‹ Les Bois-Francs (volume 3)Chapitre 36 sur 127 · LOUIS GARNEAU · texte numérisé non relu

LOUIS GARNEAU

La grande question qui avait été l'objet de tant de conversations était donc définitivement réglée. Il fallait bâtir. Monsieur Duguay réunit, en conséquence, nos vaillants défricheurs et s'entendit avec eux sur la manière la plus expéditive et en même temps la moins onéreuse d'exécuter les ordres de leurs supérieurs ecclésiastiques. Après plusieurs pourparlers, il fut décidé que l'on commencerait à construire immédiatement un presbytère qui servirait au culte pendant quelque temps, et qu'on bâtirait ensuite une chapelle et une sacristie. Je dois dire ici qu'il rencontra la meilleure volonté du monde dans le plus grand nombre des colons, qui promirent d'être à leur poste au premier signal donné.

A la fin de juillet 1849, Monsieur Duguay vint au Mont Christo, pour commencer îes travaux d'un presbytère-chapelle. Après la messe du premier jour de mission, il annonça donc aux assistants qu'il était venu pour faire exécuter les ordres de TEvêque, qui voulait un presbytère pour servir de chapelle en attendant mieux.

Il avait à peine fini de parler que, selon le récit de Mgr P. H. Suzor, chacun prenait le bois, la hache en main et Tespérance dans l'âme, le courage dans le cœur, car il faut dire que le Canadien est un homme de foi, qui aime sincè rement^sa religion et son Dieu. Le missionnaire ne fut pas lent à les rejoindre à l'ouvrage et les choses allèrent si bien, qu'en moins de deux jours on voyait sur la place les matériaux nécessaires à la bâtisse projetée. Le troisième jour elle était debout, à la grande satisfaction de tout le monde.

Le lecteur aimera sans doute à connaître les noms de ces braves qui déployèrent, en cette circonstance, une si louable énergie. Par bonheur, je puis répondre à ses désirs, je les ai dans une lettre que m'écrivait, il n'y a pas longtemps, un ami de la colonisation qui prit connaissance du fait que je rapporte ici.

" Parmi tous ceux qui travaillèrent avec zèle à la construction du presbytère-chapelle, j'ai beaucoup de plaisir à vous citer les noms de Antoine Baril, Eustache Baril, Louis Garneau, Charles Beauchesne, Isaïe Pouliot. Elizée Martel, qui se montrèrent aussi généreux que leurs moyens le leur premettaient. Je dois vous signaler, en particulier, l'extrême libéralité de Monsieur James Goodhue, qui voulut bien se faire entrer dans la répartition comme les catholi-

ques, et demanda qu'on lui donnât à faire autant de grands morceaux de bois que les autres en avaient de petits. Lorsqu'il fut question de tailler et de lever la bâtisse, il fut un des premiers rendus sur la place, avec un homme, un cheval et une paire de bœufs, et ne la quitta que lorsque l'ouvrage fut fini. Ce fut lui encore qui fixa la première cheville ; il fut tellement sensible à la politesse qu'on lui faisait en cette occasion, qu'il fit don de toutes les vitres et du clou nécessaires pour le presbytère-chapelle. Plus tard, comme on présentait à sa dame le bouquet qui devait servir de couronnement aux travaux déjà faits, il ajouta à toutes ses générosités une somme de douze piastres pour les faire continuer."

Comme on le voit, les choses allaient grand train. En moins de trois jours le presbytère-chapelle était debout, et, comme on voulait le mettre logeable au plus tôt. Moïse Fournier s'engagea à le couvrir pour le prix et somme de trente-quatre piastres.

Le 2 août 1849, Monseigneur l'Archevêque de Québec écrivait la lettre suivante à M. Moïse Duguay.

Monsieur,

Aussitôt qu'il sera possible d'offrir le Saint Sacrifice de la Messe dans le nouveau presbytère-chapelle de Saint- Christophe, vous aurez soin d'y faire transporter tous les ornements, vases sacrés, linges et autres articles nécessaires au culte, qui se trouvent dans la chapelle actuelle. Mais, comme vous pourriez rencontrer de l'opposition de la part des mécontents du lieu, vous aurez préalablement la précaution de faire une assemblée des marguilliers dans

laquelle cette translation sera décidée. J'espère que vous n'éprouverez pas grand obstacle à régler cette petite difficulté.

Je suis bien cordialement, Monsieur,

Votre obéissant serviteur,

t JOS. Archevêque de Québec.

En conséquence, une assemblée des marguilliers fut convoquée. En voici le procès-verbal, tel que couché dans le livre des délibérations des missions.

A une assemblée des marguilliers de Saint-Christophe il a été décidé, d'après le consentement de la majorité des marguilliers présents à la dite assemblée, qu'ils consentaient et désiraient que tous les effets appartenant à la mission de Saint-Christophe fussent transportés au nouveau presbytère-chapelle.

(Signé) LOUIS GARNEAU,

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