LE FONDATEUR DE SAINT-LOUIS DE BLANDFORD CHARLES HÉON
Charles Héon naquit à Bécancour le vingt mars mil-sept-cent-qiiatre-vingt-dix-nenf, du mariage de Charles Raymond Héon, marchand, navigateur, et de Madame Marie Soulanges Richard. En 1820 il épousa Demoiselle Louise Cormier, aussi de Bécancour. (i)
Charles Héou, dit M. H. St-Germain, sentait en lui le besoin de créer, de fonder un nouvel établissement. Quelque chose lui disait qu'il avait une mission à remplir, et il se croyait de force à pouvoir mener à bonne fin une entreprise qui serait utile non seulement à lui mais aussi à ses concitoj^ens.
D'un caractère doux et affable, il savait se faire autant d'amis qu'il avait de connaissances. Toujours prêt à obliger qui que ce fût, ne regardant jamais à son trouble, à ses peines, il était aimé et respecté ; d'un caractère franc, d'un jugement sain, d'un esprit droit, il savait se
(1) Orthographe du mot Bécancour :
Kené Robineau signait : Sieur de Bécancour.
Les Jésuites, dans leur journal, écrivent : Bécancour.
Dans sa chronique triHuvienne, M. Benjamin Suite écrit : Bécancour, ainsi que M. A. Gérin-Lajoie, dans Jean Rivard, le défricheur, et M. P. G. Roy, dans son ouvrage: '• Noms Géographiques delà Province de Québec. "
Les Abénakis, selon M. l'abbé J.-A. Maurault, appelaient la rivière Bécancour: Sôlinak, rivière qui fuit licaucoup de détours.
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CHARLES HEON
Fondateur de Saint Louis de Blandford
faire des alliés de tons ceux avec qui il était eu rapport.
Ne se laissant jamais abattre par les épreuves, d'une force d'âme Hors de ligne, il se soumettait avec gaieté de cœur à tous les contretemps qui lui survenaient.
D'une stature moyenne mais très proportionnée, teint brun clair animé par un sang riche et généreux, beaux gi'ands 3^eux bruns, figure à traits réguliers, tout en lui respirait la force et l'énergie. Hlevé dans sa paroisse natale au milieu d'une population qui comptait beaucoup de sauvages, il avait su s'en faire des alliés, dans les parties de pêclie et de cliasse qu'il faisait, soit sur le fleuve St-Laurent ou ailleurs.
Ordinairement peu commun icatif s, les sauvages faisaient exception pour Charles Héon, qui aimait à converser avec eux et les faire parler des lieux que, d'habitude, ils fréquentaient pendant les saisons de chasse ; il ne manquait jamais une occasion de prendre des informations qui pouvaient lui être utiles.
Il apprit par eux que la rivière Bécancour coulait à certains endroits au milieu de terres magnifiques, couvertes de belles forêts. Fasciné par les récits de ses amis sur les beautés du pays dont ils donnaient la description, il se décida à faire un voyage d'exploration.
Le 15 février 1825, il partait de Bécancour, monté sur des raquettes, et prenait la direction de l'Kst, suivant toujours, ou à peu près, les bords de la rivière Bécancour. Il était accompagné de deux sauvages connaissant à fond le territoire qu'il voulait visiter.
Après deux jours de marche très pénible, la neige n'ayant pas la consistance voulue, il planta sa tente sur les bords de la rivière Bécancour, à peu de distance de la
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ligne, séparant les Cantons de Blandford et Maddington.
Il choisit les lots connus sous les numéros E.-F., du
sixième rang de Blandford, et reprit le chemin de sa
paroisse natale, où il an'iva après une absence de douze
jours.
Charles Héon ne fut pas long à faire ses préparatifs de départ. Ce ne furent certes pas les encouragements de ses parents, de ses amis, qui le lui firent hâter.
On usa de toutes espèces de moyens pour l'empêcher de mettre à exécution son projet que l'on traitait de folle entreprise. On cherchait à convaincre sa femme qu'il y avait témérité de sa part à s'exposer ainsi, avec des enfants, à aller si loin au milieu d'une forêt sans fin, livrés pour ainsi dire en pâture aux bêtes sauvages dont ces bois immenses devaient être peuplés à foison.
Fermement décidé, Charles Héon n'en continua pas moins activement ses préparatifs et se mit en route vers sa nouvelle demeure.
Charles Héon laissa sa paroisse natale le treize mars mil huit cent vingt-cinq, accompagné de son épouse, de deux enfants, d'un de ses frères, Georges, âgé de seize ans et aussi d'un nommé Charles Thibaudeau, connu sous le nom de Chariot Castin, de St-Grégoire. (i)
Ils se rendirent, par un chemin de chantier, jusqu'à une distance de trois milles de leur future résidence et se logèrent dans un petit campement. Ce n'était pas un château, l'occupant de l'hiver précédent y ayant passé toute la saison avec un cheval pour compagnon de chambre.
(1) Epoux de Rosalie Poirier.
Héon laissa à cet endroit sa femme et ses enfants, et se rendit avec son frère et son compagnon sur le lot qu'il avait choisi quelques jours auparavant.
Le quinze mars, il commença à jeter les bases de sa future maison. Il lui fallut d'abord enlever au-delà de cinq pieds de neige avant de pouvoir atteindre le sol.
Le bois étant à proximité, quelques jours suffirent pour mettre cette maison, qui était en troncs d'arbres, à peine équarris, en état de recevoir la famille.
Le plancher du bas était fg^it avec des pièces de bois équarries, assez jointes entre elles, celui du haut, avec des morceaux de bois blanc fendus, appelés calles. La couverture consistait en des auges qui étaient renversées l'une sur l'autre ; cette couverture était très étanche.
Pour rendre la maison chaude, on recouvrit d'une couche de terre le plancher du haut.
Aussitôt que le logis fut prêt on s'empressa de l'occuper. Quel beau jour pour notre pionnier que celui de la prise de possession de son château !
Aussitôt sa famille à l'abri, Charles Héon reprit le chemin de Bécancour, pour rapporter le peu d'effets et de provisions qui lui restaient. Il devait [aussi ramener une vache, la première qui ait jamais franchi la ligne des seigneuries.
Deux de ses amis se joignirent à lui, pour l'aider à transporter son ménage ; un de ses parents apportait, de son côté, du foin ainsi que du grain de semences.
Cette fois, la séparation se fit sans reproches. On commençait à croire que Charles Héon viendrait peut-être à bout de faire quelque chose. On se dit adieu, au revoir
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à l'hiver prochain. Il n'y avait pas à penser à aller En Bas^ à Bécancour, pendant la saison d'été.
Le printemps de l'année mil huit cent vingt-cinq fut très hâtif et la température très belle. On se mit à l'ouvrage avec ardeur ; on n'avait pas besoin de montre ou horloge pour indiquer l'heure du lever ou la fin de la journée de travail.
Charles Héon ayant commencé à défricher sa terre près des bords de la rivière, dans un endroit où le bois n'était pas épais, eut vite fait un découvert assez considérable, jetant à l'eau tout le bois qui ne se trouvait pas à une trop grande distance, s'épargnant ainsi la peine de le faire disparaître par le feu.
Les travaux de défrichement furent poussés avec tant de vigueur et de succès, que Charles Héon ensemença, dès la première année, plus de cinq arpents de terre.
L'été se passa à faire de Vabatis.
Charles Héon avait été des plus heureux dans le choix qu'il avait fait de son terrain à coloniser. Le sol était très riche, le bois très long, bien gros, mais clairsemé. C'était du noj^er, de l'orme, du frêne, quelques merisiers, des arbres à pembina et quelques cerisiers.
La récolte de la première année fut des plus satisfaisantes. La récolte du blé seule fut de cent quatre minots, sans compter celle de l'orge, de l'avoine, du sarrasin et des patates.
Content de sa récolte, il travailla avec plus d'ardeur que jamais au défrichement de sa terre. Il se construisit les dépendances les plus nécessaires, telles que laiterie, four, grange et étable.
Dès les premiers chemins d'hiver, Charles Héon descendit à Bécancour avec une charge de blé, pour le faire moudre au moulin du Rapide.
Charles Héon, désirant régulariser sa position de colon, s'adressa, en 1826, au bureau des Terres de la Couronne et obtint, à titre de premier colon, une patente le constituant propriétaire de toute cette partie du township de Blandford comprise entre la ligne de séparation des cantons de Blandford et de Maddington et le dixième rang du dit canton de Blandford, connue sous les numéros B.C.D.E.F.G., formant une superficie de plus de trois cent cinquante arpents de terre.
Il ne tarda pas à en céder soixante arpents à son ami Chariot Castin, et, l'année suivante, il fît la même chose en faveur d'un nommé Joseph Gagnon, du Cap Santé, et de Joseph Leblanc, connu alors sous le nom de Petit-José-Alexis, de Bécancour.
La récolte de mil huit cent vingt-six fut très bonne, près du double de celle de l'année précédente.
Dans le courant de l'automne, Charles Héon jetait les fondations d'une chaussée sur les bords de la rivière des Ecarts, et, en 1827, il bâtissait un moulin à scie.
Dans le courant de l'hiver 1827, Charles Héon prépara le bois de charpente dont il avait besoin pour construire une grange, une étable, un hangar et un moulin. Il coupa aussi une certaine quantité de billots, qu'il espé, rait bien pouvoir scier l'automne suivant avec son futur moulin. Il ne fut pas déçu dans ses espérances.
En mil huit cent-vingt-sept, plusieurs nouveaux colons vinrent prendre des terres à la rivière Bécancour ; c'étaient Messieurs :
Pierre Richard, époux de Marie Jalbert, de Saint- Grégoire ;
Louis Tourigny, époux de Angèle Bourbeau dite Verville, de Bécancour ;
Joseph Rousseau, époux de Marguerite Bélanger ;
Jean Rousseau, époux de Angèle Hamel ;
Clément Mailhot, époux de Elisabeth Tousignant ;
Romain Barthélémy Auger, épou x de Louise Doucet ;
Antoine Marchand, époux de Françoise Mailhot ;
J.-B. Laneuville, époux en premières noces de Marguerite Genest dite Labarrc et en secondes noces de Marcelline Biais ;
David Lacharité, époux de Julie Landry, tous de Gentilly ;
Pierre Bruneau, époux de Elisabeth Lamy, de Maskinongé, et autres.
Pendant que Charles Héon et ses compagnons faisaient des travaux de défrichement dans la partie sud des townships de Blandford et de Maddington et dans le premier rang de Bulstrode, (i) un citoyen de Québec, ancien voyageur au Nord-Ouest, M. Lagueux, faisait l'acquisition d'un grand territoire dans la partie nord du canton de Blandford et commençait un établissement à l'endroit connu sous le nom de Domaine de Gentilly.
Monsieur Lagueux vendit, quelque temps après, ses propriétés à Monsieur Louis Massue, de Québec.
(1) Ce noyau de colons formait ce qu'autrefois on appelait " La rivière Bécancour.
L'année 1828 amena une grande et douloureuse épreuve à Charles Héon. Il fut plongé dans le deuil par la mort de son jeune frère, Georges. Celui-ci, animé par l'exemple de son frère se livrait au travail ardu du défricheur avec un courage et une ardeur au-dessus de ses forces. Il contracta une pleurésie, et, après quelques jours seulement de maladie, il mourut dans les bras de son frère éploré. Son chagrin était d'autant plus grand et plus amer qu'il voyait mourir son jeune frère sans les secours du prêtre et sans les consolations de la religion.
Que faire ? Allait-on inhumer ce jeune homme au milieu des bois ? Non, jamais, disait Charles Héon, je n'inhumerai mon frère ici, sans secours religieux ; je vais le conduire au milieu de ma famille.
Il n'y avait que par la voie de la rivière Bécancour qu'il fût peut-être possible de se rendre à destination, en été. Charles Héon se décide donc à prendre cette voie.
Il met le cadavre de son frère dans un cercueil qu'il embarque, avec sa femme et ses deux jeunes enfants, dans un canot.
Charles Héon était obligé de passer le Sault-Blanc, chute de quarante-cinq pieds de hauteur, et en faire le portage seul ; il ne pouvait compter sur le secours de sa femme, occupée aux soins de ses jeunes enfants.
Après des peines infinies et avoir rencontré à maintes reprises de grands dangers, il arrivait enfin, avec son triste fardeau, à sa paroisse natale, où il fit inhumer les restes de son jeune frère, (i)
(1) Voir registres de Bécancour, année 1828.
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Après avoir passé quelques jours au milieu de leurs familles, Charles Héon et sa femme reprirent le chemin de la Rivière Bécancour. Le retour s'effectua avec assez de vitesse jusqu'au Sault-Blanc, où il fallut à notre voyageur improviser un cabestan pour venir à bout de monter son canot à une hauteur de quarante-cinq pieds. Une fois le Sault passé, il était chez lui, il ne lui restait plus qu'une distance de deux lieues et demie à parcourir dans une eau comparativement calme. Il avait mis deux jours et demi à venir de Bécancour.
Le défrichement s' agrandissant, le nombre de colons augmentait, mais on était toujours dans l'isolement, aucune voie de communication avec Bécancour ou Gentilly. En hiver on pouvait se rendre à Bécancour en voiture, mais en été il fallait se servir du canot. Pour descendre à Gentill}^, on avait à parcourir une distance de trois à quatre lieues à travers les bois avant d'atteindre la route du Domaine conduisant à Gentilly, ouverte en
Cependant, il fallait bien se rendre à l'une ou à l'autre de ces deux paroisses pour avoir les provisions nécessaires à la vie, ou bien s'exposer à mourir de faim avec sa femme et ses enfants. Quelles fatigues, quelles misères à affronter pour franchir une distance de quatorze à quinze lieues, à pied, la plupart du temps dans l'eau et la boue jusqu'aux genoux, avec un fardeau beaucoup trop lourd pour les forces délabrées de ces pauvres malheureux ! Aussi au retour du voyage plusieurs restaient comme paralysés. On les voyait trembler de tous leurs membres pendant un temps assez considérable ; plusieurs restaient les jambes enflées pendant plusieurs
jours. Si des actions comme celles-là ne sont pas de l'héroïsme, où le trouverons-nous ?
Mais que pouvaient faire, avec leur grande pauvreté, cette poignée de braves ? Comment pouvaient -ils seuls entreprendre la confection d'un chemin de quatre lieues de longueur en plein bois debout ?
\ On va pourtant tenter l'entreprise ; on va essayer d'ouvrir une route, entre Maddington et Blandford, conduisant de la rivière Bécancour à Gentilh^
Parmi ceux qui travaillèrent à l'ouverture de ce chemin, il s'en trouvait qui n'avaient que de la soupe aux pois à manger, et encore était-elle faite pour deux jours. Cette soupe consistait en des pois bouillis, sans aucune viande pour en engraisser le bouillon. On n'avait pas de pain. Vous voyez, n'est-ce pas, que la nourriture n'était pas ce qu'il y a de plus fortifiant pour travailler au milieu de la forêt, avec une hache ou une pioche au bras, au milieu de nuées de moustiques, de maringouins et brûlots.
Malgré tout le travail que l'on s'imposa, on ne fit cependant qu'ébaucher un chemin d'hiver.
En travaillant à ce chemin, qu'on appelait la ligne de Michel Houle, on pensait faire fixer la future église à l'entrée de la dite route, entre les cantons de Maddington et de Blandford. On dut forcément abandonner ce projet pour faire place à l'ouverture de la fameuse route du Domaine à la rivière Bécancour, à une distance d'une lieue de la ligne séparant Blandford de Maddington.
Il n'entrait pas dans les vues politiques de l'époque de mettre le gouvernement à la tête d'un projet de colonisation de nos terres publiques.
On ne semblait pas croire que pour coloniser ces belles forêts il fallait avoir des chemins pour y conduire.
Heureusement que parmi les premiers colons il se trouvait des hommes riches, des hommes influents qui, a3^ant fait l'acquisition de scf'ipts^ de droits de propriétés des miliciens, désiraient tirer profit de ces terres.
Parmi ces derniers étaient Messieurs Charles Langevin, Jean Langevin, père de Sir Hector, Charles Turgeon, Louis Massue, P. Lagueux et autres.
Tous ces propriétaires connaissaient la position, les besoins de ces nouveaux établissements. Aussi, ils ne tardèrent pas à faire signer une requête par tous les intéressés, demandant au gouvernement de l'aide pour l'ouverture d'une route à travers le Canton de Blandford, à partir du Domaine de Gentilly jusqu'aux établissements sur les bords de la rivière Bécancour.
Le gouvernement, cette fois, ne fut pas sourd à cette demande et vota une certaine somme d'argent pour la confection du chemin tant et depuis si longtemps désiré. Dès le printemps suivant on se mettait à l'œuvre et on poussait les travaux avec la plus grande vigueur.
Mais quel pays fallait-il traverser ! On fut obligé de ponter plus de la moitié du terrain que l'on traversait ; on était obligé de charroyer du sable pour couvrir les fascines et les pontages. Là où il n'avait pas de fondrières, le terrain était couvert de roches.
La route de Gentilly à la Rivière Bécancour est peut-être l'endroit du pays le plus célèbre, si on excepte la savane de Stanfold, pour la misère, la fatigue, les bris de voitures, la mort des bêtes de somme. Aussi sa
renommée a-t-elle été répandue au loin, mais non à sa gloire.
Enfin, en 1829, on avait un chemin ; ce n'était pas une voie macadamisée, mais tout de même on pouvait y passer.
Charles Héon disait qu'il était parti un jour, la veille de Noël, vers le soleil levant, du quatrième rang de Gentilly pour revenir chez lui avec une charge du poids 4e cinq cents livres, ayant un très bon cheval, et que ce ne fut qu'à minuit sonnant qu'il entra chez son ami Antoine Marchand, résidant près de la rivière Bécancour, non loin de l'église actuelle. Il avait parcouru une distance de cinq lieues et quart dans l'espace de seize heures.
Avait-on du grain à faire moudre, il fallait aller le porter soit à Bécancour, soit à Gentilly, une distance de huit lieues. C'était pour les pauvres colons toute une corvée ; c'était bien souvent un voyage de trois jours, et par quels chemins !
Charles Héon comprenait fort bien la position dans laquelle il se trouvait, ainsi que ses amis. Il voulu combler cette lacune en construisant lui-même un moulin à farine, qu'il adossa à son moulin à scie.
Il put se procurer une moulange de M. Louis Massue, mais le lit de la moulange était en granit très dur, et de sa fabrication.
Il ne faut pas croire qu'il sortait de cette moulange et d'un bluteau de quatre pieds de longueur, aussi fabriqué par lui-même, une farine qui aurait pu subir une comparaison avec la farine hongroise d'Ogilvie ; mais n'ayant rien de mieux on s'en contentait.
Ce moulin de Charles Héon a été le premier moulin à farine des Bois-Francs. Les gens partaient de Stanfold, une distance de quatre lieues et demie, traversaient la savane par un petit sentier à peine visible, et apportaient au moulin le blé, l'orge ou le sarrasin qu'ils voulaient faire moudre.
Voici, en outre de celles déjà mentionnées, les noms de quelques-unes des familles résidantes à la rivière Bécancour, dans les premières années de son établissement :
Louis Héon, époux de Marie-Anne Deshayes ;
Joseph Gagnon, époux de Marie-Louise Deshayes ;
Abraham Gagnon, époux de Marie-Louise Leblanc;
Hubert Poirier, époux de Victoire Ouellet ;
Antoine Hamel, époux de Lucie Richard ;
Amable Leblanc, époux de Geneviève Durand ;
François Lafrance, époux de Marie-Louise Faucher ;
Louis Héon, époux de Marie Gagnon ;
Joseph Gagnon, époux de Marie-Louise Tourigny ;
Nicolas Gagnon, époux de Claire Houde ;
Charles Richard, époux de Angèle Mailhot ;
Marcel Gobeille, époux de Pétronille Auger ;
Auguste Richard, époux de Luce Héon ;
Jean Lafrance, époux de Geneviève Roy dite Maserette ;
Paul Lafrance, époux de M. -Adélaïde Rousseau ;
Simon Lafrance, époux de Sophie Richard;
J.-B. Ouellet, époux de Victoire Verville ;
Pierre Normandeau, époux de Julie Mailhot ;
Pierre Richard, époux de Julie Héon ;
Jean Marchand, époux de Angèle Miller ;
Louis Boisvert, époux de Rosalie Gagnon ; Jacques Dion, époux de Marie Lemelin ; Pierre Liberge, époux de Charlotte Labrecque ; Joseph Painchaud, époux de Lucie Hamel ; Joseph Proveneher, époux de Victoire Leblanc ; J.-B. Goupille, époux de Antoinette Lamy ; Joseph Pellerin, époux de Angélique Houle ; pierre Dufresne, époux de Désange Gobeille ; Alexis Bernard, époux de Adélaïde Girouard ; Jean Tourigny, époux de Marguerite Bourbeau dite Verville ;
Gustave Gers, époux de Marguerite Pothier.
La route entre Blandford et Stanfold fut ouverte en 1846. Elle fut, jusqu'en 1854 la seule voie de communication, entre Lévis et Nicolet, pour pénétrer dans les Bois-Francs, les routes de Sainte-Croix, de Sainte- Gertrude et d' Aston n'ayant été livrées en trafic qu'en
En mil huit cent quarante-huit, date de la confection de la ligne de chemin de fer St-Laurent et Atlantique, depuis Longueuil jusqu'à Richmond, on avait agité la question de la construction d'une ligne de chemin de fer à partir de cette dernière ville (qui n'était alors qu'un village de quelques maisons en pleine forêt), jusqu'à la Pointe Lévis.
L'importance, l'extension que prenaient tous les Cantons de l'Est ; l'avenir brillant que l'on prévoyait pour cette belle partie du Bas-Canada ; le manque de
communications intérieures, furent autant de raisons, qui attirèrent l'attention des hommes éclairés qui étaient à la tête du gouvernement d'alors.
On subventionna une riciie compagnie de capitalistes anglais, qui se chargea de la confection du chemin de fer depuis Richmond jusqu'à Lévis.
La compagnie poussa les travaux avec tant d'entrain, de vigueur, que dès les premiers jours de l'automne de mil huit cent cinquante-quatre, la ligne du chemin de fer était livrée au trafic dans toute sa longueur.
Les pauvres colons ne pouvaient en croire leurs yeux : après tant d'années de souffrances, de privations, de misères, se trouver tout-à-coup, pour ainsi dire, au milieu de la civilisation, aux portes des villes de Montréal, Québec et Portland ; à la proximité des marchés, soit pour la vente de leurs produits ou l'achat de ce dont ils pouvaient avoir besoin pour la vie et le vêtement. C'était, il faut l'avouer, un changement radical.
Ce n'est vraiment que depuis la construction des routes et des voies ferrées que les Cantons de l 'Est ont pris de l'accroissement, et que l'on a fondé ces magnifiques paroisses que tous les étrangers ne peuvent se lasser d'admirer.
Saint-Louis de Blandford, quoiqu'éloignée de trois lieues de la station de Stanfold, se ressentit de la facilité que la nouvelle voie offrait au commerce ; aussi, beaucoup de bois, tel que dormants de chemin de fer, écorce de pruche, ont pris la route de cette station, sans compter les produits de la ferme, patates, grains, beurre et animaux.
La construction de la ligne du chemin de fer de Québec à Richmond amenait aussi avec elle un grand
changement dans le service de la malle qui, jusque-là, avait été très défectueux.
Avant cette époque, la malle était transportée par voitures, dans des chemins à peine ébauchés, très difficiles ; aussi, il n'était pas rare qu'elle ne se rendit à destination que deux ou trois jours après qu'elle était due
\ Vers mil huit cent cinquante-trois, une ligne de diligence était établie par M. Pierre Richard, entre Stanfold et Trois-Rivières. Ce mode de transport exista jusqu'en mil huit cent cinquante-cinq. Le trajet se faisait par la route de Stanfold à la Rivière Bécancour et, de là on continuait par la fameuse route de Gentill3^ Cette diligence était chargée du transport de la malle.
Jusqu'au mois de juin mil huit cent cinquante six, il n'y avait pas de bureau de poste dans la paroisse de St-Ivouis de Blandford. A cette date un bureau de poste fut ouvert dans la partie ouest de la paroisse, dans le Canton de Maddington ; et il y a toujours existé jusqu'au mois d'août, mil huit cent quatre vingt-cinq.
Avant mil huit cent cinquante-six, les citoyens de St-Iyouis recevaient leurs malles à Stanfold, ou par le courrier qui conduisait la poste de Stanfold à Bécancour, via Ste-Gertrude. Ce trajet se fit pendant deux ans, à pied, dans les saisons à.\\ printemps, de l'été et de l'automne ; la route de Ste-Gertrude n'ayant été complétée que dans l'automne de mil huit cent cinquante-huit.
La distance de Bécancourà Stanfold, qui est de douze lieues, par Ste-Gertrude, était parcourue deux fois la semaine, par un monsieur Théophile Rivard, de Bécancour.
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Li paroisse de St-Loiiis de Blandford, la plus ancienne des Bois-Francs, est demeurée presque stationnaire. Elle fit peu de progrès. A quoi en attribuer la cause? Les paroisses voisines, plus jeunes, l'ont surpassée en richesse, en importance, en population.
Le commerce de bois auquel se livrèrent bon nombre des premiers colons aurait été, selon quelques-uns, un obstacle aux progrès de la paroisse. On aurait consacré trop de temps à ce genre de commerce, au détriment du défrichement et de la culture de la terre. Il n'en est pas moins vrai de dire que si le commerce de bois a été nuisible en quelque manière au développement de la paroisse, il fut, pour plusieurs, une source de prospérité, qui peut-être a été trop passagère.
Ce qui est probablement plus selon la réalité, c'est que, si la paroisse de Saint-Louis de Blandford n'a pas fait plus de progrès, n'est pas entrée davantage dans la voie de la prospérité, elle le doit plutôt à sa situation, au milieu de savanes immenses et de teiTains peu propres à la culture.
Lors de la confection de l' Intercolonial, on avait espéré voir luire pour Blandford une ère nouvelle.
Avec de l'entente, on aurait probablement eu cette ligne assez près du village. Malheureusement, il en fut autrement ; elle fut construite à une distance de plus de cinq milles.
Depuis septembre 191 1, les paroissiens ont la bonne fortune d'avoir un magnifique pont en fer, pour traverser la rivière Bécancour. Jusqu'à cette date, la traversée de la rivière se faisait en bac. Que de misères endurées, que d'accidents arrivés, snrtoutà l'époque des grandes eaux !
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Premiers Missionnaires des Bois- Francs 1
1 • M. l'abbé Michel Carrier 2. M. l'abbé Olivier Larue