‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 104 sur 115 · INAUGURATION DE L'ÉGLISE.— BÉNÉDICTION DE L'ORGUE · texte numérisé non relu

INAUGURATION DE L'ÉGLISE.— BÉNÉDICTION DE L'ORGUE

Les 29 et 30 juillet 1891 étaient jours de grandes fêtes pour les paroissiens de St-Médard. Le cœur tout joyeux, il leur était donné d'assister à une cérémonie grandiose dont le souvenir est resté profondément gravé dans leur âme de bons catholiques. Ils célébraient le couronnement d'une œuvre qui leur était bien chère, œuvre fruit de leur générosité et de leur bonne volonté. Leur église, commencée en 1874, était complètement terminée. Un orgue, que les connaisseurs ont hautement apprécié, ve-

liait d'être installé dans le nouveau temple du Seigneur. Cet orgue remplaçait un harmonium acheté en 187 1.

Les paroissiens de St-Médard étaient avec grande raison fiers de leur église ; ils la contemplaient avec un léo-itime orgueil, toute resplendissante, artistiquement ornée de fleurs et de lumières.

M. le curé Pothier, amateur des fêtes religieuses, ne voulut rien négliger pour donner à cette démonstration de foi toute la solennité possible. Après avoir procédé à une organisation des plus parfaite, M. Pothier invita MgrGravel,évêQue de Nicolet, Mgr Moreau, évêquede St-Hyacinthe, et un grand nombre de membres du clergé et de citoyens. Tousse rendirent de grand cœur à l'agréable invitation de vouloir bien prendre part à la grande fête paroissiale de St-^Iédard.

Cette fête fut vraiment belle, imposante. Mgr Moreau, de St-Hyacinthe, officia pontificalemcnt à la messe, et Mgr Gravel prononça le sermon de circonstance. Monsieur L. Pothier, toujours occupé du salut des âmes de ses chères ouailles. continua à les diriger dans les sentiers du vrai et de la vertu jusqu'au 5 novembre 1897, j our oii le Seigneur rappela à Lui son bon et fidèle serviteur. Son corps repose dans Téglise de St-Médard, église qu'il avait tant aimée et qu'il avait tant de fois visitée.

Les obsèques grandiosesque l'on fit à M. l'abbé Louis Pothier prouvent en quelle estime était ce vétéran du sanctuaire dans le clergé et chez le peuple. Voici le compte-rendu de cette imposante cérémonie :

Mardi, le 9 décembre 1897, avaient lieu à Téglise de Wanvick les funérailles de feu Louis Pothier curé de la

paroisse, au milieu d'un grand concours de personnages distingués, tant ecclésiastiques que laïques.

Un grand nombre de paroisses des diocèses de Nicolet, des Trois-Rivières, de St-Hyacintlie, de Slierbrooke et de Québec, étaient représentées. L'aiïluence était tellement nombreuse, que l'église, bien que spacieuse, ne pouvait contenir toute la foule qui se pressait pour rendre un dernier hommage à celui dont tous déplorent aujourd'hui la perte, et qui, pendant trente-deux ans, exerça si dignement le saint ministère dans cette paroisse.

La magnifique église avait revêtu pour cette lugubre circonstance ses plus beaux ornements de deuil. De nombreuses banderolles et inscriptions sillonnaient l'intérieur en tous sens. Le village avait pris un air de deuil profond. Les pavillons flottaient en berne sur les résidences privées.

La veille, la dépouille mortelle avait été transportée à l'église et déposée dans le sanctuaire, sur un catafalque, avec tout le cérémonial dû aux prêtres.

Le service fut chanté par Mgr Elphège Gravel, évêque de Nicolet, assisté de M. l'abbé Louis Richard, du Séminaire des Trois-Rivières, et de M. l'abbé P. Brassard, curé de Weedon, comme diacre et sous-diacre.

Sa grandeur Mgr L.-F. Laflèche, évêque des Trois- Rivières, était au trône, ayant pour assistants le très Révérend P. -H. Suzor, Vicaire-Général de Nicolet, et M. l'abbé Antonio Lebel, curé d'Asbestos.

Plus de cinquante prêtres étaient au chœur. L'oraison funèbre fut prononcée par Mgr L.-F. Laflèche. Voici un pâle résumé de cette touchante allocution.

MgT fit d'abord quelques considérations sur la mort, démontrant l'horreur que nous inspire toujours ce triste événement, indiquant les liens qui se trouvent rompus par la séparation. " A côté de ce lugubre événement, dit Sa Grandeur, la religion a placé une consolation. La foi nous fait voir, au-delà de cette vie, une vie plus parfaite." Mgr donna des exemples tirés de l' Ecriture-Sainte pour prouver que la mort n'est qu'un sommeil.

Le prédicateur montra le défunt dormant du sommeil des justes dans son cercueil, attendant le jour de la résurrection pour monter en corps dans la céleste patrie. " En attendant, continue Monseigneur, son âme s'est envolée, pure et brillante, vers le Seigneur, pour y recevoir la récompense du serviteur fidèle. Je puis, dit Monseigneur, rendre ce témoignage au défunt, qu'il a toujours été le modèle accompli du prêtre. Les paroissiens qui l'ont connu depuis trente-deux ans peuvent être fiers d'avoir reçu ses enseignements.

Toujours à l'avant, indépendant des préjugés, clierchant à inculquer la doctrine de l'Eglise, il n'a jamais fléchi.

Dans ses études comme écolier et comme ecclésiastique, il a toujours fait l'admiration de ses maîtres et de ses condisciples. Ses œuvres sont aussi nombreuses que les bonnes paroles qu'il a semées. Le beau couvent fondé pour l'éducation des jeunes filles, la magnifique église érigée sous sa direction, ainsi que le presbytère, seront des œuvres qui le suivront : opéra ejus sequuntur ïllumy

Le discours de Sa Grandeur Mgr Laflèche a réveillé de nombreux souvenirs dans le cœur des paroissiens, qui furent émus jusqu'aux larmes.

Avant de refermer le cercueil, tous les paroissiens, jeunes et vieux, vinrent contempler celui qui, pendant trente-deux ans, a été un père, qui leur a tant de fois prodigué les secours de la religion.

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