EDOUARD LECLERC, FRANÇOIS PELLERIN, NARCISSE BELIVEAU
( (^ E f ut au mois de mars 1832, qu'Edouard Leclerc (2) ^^ François Pellerin (3) et Narcisse Béliveau (4) vinrent s'établir dans le douzième rang du canton de Stanfold, sur les bords de la branche nord-est de la rivière Nicolet. Edouard Leclerc était âgé de vingt et un ans, François Pellerin âgé de 16 ans et Narcisse Béliveau âgé de 13 ans.
A l'automne précédent, Edouard Leclerc avait fait un voyage d'exploration en compagnie de deux chasseurs du nom de Piché. Le trajet se fit en suivant le cours de la rivière Nicolet. Rendus dans le haut du canton de Stanfold les deux chasseurs continuèrent leur route. En voyant les grands arbres qui bordaient la rivière Nicolet, à cet endroit, ce qui indiquait un sol très fertile, Edouard
(1) Nous donnons dans le présent article quelques renseignements qui ne sont pas consignés dans le tome premier des Bois-Francs, page 214. Le lecteur remarquera aussi que les six colons arrivés à Stanfold en 1832 ne sont pas venus en même temps, mais en deux groupes différents.
(2) Généalogie Leclerc, tome 2, page 266.
(3) Généalogie Pellerin, tome 2, page 268.
(4) Généalogie Béliveau, tome 2, page 270.
Leclerc résolut d'y séjourner quelque temps, pour examiner attentivement la qualité de la terre et s'assurer de la poss^*bilité d'y faire un établissement agricole ; ses prévisions %^ furent pas vaines.
Le séjour de Edouard Leclerc dura trois sema'nes. Il se bâtit une cabane sur les bords de la rivière Ni!:olet. Sougraine, le meurtrier de Antoine Dubuc, sur les oords de la rivière Bécancour, en 1825, était alors à fdre la chasse dans les parages où travaillait Leclerc.
Un jour Sougraine se présenta à Leclerc et lui fit défense de revenir s'établir à cet endroit, lui disant que ces terrains appartenaient aux sauvages. Il menaça même de le tuer s'il ne partait pas. Leclerc réussit cependant à le calmer. Après s'être choisi un lopin de terra et avoir terminé sa cabane, Leclerc reprit le chemin de St-Grégoire, bien résolu de revenir le printemps suivant pour s'y établir d'une manière définitive et d'amener quelques compagnons.
Au mois de mars 1832, Edouard Leclerc et ses deux compagnons, François Pellerin et Narcisse Béliveau partaient pour le canton de Stanfold. Cette fois, le voyage se fit en voiture, sur la glace de la rivière Nicolet. Rendus au canton de Horton, la caravane prit la branche nord-est de la rivière Nicolet, qui, dans ce canton et dans une partie du canton de Bulstrode, portait alors le nom de rivière au Loup. Les pères des trois jeunes défricheurs voulurent bien les accompagner jusqu'à la cabane que Edouard Leclerc avait bâtie l'automne précédent. Dans les voitures on avait placé des provisions de bouche, des habits et des couvertes, un poêle " français ", quelques ustensiles de cuisine, des haches ; on apportait aussi des pioches et des bêches pour remuer et cultiver la terre, en attendant qu'on
fuisse se servir de la charrue et de la herse. C'était bien pm pour commencer la fondation d'une colonie agricole, mais nos trois vaillants défricheurs étaient armés de courage et d'énergie.
\\près une longue course, on arrive enfin sur le sixièn^e lot du douzième rang du canton de Stanf old ; l'on se logea, tant bien que mal, dans la cabane bâtie par Leclerc l'autornne précédent. Le lendemain, les parents reprirent le chemin de St-Grégoire. La route était tracée: Leclerc, Pellerin et Béliveau avaient donné l'exemple du courage et de la vaillance ; ils eurent de nombreux imitateurs. Aussi, l'année 1832 n'était pas terminée que trois nouveaux colons étaient arrivés dans le canton de Stanfold : Pierre Poirier (1), Alphée Hébert et Noël Bourque. Au recer»sement de 1839, il y avait déjà dans le canton de Stanfold 106 colons, dont 72 mariés et 34 célibataires.
Aujourd'hui la paroisse de St-Eusèbe de Stanfold est une des plus prospères, des plus florissantes des Bois- Francs.
Avant de mourir, les trois premiers pionnier s de Stanfold virent, de leurs yeux, ce consolant spectacle. Ils eurent la consolation de voir leur œuvre, commencée dans les labeurs, les souffrances, couronnée d'un brillant succès. Honneur, louange à ces vaillants champions de la culture de la terre, à ces pieux chevaliers de la hache et de la charrue. Bientôt va luire pour eux le jour de la glorification.
(1) Pierre Poirier, (Pierre à Bonhomme) fils de Pierre Poirier et de Marie Béliveau, naquit à Saint-Grégoire vers 1814. Il mourut accidentellement (tué par la foudre) à Saint-Eusèbe de Stanfold, le 7 juillet 1872 âgé de 58 ans. Pierre Poirier était l'oncle de M. le Chanoine S. Poirier! cure actuel de Saint-Eusèbe de Stanfold, et le cousin germain de Edouard Leclerc, fondateur du canton de Stanfold.