M. L'ABBÉ JOSEPH-NAPOLÉON HÉROUX
PREMIER CURÉ RESIDANT À STE-VICTOIRE d'ARTHABASKA
Le t8 septembre 1867, ]\I. l'abbé J.-N. Héroux, professeur au collège des Trois-Rivières, était nommé par Mgr Thomas Cooke curé de Ste-Victoire d'Arthabaska et missionnaire de St-Albert de Warwick. Le premier acte signé par M. l'abbé J.-N. Héroux dans les registres de Ste-Victoire est daté du 20 octobre 1867.
M. l'abbé J.-N. Héroux fut curé de Ste Victoire dix ans, quatre mois et demi. Pendant son séjour dans cette paroisse il fit construire le presbytère, lambrisser en briques et terminer l'intérieur de l'église. Les travaux de l'intérieur furent exécutés par MM. Désaulniers et Lacerte.
La bénédiction de cette église eut lieu pendant la
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visite pastorale de Mgr Iv.-F, Laflèclie, les 15 et 16 juin 1868. Cette église avait iio pieds de longueur, 61 pieds de largeur pour la nef et 67 pour les transepts ; hauteur de la toiture, 52 pieds, celle du cloclier, 100 pieds.
Le 16 juin 1868, Algr Laflèclie visita la mission de St-Albert de Warwick, alors sous la juridiction de M. le curé de Ste-Victoire.
Cette mission avait été desservie, de 1862 a 1865, par MM. les abbés T. Lacoursière et C.-B. Bocliet, curés de St-Médard de Wanvick ; de 1865 à 1867, par M. l'abbé C. Marquis, curé de St-Célestin, conjointement 2\ec M. l'abbé Adolphe Barolet, vicaire, résidant à Ste-Victoire ; de 1867 à 1868 par M. l'abbé J.-N. Héroux, curé de Ste-Victoire. En 1868, la mission de St-Albert fut confiée à M. le curé de Ste-Clotilde. Elle fut desservie de 1868 à 1874 par M. l'abbé Gédéon Béliveau ; de 1874 à 1876, par M. l'abbé Damase Fortin, tous deux résidant à Ste-Clotilde. Le premier missionnaire résidant à St-Albert fut M. l'abbé Chs.-O. Gingras, de 1876 à
Lors de sa visite à St-Albert, Mgr Laflèuhe fit l'ordonnance suivante, au sujet de la chapelle devenue trop petite :
" Nous avons réglé et réglons par le présent que la chapelle actuelle, située sur le I3ème lot du 8ème rang de Warwick, soit d'abord reculée dans le cimetière, de manière à laisser en avaut un espace suffisant pour 3^ recevoir un agrandissement d'au moins 40 pieds de long sur 36 de large. Cette allonge servira de nef, et la vieille-
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chapelle sera divisée en trois : la première moitié du côté de r agi-an dissement servira de chœur et l'autre moitié, divisée en deux, servira de sacristie et de logement pour le missionnaire. "
Les syndics élus pour l'exécution de ces travaux furent MM. Narcisse Gélinas, Narcisse Desrosiers, J.-B. Bergeron, Fidèle Demers et Charles Déry. M. J.-B. Bergeron fut élu président et 'M. Charles Déry, trésorier.
Les curés de S t- Albert de Warwick, furent :
1 ^. M. l'abbé F.-X. Lessard, de 1S78 à 1883,
2 ^ . M. l'abbé Thomas Boucher, de 1883 à 1896,
3 ^. M. l'abbé Théophile Lemire, de 1896 à 1902,
4 '^ . M. l'abbé Pierre Cardin, de 1902 à 1908,
5 "^ . M. l'abbé Albert Gladu, de 1908 à 1912,
6 ^. M. l'abbé Pierre-Félix Pratte, depuis 1912.
En 1878, la cure de St-Christophe d'Arthabaska étant devenue vacante par la nomination de 'SI. l'abbé P.-H. Suzor, V.-F., à la cure de Nicolet, M. l'abbé J.-N. Héroux fut promu à la cure de St-Cliristophe. A cette époque, la cure de St-Christophe était supérieure à celle de Ste- Victoire. Les choses ont changé depuis.
M. l'abbé J.-N. Héroux quitta Sainte-Victoire le 14 février 1878.
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M. L'ABBB EDOUARD LAFLÈCHE
DEUXIÈME CURÉ DE SAINTE-VICTOIRE d'ARTHABASKA
Le II février 1878, M. l'abbé Edouard Laflèche, alors curé de St-Panl-de-Chester, fut appelé à la cure de Ste- Victoire. M. l'abbé E. Laflèche s'occupa surtout des moyeus à prendre pour procurer aux jeunes filles de Ste-Victoire les bienfaits d'une éducation supérieure. Il s'adressa, de concert avec ses paroissiens, à l'autorité religieuse, pour obtenir les pouvoirs voulus dans de semblables circonstances.
Le 25 juillet 1878, Mgr L.-F. Laflèche, évêque des Trois-Rivières, autorisa la fondation d'un couvent à Sainte- Victoire, pourvu que la direction en fût confiée aux Dames de la Congrégation de Montréal, afin de ne pas nuire au couvent de St-Christophe, déjà existant et très rapproché de Ste-Victoire. Munis de cette permission, les paroissiens de Sainte-Victoire s'assemblèrent, le ler septembre 1878, et décidèrent d'acheter pour le futur couvent un terrain et une maison en briques, appartenant à M. J. O. Bourbeau, à sept arpents à peu près de l'église, du côté de St-Christophe.
Le 12 septembre 1878 eut lieu la bénédiction de ce couvent, par Mgr L.-F. Laflèche, qui fit aussi le sermon de circonstance.
La première supérieure fut la Rvde Sœur Marie-de-
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la-Salette, ayant pour compagnes les Rvdes Sœurs Sainte Christine et Saint-Olivier.
Cet établissement n'était que temporaire ; il fallut bientôt songer à bâtir plus près de l'église et plus grand.
Aussi, le 6 février 1881, les paroissiens, en assemblée, décidèrent de céder aux Rvdes Dames de la Congrégation un certain lopin de terre, coté nord-ouest de l'église, pour la construction d'un nouveau couvent plus en rapport avec les besoins de la population.
Cette résolution reçut l'approbation de Mgr L.-F. Laflècbe le 8 février 1881.
Le 14 avril r88i, la Rvde Sœur Saint- Victor, supérieure-générale des Dames de la Congrégation de Montréal, autorisa les Sœurs de Ste-Victoire à bâtir au plus tôt.
Les travaux commencèrent le ler juillet t88i. La bénédiction du nouveau couvent eut lieu le 17 août 1882, par Mgr L.-F. Laflèclie, et l'ouverture des classes, le premier septembre.
Le 23 mars 1884 avait lieu la bénédiction, par Mgr L.-F. Laflèclie, d'une cloche du poids de 1000 livres. Elle reçut les noms de Victoire-Louis-François-Joseph-Edouard. Lors de la bénédiction du carillon, en 1899, cette cloche fut vendue, ainsi que la première, à Mgr C. Marquis, pour sa chapelle dite " Tour des Martyrs," à St-Célestin.
M. l'abbé Edouard Laflèche abandonna la cure de Ste-Victoire le ler octobre 1886, après un séjour de huit ans, huit mois et demi.
M. L'ABBÉ JOSEPH-UIvDORIQUE TBSSIER
TROISIEME CURE
A l'automne de 1886, M. l'abbé J.-U. Tessier quitta Ste-Sophie-de-Lévrard et vint prendre possession de la cure de Ste-Victoire, succédant à M. l'abbé Edouard Laflèche, démissionnaire.
M. l'abbé E. Laflèche, secondé généreusement par les paroissiens, avait doté Ste-Victoire d'une maison d'éducation pour les jeunes filles, M. l'abbé Tessier, lui aussi amateur de l'éducation, comprit qu'il lui fallait compléter l'œuvre de son prédécesseur et aviser aux moyens de fournir les mêmes avantages aux jeunes garçons.
Il y mettra tout son zèle, n'épargnant ni son temps, ni son travail, ni son argent.
Le 1er septembre 1887, quatre Frères du Sacré-Cœur d'Arthabaska prenaient possesion de l'ancien couvent, pour s'occuper de l'éducation des garçons. Le Directeur fut le Révérend Frère Théodomir, ayant pour aides les frères Irénée, Télesphore et Benoit.
En juillet 1891, les Frères du Sacré-Cœur furent obligés de discontinuer leurs classes. On songea alors à bâtir une maison plus grande et plus convenable. M. l'abbé J.-U. Tessier contribua pour une bien large part à la construction de cet édifice. L'Académie, sous la
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direction du Révérend Frère Justin et de six autres frères du Sacré-Cœur, ouvrit ses portes le 7 septembre 1898.
La première messe dans la chapelle de l'Académie fut dite par M. l'abbé J.-U. Tessier, le 29 septembreiS9S.
La paroisse de Ste- Victoire était entrée dans la voie du progrès. La population avait pour ainsi dire doublé, la construction d'une nouvelle église plus en rapport avec le nombre des paroissiens devint nécessaire. Une assemblée de paroisse fut convoquée et tenue à cet effet le 3 mai 1896.
Il fut décidé unanimement qu'il fallait bâtir, saus plus de délai, une église et sacristie en pierre, un presb3"tère et dépendances.
Le coût de l'église et sacristie fut fixé à $30,000,00.
]\Iessieurs les s^mdics élus le 29 juin 1896 pour l'exécutions des travaux projetés furent : ]\I]\L Désiré Olivier Bourbeau, Paul Tourign}^, Zéphirin Auger, marchands. Honoré Demers et Octave Hamel, cultivateurs.
L'entreprise de l'extérieur de l'église et sacristie fut donnée, le 15 août 1890, à M. Joseph Gosselin, entrepreneur, de Lévis, pour le montant de $26,000.00. ]\I. l'abbé J.-U. Tessier fit la bénédiction de la pierre ano^ulaire de l'église le 20 juin 1897. Les travaux de l'extérieur de l'église et de la sacristie furent achevés et reçus le 25 octobre 1897.
Les travaux pour le parachèvement de l'intérieur de l'église et sacristie furent confiés à M. Louis Caron, de Nicolet, pour le prix de $26,000.00. Ces travaux commencèrent le 7 septembre 1898.
Le 3 octobre 1899, M. l'abbé J.-S.-H. Brunault, directeur du séminaire de Nicolet, délégué par Mgr E. Gravel,
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fit la bénédiction d'un carillon de trois clocli^s, du poids de 5,963 livres. La première, du poids de 2,863 livres, fut nommée Jésus-Marie-Joseph ; la seconde, du poids de 1,850 livres, nommée Léon XIII ; la troisième, du poids 1,250 livres, nommée Hlpliège-Victoria.
Le 30 septembre précédent, M. l'abbé J. -S. Hermann
Brunault avait l'honneur d'être promu à la dignité épis-
copale par Sa Sainteté Léon XIII, qui l'avait nommé
évêque de Tubuna et coadjuteur de Mgr E. Gravel,
évêque de Nicolet, cum futurâ snccessione.
Mgr Joseph-Simon-Hermann Brunault, né à St-David d'Yamaska, le 10 janvier 1857, de Simon-M. Brunault, marchand, et de Séraphine Dufresne, fit ses études à Nicolet ; fut ordonné à St-Roch-sur-Richelieu, par Mgr Moreau, le 29 juin 1882. Au Séminaire de Nicolet, professeur de Belles-Lettres (1882-1886), directeur des élèves (i 886-1889), vicaire à la Cathédrale de St-Hyacinthe (1889-1891), étudiant à Rome (1891-1893), d'où il revint docteur en théologie (1893), au séminaire de Nicolet encore, professeur de Rhétorique (1893-1894), de théologie (1894-1895), directeur des élèves (1895-1899), élu, le 30 septembre 1899, évêque titulaire de Tubuna, coadjuteur de l'évêque de Nicolet, avec droit de succession, sacré à Nicolet le 27 décembre suivant ; professeur de théologie au Séminaire de Nicolet (1899-1904); depuis le 28 janvier 1904, évêque de Nicolet.
M. l'abbé A.-O. Papillon, curé de Sainte-Gertrude(i)
(1) Aujourd'hui. 1914, curé de Bécancouv.
MONSEIGNEUR J.-S.-H. BRUNAULT Deuxième évêque de Nicolet.
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dans son ouvrage intitulé "Souvenir du centenaire du séminaire de Nicolet, " parlant de la nomination de M. l'abbé J.-S.-H. Brunault, s'exprime en ces termes :
" Le dix novembre mil huit cent quatre-vingt-dixneuf restera à jamais comme une date des plus mémorables dans les annales du diocèse de Nicolet.
" Ce jour-là, Sa Grandeur Monseigneur Elpliège Gravel, Evêque de Nicolet, à la tête de tout le clergé de sa ville épiscopale, se rendait à la chambre du directeur des élèves du Séminaire, pour y proclamer, dans un discours éloquent et plein d'onction, une bien grande et bien joyeuse nouvelle: le Saint-Siège, se rendant à ses prières, lui donnait un Coadjuteur dans la personne de son bien-aimé Fils, Monsieur l'abbé Joseph-Simon-Hermann Brunault, qui, désormais, serait son frère dans l'épiscopat.
" La joie et l'émotion furent grandes dans cette assemblée, qui faisait couronne autour du Premier Pasteur ; et le moins ému n'était ni le vénérable Evêque ni son distingué coadjuteur."
Le nouvel evêque, Mgr J.-S.-H. Brunault, dit encore M. l'abbé A.-O. Papillon, est né à Saint-David, dans le comté d'Yamaska, dans le diocèse de Nicolet, le 10 janvier 1857.
Vers 1842, son père, M. Simon-Martin Brunault, venait à Saint-David d'Yamaska pour y faire son éducation commerciale cliez M. Moïse Fortier, marchand de l'endroit. En 1849, on le trouve dans la même localité, propriétaire d'un florissant établissement et jouissant de l'estime générale, en même temps que de la réputation d'un citoyen honnête, intègre, dans la plus stricte accep-
tion du mot. Cette année-là il avait épousé Mademoiselle Sérapliine Dufresne, jeune fille éminemment bien douée sous le rapport du caractère, de l'éducation domestique et de l'instruction qu'elle avait eu l'avantage de recevoir chez les Dames Ursulines des Trois-Rivières. " Ma mère, c'est la meilleure des mères," dit toujours avec émotion Mgr Brunanlt en parlant d'elle.
Jusqu'en 1875, M. Brunault, père, donna dans sa paroisse d'adoption l'exemple des plus belles vertus civiques, clirétiennes et familiales. Les dernières années de sa vie s'écouleront à St-Rocli de Riclielieu et à St- Ours. Il est mort le 3 septembre 1888, à Gardner, Mass. Etats-Unis, cliez son fils, M. l'abbé C.-E. Brunault, alors curé de l'église canadienne de cette ville.
De l'union de feu Simon-Martin Brunault avec Dame Séraphine Dufresne sont issus deux fils, tous deux prêtres, Monseigneur de Tubuna et M. l'abbé Charles-Edouard Brunault ; cinq filles, dont trois sont vouées à l'enseignement dans la communauté des Sœurs de la Présentation de Marie, et portent en religion, les noms deSr Marie de la Nativité, Sr Saint-Pierre d'Alcantara et Sr Marie-Hermann.
Feu M. Simon-Martin Brunault destinait le plus âgé de ses fils. Monseigneur de Tubuna, à la carrière commerciale ; le plus jeune devait faire ses études classiques. Mais tous les soirs le futur évêque adressait à la Reine du Rosaire une fervente prière pour obtenir la faveur de partager le bonheur de son frère, pendant que, dans le secret, sa pieuse mère faisait ausssi des vœux non moins ardents pour la réalisation de ce noble désir. Ces saintes
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aspirations ne furent pas vaines. Subitement tous les projets furent modifiés, et, en 1870, les deux enfants commencèrent ensemble leurs études classiques au presbytère de leur paroisse, sous la direction intelligente et dévouée de feu M. le notaire Louis Lliérault, neveu du curé, feu M. Jean-Baptiste Cliartré.
La tâche de AI. Lhérault était intéressante et agréable, étant donné le caractère et l'éducation de ses chers pupilles. Aussi fut-elle fructueuse, et lorsqu'en 1873 ses deux élèves vinrent au Séminaire de Nicolet pour y continuer et 3^ compléter leurs études, ils n'eurent aucune difficulté à prendre, dans la classe de versification, une place très honorable parmi des condisciples des plus distingués.
La vie des deux frères Brunanlt, pendant les cinq années d'études qu'ils firent au Séminaire de Nicolet, se résume en trois mots : piété constante, travail assidu, succès brillant ; ils obtinrent — 1871 — le titre de bachelier ès-arts, avec très grande distinction.
La vocation des jeunes Brunanlt était une question facile à résoudre, surtout pour un homme de l'expérience et du grand sens pratique de feu monsieur Thomas Caron, ancien directeur des élèves au Séminaire de Nicolet. Lorsque le jeune Hermann Brunanlt se présenta devant le vénérable prêtre pour savoir de quel côté orienter sa vie, la sentence fut vite prononcée : "Bon, mon enfant, lui dit M. Caron, tu vas faire un prêtre." Le jeune étudiant, d'une conscience un peu timorée, objecta qu'il ne ressentait pas beaucoup de piété : " Il y a des livres pour cela," reprend l'homme de Dieu.
Les deux frères embrassèrent l'état ecclésiastique et
prirent l'habit clérical pendant les vacances mêmes qui suivirent la fin de leurs études classiques.
Ils avaient le droit d'opter entre le diocèse de leur origine, Trois-Rivières, et le diocèse de leur nou'^ ^u domicile, St-Hyacintlie : ils se donnèrent à fe Monseigneur Laflèche, de glorieuse et patriotique m iolie. Cependant, le plus jeune fit ses études cléricales au . naire de St-Hyacinthe et y demeura jusqu'à son p. sage au diocèse de Springfield, Mass., K.-U. en 1885.
M. l'abbé J.-S.-Hermann Brunault revint au Séminaire de Nicolet dès l'automne de 1878, pour constater, comme le lui avait dit le bon Père Thomas Caron^ qu'il y a, en effet, des livres destinés à nourrir, à développer et à affermir la vertu ; et, certes il en sut user largement. Depuis le premier jour de sa cléricature jusqu'à celui de son ordination sacerdotale, il fut un modèle parfait de piété, de régularité et de travail.
M. l'abbé J.-S.-Hermann Brunault fut ordonné prêtre à St-Roch de Richelieu, à la demande du curé de cette paroisse, aujourd'hui (1903) Monseigneur de Druzipara. Le vénérable évêque de St-Hyacinthe, Monseigneur Moreau, donna l'onction sacerdotale au jeune lévite qui était devenu son sujet l'année précédente ; la cérémonie eut lieu le 29 juin 1882.
Grâce à la prière des Messieurs du Séminaire de Nicolet, grâce encore à la profonde affection de Monseigneur Moreau pour son Aima Mater^ et au zèle du nouveau prêtre pour l'éducation de la jeunesse, il fut convenu que l^abbé Brunault continuerait son brillant et fructueux professorat dans la vieille institution de Nicolet ; il fut alors chargé de la classe de littérature, qu'il dirigea avec
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un succès toujours croissant jusqu'en 1886, alors qu'il fut appelé à la charge importante et pleine de responsabilité de la direction des élèves. Comme directeur, M. l'abbé J.-S.-H. Brunault possédait véritablement "la force de l'homme tempérée pour la bonté de Dieu" ; en d'autres termes, non seulement il faisait observer le règlement, la loi, mais encore et surtout la faisait aimer par les élèves. Il était à la fois tendre et sévère ; et cette juste sévérité, alliée à sa modération et à sa bonté, ajoutait à son autorité et lui gagnait tous les cœurs : on sentait en lui l'autorité d'un homme né pour gouverner.
Aussi, ce fut avec tristesse que supérieurs et élèves apprirent, en 1889, l'intention de Monseigneur de St- Hyacinthe de nommer M. l'abbé Brunault premier vicaire de sa cathédrale. Tous le virent partir avec regret, et le soir où il fit, du haut de la tribune de la salle de récréation, ses adieux à ses chers élèves, bien des cœurs furent brisés et bien des larmes versées.
Comme vicaire à la cathédrale de St-Hyacinthe, M. l'abbé Brunault se distingua par son esprit de prière et par la sagesse de ses directions spirituelles ; là aussi il travailla avec ardeur au bien des âmes, car il en sentait dans son cœur le prix et la beauté. Son talent d'enseignement charma tous les esprits et son aménité exquise lui gagna tous les cœurs.
Cependant, les Messieurs du Séminaire de Nicolet, de concert avec Monseigneur Gravel, ne tardèrent pas à entamer de nouveau des négociations avec Monseigneur de St-Hyacinthé : ils le supplièrent de leur donner, mais cette fois d'une manière définitive, celui dont ils déploraient le départ à tant de justes causes. Le cœur
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du vénérable Prélat, poussé encore par son attachement pour Nicolet, et surtout désireux de donner une marque d'affection à son évêque, céda, et l'abbé Brunault fut agrégé au diocèse de Nicolet — 1891.
Par suite d'une entente entre Monseigneur de Nicolet et les directeurs du Séminaire, il fut envoyé à Rome pour y puiser les sciences sacrées, comme à leurs sources. Il fréquenta les plus célèbres universités de la Ville Eternelle et revint à la fin de sa seconde année d'études, après y avoir pris ses degrés en théologie et en droit canon. Il est le premier évêque choisi parmi les prêtres distingués sortis du Collège Canadien de Rome, et les Messieurs de Saint-Sulpice commencent déjà à recueillir les palmes qui sont le fruit de leur nouveau dévouement.
A son retour — 1893 — M. Brunault fut nommé professeur de rhétorique et de théologie morale. Il se prodigua pour répondre aux exigences de cette double fonction, qu'il sut encore remplir d'une manière parfaite. En 1895, M. l'abbé Brunault fut de nouveau nommé directeur des élèves, tout en conservant sa chaire de théologie.
A mesure que les années s'écoulent, il s'identifie davantage avec les nobles traditions qui font la prospérité et la gloire de nos maisons d'éducation, surtout l'oubli de soi-même et le dévouement complet à l'œuvre qui est devenue l'objectif de toute une vie. Il était dans ces dispositions lorsque la voix paternelle du Pontife Suprême l'invita à gravir les degrés du trône épiscopal."
Le 29 juillet 1900, M. l'abbé J.-U. Tessier avait le
bonheur de faire bénir par Mgr Gravel, évêque de Nico-
Jet, le magnifique temple qu'il venait d'élever à la gloire
<rû
SAINTE-VICTOIRE d'ARTHABASKA 45 1
du Très-Haut, monument qui proclame bien haut le zèle du pasteur et la générosité des paroissiens.
Bn même temps, Mgr E. Gravel bénit un magnifique orgue, œuvre de M. Casavant, de St-Hyacintlie.
Le 26 septembre 1900, M. l'abbé J..U- Tessier fit la bénédiction d'une cloche pour remplacer la deuxième du carillon, qui avait été brisée. Elle fut baptisée sous les noms de Marie-Hermann-Anne.
En 1905, les Rvds Frères du Sacré-Cœur abandonnèrent leur collège commercial d'Arthabaska pour se fixer à Victoriaville. Voici ce que nous lisons dans leur annuaire :
"Le Collège du Sacré-Cœur fut fondé en 1872, à Arthabaska. Le caractère pratique et effectif de l'enseignement commercial donné dans cette institution, les positions avantageuses occupées par les anciens diplômés de cet établissement, lui amenèrent un si grand nombre d'élèves, que les Frères du Sacré-Cœur, qui le dirigent, durent songer à faire des agrandissements considérables. Mais le Collège d'Arthabaska se prêtait peu à l'érection des annexes nécessaires. Aussi, en septembre 1905, Arthabaska devint une maison de formation, et le collège fut transféré à 3 milles de là, dans la nouvelle et magnifique bâtisse élevée à Victoriaville. L'institution a conservé le nom de Collège Commercial du Sacré-Cœur." Le 28 novembre IQ05 eut lieu la bénédiction du collège des Frères du Sacré-Cœur, à Victoriaville.
Voici le résumé donné alors par un journaliste : (i) " Mardi de cette semaine était fête solennelle au collège
(1) Echo des Bois-Francs.
des Frères du Sacré-Cœur. Sa Grandeur Monseigneur Brunault venait bénir le nouveau collège,
A cette occasion une foule de prêtres avaient été invités. Le matin il y eut messe pontificale, célébrée par Monseigneur Brunault, assisté de Monseigneur Douville, supérieur du séminaire de Nicolet, et du Révd chanoine Laflèclie, curé de Ste Anne de la Pérade.
Le sermon de circonstance a été prononcé par M l'abbé Arthur McDonald, chapelain des Frères du Sacré- Cœur, ici. Nous ne pouvons reproduire in exteiiso cette pièce d'éloquence qui a été fort goûtée par toute l'assistance. Nous donnons un faible résumé de ce discours :
Texte : Et l'ayant regardé, il l'aima.
"Jésus a toujours montré une grande tendresse pour les jeunes gens et surtout un grand amour pour les enfants. Or, l'Eglise s'associe à ces préférences de Jésus, son divin fondateur, pour les premiers âges de l'homme.
" Bile aime l'enfance et la jeunesse, elle ne les oublie jamais. Ces Congrégations enseignantes qu'elle a fondées pour l'instruction et l'éducation de la jeunesse répondent par un dévouement admirable au grand désir qu'elle a de préserver ses enfants contre les dangers d'une éducation trop mondaine. Aussi, quand elle voit qu'on veut lui ravir l'âme de ses enfants, elle s'alarme, elle proteste, elle défend avec acharnement ses droits sur ces jeunes âmes.
" Que ceux qui prétendent aujourd'hui tout réformer dans notre système d'enseignement commencent par donner à la cause sacrée de l'éducation autant de preuves de dévouement que l'Eglise de notre Province en a données par ses évêques, ses prêtres et ses communautés
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relieieuses, et nous croirons à la sincérité de leurs sentiments. Notre devoir à nous, pasteurs, instituteurs et parents, c'est de répondre à l'amour de l'Eglise pour nos enfants et pour nos jeunes gens en nous dévouant sans cesse à la diffusion de l'enseignement chrétien et en donnant à l'instruction religieuse la première place parmi les autres sciences.
" Le devoir des enfants, c'est de combattre sans cesse. Combat au dedans et au dehors : au dedans contre euxmêmes par le travail, l'obéissance et la vigilance ; au dehors en prenant part à la grande lutte du bien et du mal, de la vérité et de l'erreur.
"Dans cette lutte le principe de neutralité n'est pas admis ; tous doivent se prononcer pour l'un ou pour l'autre parti. Et il faut choisir dès à présent. Une fois rendu dans le monde il sera trop tard : le courant du mal les emportera comme tant d'autres. Qu'ils se donnent donc à Celui qui seul est digne d'eux, et qu'ils montrent par leur discours et par leur conduite qu'ils sont les vrais fils de l'Eglise et les défenseurs de la vérité.
" L'Eglise continuera sa mission, qui est d'enseigner; et si tous font leur devoir, les liens d'amour qui unissent Dieu à l'enfance et à la jeunesse ne seront pas rompus. En terminant, le prédicateur exhorta les élèves à venir souvent, comme Marie, leur mère, dire et répéter au pied des autels : " Voilà, Seigneur, que je viens faire votre volonté." Et Jésus, sortant de son tabernacle, les bénira, les aimera et les conduira sûrement au port du salut."
" Après le dîner, servi au Collège, et auquel assistaient plus de cinquante membres du clergé des diocèses de Nicolet, de Montréal, de Sherbrooke, de St-Hyacin-
tlie et des Trois-Rivières, Monseigneur Brunault annonça à tous les invités que le banquet aurait lieu à six heures, que l'hon. M. Rodolphe Roy, secrétaire provincial, serait présent.
Vers les trois heures, les miliciens-cadets du collège défilèrent dans nos rues jusqu'à la gare, pour recevoir le ministre. A son aiTivée, l'hon. ministre fut reçu par une salve imposante et des cris de joie. Immédiatement le défilé se mit en marche et se rendit au collège des Frères. L'Honorable Secrétaire fut reçu par les autorités du collège, le Révd Frère Provincial, le Frère directeur Octavius et un grand nombre de Frères. M. le ministre se déclara tout à fait enchanté de cette institution, dont il fit beaucoup d'éloges.
Le banquet réunit dans la grande salle un nombre considérable d'invités, religieux et laïques. Sa Grandeur Monseigneur Brunault présidait, ayant à ses côtés les Révd Frère Théodule, provincial, L'Honorable Secrétaire Provincial, M. Lavergne, député, M. Paul Tourigny, député, le maire C. Thibault, les conseillers Paul Lavigne, Thomas Buteau, Alfred Proulx, R. Paradis, J. Audet, N. Brunelle, et MM. A. F. Poulin, président, Z. Ducharme, F. X. de Billy, P. Germain, commissaires d'écoles, et le secrétaire, M. Auguste Bourbeau, journaliste. M. Nault, président de la commission scolaire de St. Hyacinthe, et M. Stenson, conseiller de l'Instruction Publique, assistaient.
LA SÉANCE L'ouverture de la séance eut lieu par un morceau
SAINTE-VICTOIRE d'ARTHABASKA 455
de fanfare intitulé "Deuxième Régiment" pièce fort bien exécutée.
Immédiatement après, Sa Grandeur Mgr Brunault se leva pour souhaiter la bienvenue à l'auditoire qui remplissait la grande salle de théâtre. Alonseigneur se montra très enchanté de l'enthousiasme qui anime les citoyens de Victoriaville pour cette institution des Frères, qui est appelée à former les jeunes gens dans le vrai sens de l'idée chrétienne pour la lutte du monde. Sa Grandeur est heureuse de constater que les autorités religieuses et civiles se donnent la main pour célébrer ensemble un événement qui restera comme un souvenir imposant et exemplaire pour toute notre province et particulièrement pour la petite ville de Victoriaville.
Sa Grandeur, après ces quelques paroles d'introduc tion, aborda la grande question de l'instruction et de l'éducation dans notre Province. Monseigneur repassa les travaux ardus accomplis par l'autorité constituée pour maintenir l'éducation morale et religieuse suivant les données de l'Eglise Catholique. Sa Grandeur démontra aussi les résultats accomplis par nos institutions enseignantes et fit voir que nous n'avons rien à envier aux voisins. Mais, remarque Sa Grandeur, un nuage, un grain d'orage semble s'élever d'un coin de notre Province, menaçant de révolutionner tout le système scolaire. Il faut réagir contre ces menées de l'ennemi qui, sous le prétexte captieux de fournir au peuple une amélioration dans le système d'instruction et d'éducation, ne cherche que le but de certaines idées trop répandues par le monde.
Monseigneur Brunault, avec des paroles vibrantes
de paternelle bonté, nous démontra le système de formation des instituteurs religieux du collège du Sacré-Cœur, d'abord le juniorat, le noviciat et finalement le scholasticat, qui répond à la formation des écoles normales. Sa Grandeur, avant de reprendre son siège, pria le ministre de donner librement ses idées sur le système actuel d'éducation et d'instruction dans notre Province. Notre très digne évêque prit son siège au milieu des applaudissements de toute la salle.
L'hon. Secrétaire Provincial, M. Rodolphe Roy, se leva et se déclara très heureux de se trouver présent dans une circonstance aussi solennelle. Il donna les raisons principales qui lui rendaient encore plus chère l'invitation à cette cérémonie mémorable. M. Roy félicita Sa Grandeur Mgr Brunault et les Rvds Frères. Puis, abordant la grande question qui préoccupe tous les esprits en ce moment, M. Roy remonta à 1847 et 1849, lors des premières législations sur l'instruction publique dans notre province. M. Roy, avec dés paroles éloquentes, démontra les résultats obtenus par nos écoles, nos séminaires.
Il fit comprendre que nos gloires nationales ont été formées à ces écoles qui sont sous le contrôle du Conseil de l'Instruction Publique, lequel Conseil est sous la surveillance de nos évêques et de personnes laïques choisies respectivement parmi la classe instruite de notre province. Après de tels résultats, s'écrie l'Hon. Secrétaire Provincial, je dois vous dire. Monseigneur, que s'il y a dans un coin de notre province une voix discordante, cette voix n'a pas d'écho.
M. Roy, parlant au nom du gouvernement qu'il re-
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présentait, déclare que le gouvernement n'a nullement l'intention de changer l'état de choses établi. M. Roy fit aussi l'éloge des Rvds Frères du Sacré-Cœur. Les paroles de M. Roy ont été une véritable consolation pour Sa Grandeur Monseigneur Brunault, pour le clergé et pour l'auditoire, qui savent maintenant à quoi s'en tenir sur les rumeurs sinistres qui ont eu cours depuis un certain temps. M. Roy reprit son siège au milieu d'applaudissements bien mérités.
Les pièces jouées furent " The Freedom of the Press," pièce anglaise qui nous a permis de juger de l'instruction anglaise que reçoivent nos jeunes au collège. Vinrent ensuite une jolie opérette et finalement la pièce de résistance : '' Les tribulations du Marquis de la Grenouillère". Comme intermèdes, il y eut des morceaux de chant, de piano, de fanfare et de cornet.
Cette séance récréative et amusante a charmé tous les auditeurs, qui sont retournés agréablement enchantés de leur soirée.
Ce fut la fin d'un beau jour, jour glorieux à tous les points de vue, et pour Sa Grandeur Mgr Brunault, et pour les Rvds Frères, et pour les citoyens de Victoriaville qui voient avec un œil de consolation et de joie ce magnifique monument qui non seulement fait honneur à notre ville mais qui abritera toutes les espérances de nos familles."
M. l'abbé J.-U. Tessier fut vingt ans curé de Ste- Victoire. C'est sous son administration que, grâce à son zèle, à son dévouement, à la bonne entente et à la gé-
nérosité des paroissiens, Ste- Victoire fut dotée d'une des plus belles églises du diocèse, d'un presbytère vaste et des plus confortable, d'un carillon de trois cloches, d'un superbe orgue, d'une académie pour l'éducation des jeunes garçons, que le couvent tut agrandi considérablement, et que les Révérends Frères du Sacré-Cœur établirent leur collège commercial à Victoriaville.
Après vingt années de travail incessant, tant pour le spirituel que le temporel de la paroisse, M. l'abbé J.-U. Tessier sentit ses forces diminuer et sa santé l'abandonner. Il demanda un repos. Au mois d'octobre 1906, M. l'abbé J.-U. Tessier abandonna la direction de la paroisse. Il se retira à Victoriaville, où il demeure encore, en 1914, entouré du respect et de l'affection de ses chers anciens paroissiens.