un intérêt majeur est celui de la Commotion médullaire. On sait combien de publications ont déjà motivées les accidents de cet ordre : commotion réelle, organique pour certains auteurs, manifestations surtout névropathiques pour d’autres observateurs. Les deux thèses sont, suivant les cas, soutenues par de très sérieux arguments. On trouvera dans ce volume, outre des documents intéressants, une appréciation originale et personnelle des faits, exposée avec une très grande impartialité.

Les pages consacrées à VAnatomie Pathologique peuvent être comptées parmi les plus intéressantes de ce volume, et les plus utiles à consulter, aussi bien pour les neurologistes que çour les chirurgiens car, grâce à elles, pour tous ceux, et ils sont nombreux, qui n’ont pas eu l’occasion d’examiner en détail des pièces de ce genre, il •est possible de se faire une idée des lésions observées. De très belles planches originales viennent faciliter l’intelligence du texte.

• En étudiant l’évolution des blessures de la moelle, MM. Roüssy et Lhermitte insistent tout jjarticulièrement «.ur les Complications qui, si fréquemment, amènent une issue fatale et constituent en somme l’extrême gravité des blessures de la moelle. Parmi ces complications, celles qui se manifestent du côté de l’appareil pleuro-pulmonaire sont mises en lumière avec d’autant plus d’autorité, qu’elles avaient déjà fait l’objet d’études spéciales de la part de M. Roussy, qui les considère comme l’un des facteurs les

PRÉFACE

plus importants, par sa gravité et sa fréquence, dans la terminaison fatale des blessures de la moelle.

On ne saurait trop s’associer à cette opinion exprimée par IVIM. Roussy et Lbermitte que, chez les blessés de la moelle, « le pronostic dépend souvent plus des complications que de la lésion médullaire elle-même ». C’est, qu’en effet, à part certaines lésions de la moelle cervicale, qui peuvent entraîner la mort par paralysie du diaphragme, on peut dire que ce n’est pas la lésion même de la moelle qui amène la terminaisou fatale, ce sont lès escarres ou les affections viscérales, consécutives à l’immobilité prolongée et aux infections diverses. C’est un fait avéré que, chez certains syringomyéliques, la moelle épinière, dont on a très justement, dans ces cas, comparé l’aspect à celui d’un intestin de poulet, ne contient plus trace de substance grise et seulement quelques dizaines-de fibres nerveuses à myéline. Et cependant, avec de pareiUes lésions, avec une absence presque complète d’un grand nombre de segments médullaires, ces malades ont pu vivre des années !

D’où la conclusion très légitime qu’on ne meurt pas ifso facto d’une lésion de la moelle, mais, bien plus souvent, des complications qui peuvent être la conséquence de celle-ci.

Ce sont là des vérités qu’on ne saurait trop répandre.

Le volume de MM. Roussy et Lhermitte est plein de ces vérités, son succès aidera à les répandre.

Pierre M.4BIE,

INTRODUCTION

Comme l’encéphale, la moelle épinière est entourée d’un étui osseux qui la protège contre les traumatismes extérieurs, mais contrairement à la boîte crânienne, le rachis forme un étui souple, fait de pièces mobiles les unes sur les autres en raison des déplacements fréquents que doit subir la tige vertébrale. En outre, un coussin liquide vient doubler la solide gaine méningée et amortir considérablement les chocs, dont la répercussion peut être dangereuse pour les éléments délicats du systèpie nerveux central.

Mais, malgré ces appareils de protection, la moelle épinière demeure un des organes les plus vulnérables de l’économie. L’expérience,^en mettant en évidence la fréquence des plaies de la moelle au cours de la guerre actuelle, nous a fait toucher du doigt, si l’on peut dire, l’intensité des lésions spinales consécutives à des traumatismes en apparence très limités et par eux-mêmes peu dangereux. Elle nous a montré combien s’imposait, pour établir un diagnostic et un pronostic des lésions vertébrales et paravertébrales, un examen attentif des différentes fonctions de la moelle.

Nombreuses sont, en effet, en pathologie de guerre, les causes étiologiques qui sont susceptibles d’intervenir pour eréer dans le tissu spinal des lésions profondes.

Les blessures directes de l’axe spinal par arme blanche s’insinuant dans l’entrebâillement des lames vertébrales, par projectiles (balles, éclats d’obus) défonçant la barrière

Roussy et Lhermitte.

INTRODUCTION

osseuse des vertèbres sont bien connues. Beaucoup plus obscures dans leur mécanisme, leur symptomatologie et leur évolution demeuraient les lésions médullaires provoquées par un traumatisme sur la colonne vertébrale sans atteinte de celle-ci. La guerre présente en a fait apparaître de si nombreux cas que nous sommes en mesure de décrire aujourd’hui, avec infiniment plus de précision qu’hier, le chapitre des commotions de la moelle épinière.

De plus, on a observé une série de faits nouveaux, ignorés de ceux qui nous ont précédés, et dont la pathogénie, quoique encore un peu mystérieuse, commence à s’éclairer : nous voulons parler des lésions spinales consécutives aux explosions d’obus sans' traumatisme rachidien ou para-rachidien par un corps vulnérant.

Tous les faits que nous venons de rappeler laissent voir combien peuvent être variables et complexes les facteurs pathogéniques des lésions de la moelle par projectile de guerre. L’étude clinique nous montrera la richesse symptomatique de ces lésions, la variabilité de leur évolution et de leur pronostic. Cela n’a pas été une des moindres surprises pour les neurologistes que de constater les différences considérables qui séparent, tant au point de vue clinique qu’au point de vue pronostic, les lésions spinales , de guerre » d’avec celles de la pathologie médicale d’avant guerre.

Survenant ordinairement chez des sujets jeunes, en pleine santé, les lésions médullaires par plaie de guerre apparaissent plus pures ; elles ne s’entourent pas d’un tableau symptomatique complexe dont nombre d’éléments sont empruntés aux organes voisins déjà plus ou moins altérés. On 1 a dit, et ce-n’est malheureusement quntrop vrai, que certaines blessures de la moelle épinière réalisaient de véritables expériences de laboratoire et éclairaient d’un jour nouveau

• INTRODUCTION 3

le mécanisme encore obscur de certaines fonctions spinales, telles que, par exemple, les lois régissant le mécanisme des reflexes tendineux, cutanés et des réflexes de défense.

Il n est pas jusqu’à l’anatomie même de l’axe spinal qui n ait ete, dans quelques-unes de ses parties, éclairée par les faits nouveaux que les traumatismes de guerre ont apportés.

L’intimité des rapports anatomiques et physiologiques qui unissent les racines et l’axe médullaire nous a semblé assez profonde pour nous autoriser a rapprocher dans cette étude les lésions spinales et les lésions radiculaires, en particulier celles qui atteignent la queue de cheval. Nous pourrions répéter pour celles-ci les réflexions que nous venons d’émettre à propos des lésions médullaires.

Mais la pathologie de guerre ne doit pas se borner, croyonsnous, à l’étude stricte des affections créées de toutes pièces par le traumatisme, elle doit aussi envisager les conséquences que peut engendrer le choc traumatique dans un organisme en imminence morbide, ou portant en lui-même un germe sommeillant. Le rôle provocateur ou révélateur du traumatisme n’est nulle part plus intéressant à étudier que dans le système nerveux central. Nous y insisterons car, au point de vue de la thérapeutique et de l’expertise médico-légale que nous sommes comme médecins militaires appelés si souvent à pratiquer, ce serait méconnaître un des problèmes les plus délicats de la pathologie de la moelle épinière.

Novembre 1917.

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