LES ROTS SE TAISENT
O vous qui m’écoutez, ô Rois, Pasteurs des hommes, Je suis le Pèlerin Krüger qui vient vers vous.
On égorge mon peuple et j’implore à genoux Votre pitié pour les malheureux que nous sommes.
Pitié pour mes soldats qui, jadis laboureurs.
Pour défendre leur sol ont quitté la charrue Et d’une ardeur, par le péril sans cesse accrue,
Ont bravé saintement la guerre et ses horreurs.
Pitié pour les vieillards de qui les yeux en larmes Pleurent sur les espoirs fauchés de leurs vieux ans. Et qui, vers le Seigneur, soulèvent impuissants Leurs torses amaigris, trop faibles pour les armes.
Hélas, dans leurs amours ainsi que dans leur foi.
Qui vous dira jamais ce que souffrent nos femmes. Nos mères et nos sœurs : Empereurs et vous. Rois, Pitié, tant de douleurs doit émouvoir vos âmes.
Oh ! Pitié, mille fois pour notre pauvre enfant Exilé dans ces camps où l’Anglais hypocrite Préserve soi-disant sa faiblesse et l’abrite,
Quand il ne brûle pas la ferme en l’étouffant.
Pitié pour vous, hélas, et pour les autres hommes Esclaves de l’honneur et de la loyauté.
Qui refusent, épris d’humaine dignité.
Une tâche à leur âme et pour aucunes sommes.
Pitié, pour toi, Jésus, qui fut crucifié Parce que tu rêvas d’une haute doctrine ;
Pitié pour toi qui vois, de la droite divine Où tu sièges, ton pauvre fils sacrifié...
Enfin, pitié pour Dieu, seul et dernier refuge,
Pour le Père Éternel qui nous voit et nous juge...
Les Rois, les Empereurs, muets, semblaient dormir.. Et Krüger soupira : « Nous n’avons qu’à mourir »