LE BOURDON DES FOIS-FRANCS
Ce soir un son joyeux que j'ai cru reconnaître Est venu doucement vibrer à ma fenêtre. J'écoutais, tout ravi, car ce timbre ai-gentin Semblait me raconter tout un passé lointain. Un monde disparu revit dans cette cloche ; Et de l'entendre ainsi si sonore et si proche, Elle qui, la première, à l'aube des Bois-Francs,
SAINT-NORBERT d'aRTHABASKA 331
Souriait aux berceaux, pleurait sur les mourants,
Conviait au repos ainsi qu'à la priôre
Et dispensait à tous sa note familière,
Fit naître dans mon âme éprise du passé
La pitié que l'on doit à tout âtre blessé.
Car ce fut pour la cloche une cruelle angoisse
De ne plus sonner l'heure à sa chère paroisse,
D'entendre la clameur du puissant carillon
Sans pouvoir y mêler sa lamentation.
Elle pouvait encor pour de longues années
Bénir l'enfant qui naît, chanter les hyménées
Et bercer de son glas plaintif le lourd sommeil
De ceux qui vont goûter un repos sans réveil.
Elle rêvait encor une longue carrière,
Quand sa paroisse, hélas I plus riche mais plus fière,
Voulut un carillon, et sous ce coup fatal
Elle sentit frémir son âme de métal.
Car on dit que la cloche au jour de son baptême
Comme nous prend une âme et comme nous elle aime,
Elle chante, elle pleure, elle rit comme nous
Et rend hommage à Dieu sans se mettre à genoux.
On la laissait dormir en son coin solitaire,
Et faite pour chanter, condamnée à se taire,
Et payant de l'exil, du dédain, de l'oubli.
Dix lustres d'un travail constamment accompli.
Aussi le ciel ne put laisser dans la détresse
Celle qui sans murmure ainsi que sans faiblesse
Pendant un demi-siècle avait à tout moment
Fait entendre sa note, et voilà donc comment
Deux amis généreux et fiers de .son histoire,
Ne voulant point la voir mourir ainsi sans gloire,
Lui trouvent un clocher dont l'hospitalité
Va lui faire oublier son nid si regretté.
La voilà commençant sa seconde carrière
Là- haut dans cette tour qui servit de volière.
Pour l'y mettre on choisit la meilleure saison,
Alors que les oiseaux vers un autre horizon
S'en vont chercher là-bas une plus chaude brise,
Ignorant qu'au retour la place sera prise
Et qu'un hôte encombrant, installé pour toujour:?.
Ne leur permettra plus d'y filer leurs amours,
Car l'airain frémissant en vibrantes volées
Jettera l' épouvante aux ailes affolées,
Et le clocher désert, heureux de t' abriter.
O cloche, et de t'entendre à chaque heure chanter,
Oublieux des oiseaux qui lui sont infidèles,
Grives, chardonner''ts ot frôle* hirondelles,
S'ïccoutumera vite au bruit de ton battant
Qui sait donner une âme au bronze palpitant.
Tu renais à la vie et ta voix orthodoxe.
Par les brisea d'été, par les vents d'équinoxe,
D'une même envolée et paternellement
Ramènera toujours l'élève au règlement.
A t'entendre on croirait une cloche nouvelle,
Tant tu mets à sonner de l'entrain et du zèle,
Mai.'! le chiffre qu'on voit dans le bronze incrusté
A trahi le secret de ton antiquité.
Nous savons maintenant, grâce à ce millésime,
Que tu n'es pas très loin d'être sexagésime.
Mais malgré ton grand âge, ô bourdon des Bois-Francs,
Par tcm allure et par ta voix tu nous surprends.
Tout un monde nouveau t'accueille et te fuit fête.
Tous les clochers voisins et la voix d'un poète.
Saluant ta venue en ce jour de gaîté,
Vont te faire un regain de popularité.
Et si je suis ici comme interprète, ô cloche,
Avec mon faible verbe et mon geste qui cloche,
Et si c'esit moi qu'on a choisi pour te chanter.
Pour évoquer ta vie et pour la raconter,
C'est que cloche et poète habitant le nuage,
Pour parler à la foule ont le même langage
Et vont toujours chantant sans craindre et sans faiblir.
Mais pendant que l'on voit le poète vieillir,
La cloche toujours jeune à tous les échos jette
Sa note, que ce soit jour de deuil ou de fête.
Aussi ne crains plus rien, car dans l'humble clocher
Où sans nul apareil on vient de te percher
Tu n'auras plus jamais à subir cette injure ;
Crois-moi, c'est un poète ami qui te le jure.
Adolphe Poisson
M. L'ABBE J.-S. BELIVEAU Curé actuel de St-Norbert d'Arthabaska
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En 1910, M. l'abbé Ed. P. de Courval fut nommé à la cure de St-Grégoire-de-Nicolet. Il eut pour successeur M. l'abbé J.-Silvio Béliveau, curé actuel de St-Norbert d'Arthabaska.
L'abbé Joseph-Silvio Béliveau, né à St-Grégoire de Nicolet le 8 décembre 1860, de Joseph Béliveau, menuisier, et de Mathilde Hébert, fit ses études à Nicolet, où il fut ordonné par Mgr Gravel, le 20 juillet 1888. Vicaire à Drummondville (1888-1890), à la cathédrale de Nicolet (1890-1891), à Bécancour (1891-1892), à St-David d'Yamaska (1892-1895), à Arthabaskaville (1895-1896), à St-Françoi3-du-Ivac(iS96-i897),curé de Kinsey-Falls(i897- 1906), de Wickham (1906-1910), de St-Norbert d'Arthabaska depuis 1910.