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RÉCAPITULATION

Recensements décennaux-généraux des Bois Francs

Années Familles Ames

1840 iioo

Recensements décennaux des Bois-Francs, St-Louis de Blandford, St-Eusèbe de Stanfold, St-Calixte de Somerset, St-Norbert d'Artliabaska, St-Cliristoplie d'Arthabaska, St-Médard de Wanvick et Ste-Victoire d' Arthabaska.

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M. L'ABBE CHARLES-EDOUARD MAILHOT Auteur cJu présent ouvrage.

EN face des ténèbres qui menacent de devenir chaque jour de plus en plus sombr es sur les événements qui ont trait aux premiers jours des Bois-Francs, connaissant le désir de mes compatriotes de posséder l'histoire de leur petit pays, j'ai cru qu'il était opportun de suivre le conseil de Charles Nodier (i): '' Hâtons-nous de raconter les délicieuses histoires du peuple avant qu'il les ait oubliées."

Enfouir les documents dont j'étais le dépositaire aurait été, n'est-il pas vrai, un manque de patriotisme et de générosité ?

Je me suis donc mis à l'œuvre, non pas sans une certaine frayeur. J'ai écrit et j'ai publié l'histoire des Bois- Francs. Ecrire l'histoire des Bois-Francs a été pour moi, malgré le travail et la fatigue, un véritable plaisir ; mais quant à la publication, je l'ai faite par devoir et par dévouement.

Tout imparfait qu'il soit, cet ouvrage, vu la rareté des documents, vu les recherches et les études historiques qu'il m'a fallu faire, estime preuve de ma bonne volonté et de mon amour pour nos Bois-Francs.

J'espère qu'on saura m'en tenir compte.

Faire connaître, ou au moins remettre en mémoire la vie de sacrifices que nos pères ont menée lors de l'ouverture des Bois-Francs ; rappeler les actions admirables qu'ils ont accomplies pour se créer un riant avenir et nous

(1) Académicien français.

léguer un héritage dont nous devons être fiers, telle a été mon intention principale, première.

J'avouerai que, dans l'esquisse de chacune des paroisses, j'ai traité bien sommairement les questions politiques et commerciales. Car à peine lesai-je effleurées. J'aurais bien aimé donner une plus large part à ces importantes questions, mais on comprendra que ce terrain m'est assez étranger. Il aurait été, il me semble, téméraire de ma part de les aborder. Elles sont à proprement parler du ressort des hommes de professions libérales.

Quelques-uns trouveront peut-être aussi que j'ai trop restreint le territoire des Cantons de l'Est qu'on a appelé les Bois-Francs. Je me suis appuyé sur la lettre de Mgr Signay adressée à M. l'abbé Denis Marcoux en 1838. Je n'ignore pas que, plus tard, comme l'a dit M. l'abbé Charles Trudelle en 1852, cette dénomination s'est étendue à d'autres cantons : Invernes, Halifax, Chester et Ham.

Grâce à son vénérable curé, St-Ferdinand d'Halifax a son esquisse historique. Que chacun suive ce bel exemple.

J'invite ceux de mes confrères dans le sacerdoce qui en ont le temps et le goût à écrire l'histoire religieuse de leur paroisse, et messieurs les membres des professions libérales à nous donner l'histoire politique, civile et commerciale de nos Bois-Francs.

Soyons au moins collectionneurs et conservateurs de tous nos documents paroissiaux, quels qu'ils soient. "Dans une jeune colonie, a dit l'historien Garneau, chaque fait est gros de conséquence pour l'avenir." Et M. l'abbé

Charles Trudelle ajoute qu'on peut en dire autant d'une paroisse.

En contemplant le spectacle admirable de dévouement, de courage, d'énergie, de persévérance donné par nos pères, en constatant leur ardeur, leur empressement à s'enfoncer dans la forêt, condamnés à l'isolement pour une grande partie de l'année, en face du courage héroïque de ces valeureux champions de la colonisation en considérant cette sublime épopée, pouvons-nous, dis-je, rester indifférents, ne pas rechercher les causes qui ont amené des résultats qui ont dépassé toutes les espérances ?

L'étude des faits et gestes accomplis par nos pères dans les premières années de la colonisation des Bois- Francs ne nous porte-t-elle pas tout naturellement à nous demander quel pouvait être le mobile, le motif qui poussait ces hommes au caractère noble et généreux à entreprendre une oeuvre qui, humainement parlant, semblait être au-dessus de leurs forces ? Qui leur donnait la vaillance, l'énergie pour ne pas succomber, pour ne pas se laisser vaincre par le découragement ? Qui leur donnait la constance nécessaire pour persévérer dans l'accomplissement de la tâche si ardue et si difficile qu'ils avaient assumée ?

La solution de ce problème national et religieux est bien dans l'espérance inébranlable d'un avenir de prospérité qui brillait à leurs yeux ; mais, par-dessus tout, il est impossible de ne pas voir l'action de la divine Providence, qui se servait de ces hommes à l'âme magnanime pour accomplir son œuvre, car dans l'établissement et

la colonisation des Bois-Francs, on peut et on doit dire : " Le doigt de Dieu est là ! "

La ricHesse du sol de nos cantons, malgré les obstacles, les inconvénients innombrables pour les défriclier, était bien de nature à inviter les jeunes 'gens des grandes paroisses à venir se tailler un domaine dans cette forêt qui, bien qu'encore sauvage, était remplie de charmes et d'espérances, car à cette époque, la soif de l'émigration n'avait pas encore envalii nos populations. La jeunesse canadienne ne s'était pas encore laissé illusionner par les charmes plus ou moins trompeurs de la vie des villes. On était encore amateur de la culture du sol, de la vie paisible et tranquille de la campagne.

Mais, malgré ces espérances, malgré la conviction intime de pouvoir léguer à leurs enfants un noble héritage, fruit de leiirs travaux et de leurs misères, il faut reconnaître, c'est évident, l'action d'une puissance supérieure.

La force de Dieu seule a pu les soutenir en face du travail pénible à accomplir. Aux prises avec les adversités, les ennuis de toutes sortes, dans l'isolement, loin de tous ceux qui leur étaient chers, n'ayant pour toute communication que des sentiers difficiles, dangereux, à travers les forêts et les immenses savanes, exposés à tout instant à s'égarer et à périr de misère et de froid, ils ne faillirent cependant jamais. Carie Canadien est invincible, héroïque, quand il s'agit de travailler pour sa famille, sa patrie, son Dieu.

L'étude de l'histoire des Bois-Francs nous révèle encore l'action de Dieu dans le fait que cette colonie, des-

tiiiée par le pouvoir huvnaiu à être la propriété d'une race qui nous est étrangère par sa langue et sa religion, est devenue un centre catholique et canadien-français.

Remontons par l'histoire jusque vers 1800 ; consultons les archives nationales. Nous constaterons que le gouvernement d'alors imposa des noms anglais à tous nos cantons. " Ces noms ont été donnés, dit M. l'abbé C. Trudelle, parce que les autorités croyaient en faire un pays anglais. Pour attirer plus facilement l'immigration de ce côté, on avait choisi ces noms anglo-saxons, afin qu'ils rappelassent le pays que les colons laissaient. C'était une barrière qu'on élevait contre l'expansion de l'élément français, établi sur les bords du Saint-Laurent. "

Nous remarquerons aussi que la grande majorité des terres des Bois-Francs ont été octroyées à des capitalistes anglais ou à des miliciens de même origine. Si tous ces capitalistes, ces miliciens, fussent venus se fixer sur leurs terres, que serait-il advenu de nos Bois-Francs, aujourd'hui si catholiques et si français ? La Providence, qui est toujours admirable dans ses voies, ne l'a pas voulu : elle a confié cette mission à de valeureux défricheurs canadiens. Nous devons donc des actions de gfrâces au Seigneur, d'abord pour nous avoir conser\'é un si précieux héritage. Mais la reconnaissance exige aussi que nous disions bien haut : " Honneur et gloire aux Héon, Leclerc, Beauchesne, Landry-Bercase, qui les premiers ont répondu à l'appel de Dieu. Honneur et gloire aux vaillants missionnaires qui ont partagé les souffrances et les misères des premiers colons, qui ont supporté généreusement le lourd fardeau des sacrifices de toutes sortes qu'im-

posait alors la desserte de cet immense territoire confié à leur sollicitude pastorale. "

Aussi M.Bruneau a eu raison de dire, en parlant du clergé canadien : "On ne saurait trop accorder d'éloges au clergé canadien pour ce qu'il a fait pour le Canada, et quoiqu'il arrive, sa mémoire est désormais inséparable de l'histoire de ce peuple dont il est un des principaux fondateurs et dont il a été incontestablement le soutien et le sauveur dans les temps modernes. Sous la direction et le patronage de leurs prêtres, sans se soucier des lois et des combinaisons politiques de l'Angleterre, les canadiens demeurent dans leurs paroisses catholiques et françaises."

A nous de savoir apprécier leurs mérites. Le grand titre qu'ils ont à notre reconnaissance, c'est de nous avoir conquis, gardé ce beau territoire où nous vivons si heureusement à l'ombre de la croix et de l'autel, de nous avoir légué cette petite patrie où nous parlons librement la belle langue de nos pères, le doux parler de France, où nous pratiquons en paix la religion sainte que nous avons appris à connaître sur les genoux de nos mères.

Oui, aimons les Bois-Francs, vénérons-les ; c'est un sol pétri de catholicisme et de patriotisme.

N'oublions pas la devise : Noblesse oblige. Le grain de sénevé est jeté en terre. Je laisse à d'autres le devoir de le faire fructifier, en leur rappelant ce conseil d'un de nos historiens canadiens, M. Benjamin Suite : " Chaque ancienne paroissse de la province de Québec devrait posséder son histoire écrite ;" Ou bien encore ces paroles d'un autre de nos historiens, M. l'abbé Casgrain : " Il serait grandement à désirer qu'il se ren-

contrât dans chacune de nos paroisses quelque annaliste qui fît revivre son passé, avec cette foule de traditions, d'épisodes qui donnent de la couleur et du charme, en un mot de la physionomie à l'histoire ; ce serait la réponse la plus victorieuse qu'on poun'ait faire aux ennemis de notre race, qui seraient heureux de trouver quelques flétrissures dans notre passé.

" Par là, on ferait voir jusqu'à l'évidence qu'il n'y a pas un seul peuple en Amérique qui ait plus de droit que nous d'être fiers de ses origines. "

"L'amour du sol natal, dit encore M. l'abbé C. Beaubien, si vivifiant pour une nation, y gagnerait d'autant plus qu'on sortirait des généralités pour décrire jusqu'aux moindres détails d'honneur et de gloire. Que de pages couvertes d'épisodes célèbres et de récits les plus édifiants!

Il y a eu autour de nos clochers des événements de tous genres, et nos églises ont été témoins des scènes les plus émouvantes. Hn faisant un choix de ces nobles choses, quel livre précieux serait offert à tous ceux qui, de près comme de loin, chérissent le berceau de leur enfance ! Pour eux, les moindres récits font revivre les plus beaux souvenirs, et il n'y a pas jusqu'aux légendes qu'ils liront avec bonheur, en se souvenant de les avoir entendu raconter souvent au toit paternel."

Table des Matières

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