‹ Les Bois-Francs (volume 2)Chapitre 91 sur 115 · LE NOUVEAU COLLÈGE D'ARTHABASKA · texte numérisé non relu

LE NOUVEAU COLLÈGE D'ARTHABASKA

Un jour j'avais rêvé qu'au pied du Mont Christo Il surgirait plus tard une nol-de demeure ; Quelle forme aurait-elle ? Uu collège ? Un château ? Un asile où l'on prie ? Un hospice où l'on pleure ?

Ce rêve fantaisiste à peine dessiné, Voilà qu'il a pri- corp^ e*: qu'il se réalise, Et je vais promenant mon regard étonné Du clocher du collè.uj au clocher de l'église.

Ce clocher tout luisant est, je crois, très discret ; 2ful carillon n'y soune et seul Toiseau s'y loge ; Et le merle pillird et le chardonneret De leur nouvel abri chantent en chœur l'éloge.

Ils croient, les chers petits, que c'est exprès pour eux

Que 1" homme a préparé ce nid si confortable

Qui les met à l'abri des pas aventureux,

Les soustrait au regard de l'enfant redoutable.

Mais au premier réveil de la cloche fl" airain Vous verrez ces oiseaux, aux niis pourtant fidèles. Dirigeant leur essor vers le grand ciel serein, Laisser la campanile et fuir à tire d'ailes.

La flèche du clocher est svelte mais vraiment La croix ne semble p.nnt franchement catholique ; Le cercle qui l'étreint accidentellemiut A, je le dis tout bas, presque un air hérétique.

Mais un jour une main charitable viendra. Par le remords poussée, enlever cet insigne, Et la croix, soulagée à l'instant, paraîtra S'élancer vers le ciel plus alerte et plus digne.

Mais à part ce défaut l'édifice est parfait ; On y trouve partout de l'air, de la lumière, Ensf^nible de bien être et de calme qui fait Qu'on sort de là le cœur plus fort, l'âme plus fière.

On y trouve surtout de grands éducateurs, Des hommes de devoir, amis de la jeunesse, Qui toujours, défaisant l'œuvre des faux rhéteurs, Travaillent sans repos, sans regret, sans faiblesse.

Aussi parmi nous tous soyez les bienvenus,

O dignes successeurs du grand Saint de la Salle,

Apôtre dont l'ardeur vous a tous soutenus

Et dont l'ombre aujourd'hui plane sur cette salle.

Soyez les bienvenus pour la tâche â remplir, Soyez les bienvenus pour tout le bien à faire ; Ce qu'on attend de vous, vous saurez l'accomplir Et toujours faire grand dans votre étroite sphère.

L'œuvre que vous allez continuer ici Est une œuvre de foi, d'amour et d'espérance. Faire des hommes c'est votre unique souci ; Puissiez-vous réussir mieux que dans l'autre France.

Sans espérer jamais, jamais être à l'honneur, On vous voit toujours prêts au travail, à la peine, Quelque soit le fardeau, vous le portez sans peur. Le cœur toujours joyeux, l'âme toujours sereine.

Dès le premier appel merci d'être venus

A l'heure où nous étions plongés dans la détresse ;

Et des nôtres de suite on vous a reconnus

Car vous êtes chez vous où pousse la jeunesse.

Et dans cette maison, nouvelle Alma-Mater, Qui nous ouvre aujourd'hui ses portes toutes grandes, Demain nous entendrons la voix du magister Mesurée à l'éloge et douce aux réprimandes.

Lorsqu' aujourd'hui, le doute envahit les esprits, Infusez dans les cœurs un souffle d'espérance, Et faites que malgré la haine et le mépris Se conserve chez nous le doux parler de France.

ADOLPHE POISSON

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