SCÈNE IV
Les mêmes , PAUL , arrivant par la berge qui se frolonge derrière le pont.
PAUL, timidement. Pardon, mes amis...
je venais. . .
TOUS. Tiens , c'est le nouveau.
PAUL. Mais je vous gênerai peut-être?
POPLARD. Nous gêner? pourquoi donc ça ? PAUL. Ah ! c'est qu'en vous voyant aujourd'hui plus nombreux qu'à l'ordinaire , je craignais. ..
CHALUMEAU. De trouver vot' place prise?. . . allons donc, c'est sacré ça... est-ce que vous n'êtes pas un camarade... un habitué?
PAUL. Un camarade... en effet , voilà huit jours. . .
CHALUMEAU. Huit jours que vous v'nez passer la nuit ici... [Mouvement de Paul.) Ah ! pardine , y a pas d'affront , on n'est pas déshonoré pour ça... n'est-ce pas, vous autres?
POPLARD. Tiens , j'y couche bien , moi ! CHALUMEAU. G'tc bêlise!... est-ce que tu ne vois pas aux manières de monsieur, qu'y n'est pas habitué à vivre comme nous ?
PLURE d'oignon. Ah ça! vous avez donc eu des malheurs ?
PAUL. Des malheurs!... Non... ce sont mes propres fautes qui m'ont conduit à cet état de misère et de honte... je ne puis accuser que moi-même... Le désir de briller, une ambition au-dessus de mes moyens, m'ont entraîné à contracter des dettes...
CHALUMEAU. Tu entends, Plure d'Oignon 1... ménage ta fortune, mon bonhomme.
PAUL. Délaissé , abandonné par ceux qui se disaient mes amis, poursuivi par mes créanciers, je n'osai bientôt plus rentrer chez moi, où m'attendaient un désespoir plus poignant que le mien , des reproches plus cruels encore que ceux de ma conscience.
CHALUMEAU. Bon , bon , je comprends pas!... Comprenez-vous, vous autres?...
TOUS. Ma foi, non!...
CHALUMEAU. Mais n'importe, faut reprendre un peu de courage... il ne faut quelquefois qu'un instant pour vous remettre à flot. •
PLURE d'oignon. Tiens! et avec ça qu'y couche sur l'eau , c'est déjà un commencement... Ah ça ! soupe-ton , ici ?
CHALUMEAU. Ça me va ! j 'régale !
POPLARD. Passons dans la salle à manger.
Ils remontent la berge et vont s'asseoir au bas de la pile du pont.
PAUL, se tenant à l écart. Huit jours déjà de ce cruel supplice; huit jours pendant lesquels le remords et la faim sont venus m'assiégersans relâche... j'ai cherché du travail, mais on m'a demandé l'emploi de ma vie passée, et la honte m'a monté au visage... Chaque soir me ramène parmi ces misérables, cent fois moins à plaindie que moi , car je les vois dormir à mes côtés , tandis que de
cruels souvenirs me tiennent éveillé
Louise, pauvre Louise, que je ne me suis rappelée que dans le malheur, comme elle a dû souffrir depuis mon abandon ! IMon amour seul , disait-elle , lui donnait du courage ; et maintenant quels doivent être sa misère et son désespoir!... Oh! si je n'écoutais que le cri de mon cœur , je braverais tout , je courrais près d'elle. . Hélas! j'entendrais ses sanglots et ses plaintes, je verrais couler ses larmes... Oh! pardonnez-moi, mon Dieu!
mais je me sens trop coupable , je n'en aurais pas le courage.
POPLARD. Ah ! ma foi , nous avons bien soupe.
CHALUMEAU. Allous, Pîure d'Oignon, pour dessert, ta chanson... ta chanson.
TOUS. Oui , oui , la chanson.
PLURE d'oignon. Eh bcn , m'y v'ià!...
Écoutez ça, vous autres... Le refrain en chœur, mais modérément, de peur d'attirer la patrouille.
11 chante laclianson des bohémiens, dont tout le monde répète le refrain, tandis que Paul se tient à l'écart.
Aiu de M. Arthus.
rnEMIER COUPLET.
Fouler le bitume Du boulevard, charmant séjour.
Avoir pour coutume De n'exister qu'au jour le jour,
Lorsque l'on voyage.
Sur son dos, comme le limaçon,
Porter son bagage, Son mobilier et sa maison. Vivre d'industrie, {Bis.) Avoir sa gaîté pour tout bien, Eh 1 voilà la vie Du vrai bohémien
Parisien.
Et voilà la vie,
Ov.
Du
i>dri>ien.
VutU U \tt) Du vrai bohémien parisien.
DCL'XIKHt: CUIPLET.
Oiseau de pa^iage.
Il fr«i.jt'->><» '■"!< V-i quartiers;
S.. .iRe
Il («Il ' pliu métiers;
M.. .'.ire
Aux 1 !is bien mis,
U l'parUgc a «ce m-s duàs.
N ivre tl'iuduslrie, etc.
TRUISItME COCfLET.
Auprès de nos belles CoiMmt- un volcan il est cité ;
Puunaiil avec elles il a trt'--(!eii de fixité.
^Ju'ime l)rune en ce monde Lui la>->' lie^ iraii^ l't je> noirceurs,
U eu pri'iid uu' blonde, Afin de varier les couleurs.
Vivre d'iudustrie, etc.
Un entend la voix de BagnoUt qui chante au loin le premier couplet.
(iiALLMEAU. Tiens, qu'est-ce qui chante doue là-bas?
POPLARD. Ça vient d'une barque... elle nage par ici.
On aperi^oit alors une barque oui descend sur le devant '. dans laquelle se trouvent liagnolet et Didier , tous IX couverts d'une blouse et d'une casquette.
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SCÈSE V.
Les .MÊ.MES, BAGNOLET, DIDIER.
CHALLMEAU. Tiens, c'est Bagnolet.
TOUS. Bagnolet!
BAGNOLET. Oui , les amis.