‹ Les bohémiens de Paris; drame en cinq actes et huit tableauxChapitre 33 sur 51 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

Les Mêmes, BAGNOLET, ARTHÉMISE, LOUISE, PLURE D'OIGNON, Gens de LA NOCE arrivant gaiement.

ARTHÉMISE. Ahl enfin ! nous y voilà; c'est très-gentil ici !

TOUS. C'est charmant !

MAGASIN THEATRAL

CHALUMEAU, s'avançant avec Poplard.

Tiens, mais c'est Bagnolet.

jîAGNOLET. Clialunieau ! Poplard !

ARTiiÉMiSE, à fart. Qu'est-ce que c'est encore que ces deux là?

CHALUMEAU. Ail ça, tu cs donc de noce?

PLURE d'oignon. Lui!... Pardinc, c'est r marié !

POPLARD et CHALUMEAU. Le marié !

CHALUMEAU. Ah ça, mais alors tu nous invites, pas vrai?

ARTHÉMISE,. sèc/ierncn^ Pardon, messieurs, mais il n'y a plus de place.

CHALUMEAU et POPLARD. Hein?... Comment! un refus!

BAGNOLET, à Arthémtse. Permets, chère amie... je vais leur parler... les renvoyer adroitement. . . Mon cher Poplard. . . mon bon Chalumeau... désolé de ne pouvoir vous admettre... mais c'est un pique-nique.

CHALUMEAU ET POPLARD. Un plque-uique.

BAGNOLET. Oui, à la mode anglaise, chacun son écot, et vos moyens ne vous permettent peut-être pas...

CHALUMEAU. Dam! ça dépend du prix.

POPLARD. Combien par tête !

BAGNOLET, à iJarf. Effrayons-les. (Haut.) Quarante-trois sous sans le vin.

CHALUMEAU. Cristi, c'est un peu salé.

POPLARp. Mais c'est égal, y a moyen d'arranger ça; on ne marchande pas avec les amis, et tu payeras pour nous.

CHALUMEAU. C'est dit : nous restons.

BAGNOLET. Comment! mais...

ARTHÉMISE , qui pendant ce colloque a causé avec Louise. Eh bien?

BAGNOLET. Eh bien, c'est arrangé ;"jls restent. , , ,

ARTHÉMISE. Jolis amis que voue avez la !.. comme si ce n'était pas assez de ce M. Plure d'Oignon.

BAGNOLET. Ah! celul-là , G est bien malgré

moi.

ARTHÉMISE. Allons, laissons ça... Pour avoir tout le temps de danser, je propose de dîner tout de suite.

TOUS. Oui, oui, dînons, dînons.

ARTHÉMISE. La fille! la fille!

PLURE d'oignon. Attendez, je vas la faire Aenir. Ohé! la fille!... ohé!

ARTHÉMISE. Ah! mou Dicu, quel genre!

LA SERVANTE, ttccourant. Voilà ! voilà !... Quoi qu'y faut vous servir?

BAGNOLET. Voyous... il nous faut uu dîner copieux!... Nous sommes vingt-deux... prenons d'abord du veau pour six !...

CHALUMEAU. Pour six!... eh ben! excusez!... A quarante-trois sous par tête, faut chacun son veau.

TOUS, en sens divers. Oui, oui, du veau !... Non, non, pas de veau.

ARTHÉMISE. Ah ! si chacun donne son avis,

il n'y a pas moyen de s'entendre... Voyons, qu'est-ce que vous avez?...

LA SERVANTE. Nous avoHs des pieds de mouton, des gigots de mouton, des côtelettes de mouton, des rognons de mouton et des....

BAGNOLET. Rien que du mouton!

PLURE d'oignon. C'est pas tout ça... vous allez nous faire écorcher... Voilà comme on s'arrange... {Allant au comptoir et piquant un morceau de viande.) Combien l' gigot?

LA SERVANTE, Six francs, au juste.

plure-d'oignon. On vous en donne quatre livres dix-neuf... Mettez-nous ça de côté, et n'en parlons plus. {Allant chercher m/i autre plat.) xMaintenant, cette volaille ?

LA servante. Cent sous.

PLURE d'oignon. Geutsous! ça... un poulet de quinze jours, et qu'est mort de la coqueluche... Mais regardez donc, regardez donc...

Il passe le poulet à Chalumeau qui le flaire.

CHALUMEAU. Cent SOUS , ça 1 c'est trop cher !

TOUS. Oh! c'est trop cher!... c'est trop cher !

PLURE D'OIGNON. Cinquante- cinq sous le poulet. Enlevé 1

ARTHÉMISE. Mais il faudrait autre chose...

LA SERVANTE. C'est pas tout ça; venez à la cuisine, vous choisirez vous-même.*

BAGNOLET. C'est ça... j'adopte cette ouverture !

Il va pour sortir.

PLURE d'oignon , le retenant. Minute!

reste auprès de ta femme... Poplard entend mieux ça... Il dira au bourgeois de nous arranger dans le soigné.

POPLARD. C'est dit : j'y cours !

II sort.

BAGNOLET, à part. Impossible de bouger... Gredin de Plure d'Oignon !

ARTHÉMISE. Pendant ce temps-là, faut mettre la table.

TOUS. Oui, oui, mettons la table !

Tous les gens de la noce vont chercher une grande table et mettent le couvert.

ARTHÉMISE, à Louisc, qui est restée sur le devant. Eh bien ! mamzelle Louise, vous ne venez pas nous aider?

LOUISE. Pardon, pardon; mais je suis si inquiète, si troublée... depuis deux jours que je n'ai vu Didier !....

BAGNOLET, à part. Didier!...

Plure d'Oignon l'arrête.

ARTHÉMISE. Veuez donc, ça vous distraira : c'est pour ça que je vous ai amenée ici.

LOUISE. Ah ! j'ai eu tort de venir : je trouble votre gaieté, votre bonheur...

ARTHÉMISE. Mais non... mais non!...

j' suis seulement fâchée de vous voir si triste.

POPLARD, arrivant avec une grande sot pière sur la tête et suivi de garçons qui pot

LES T^Oni^lMlENS DE PARIS.

tenl des plali. Gare l'eau ! gare l'ean I Vlà

\v pofa'jjo !

1 ' X A table I 5 table!

\HiuLMlSE, d Louise. Allons, venez à côté moi, et ne pensons plus qu'à nous diable! à table!

Elle ieramène ; lout le monde se place. Pendant le pêle- BQ'He général, un homme s'est approché de Plure d'Oignon, lui a parié bas et l'a emmené, ce qui n'a été remarqué que d'Arthémise et de Chalumeau.

CHALUMEAU. Ail ça, c'cst Hiol que je découpe le pain. Qu'est-ce qui va déboucher les bouteilles?

BAGNOLET. Donnez; je m'en charge. {À part.) Je n'ai pas plus faim que l'enfant au biberon. {En disant rela^ il vient sur le devant ^ et met la bouteille entre ses jambes ])our la déhouclier.) En voilà une jolie position pour on jour de noces!... {Cherchant à déboucher la bouteille.) Avec ça que j'ai toujours un de ces scélérats sur mes talons... de bottes. Depuis l'horrible scène de l'estaminet, la venette ne m'a pas quitté... Et ce pauvre Didier, il me semble toujours le voir dans sa cave.

Il recommence à tirer.

ARTHÉSUSE, de la table. Eh bien ! Bagnolet, vous ne venez pas ?

BAGNOLET. C'est pas moi ; c'est le bouchon qui ne veut pas venir.

TOCS. A boire ! à boire !

BAGNOLET. Allons, bon, le v'ià cassé.

TOUS. A boire ! à boire !

On passe les bouteilles.

ARTHÉMISE. C'est ça; amusons-nous; et pour commencer, je vais vous chanter le bonheur du ménage.

TOUS. Oui; c'est ça! c'est ça!

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