‹ Les Bois-Francs (volume 3)Chapitre 76 sur 127 · FRERE JUSTIN · texte numérisé non relu

FRERE JUSTIN

1862. — Entrée au Noviciat de Paradis.

187t. — Directeur à la Nouvelle-Orléans.

1872. — Directeur à Vincennes.

1874. — Directeur à Indianapolis.

1881. — Directeur à St-Romuald.

1883.— Directeur au Collège d'Arthabaska.

1885. — Directeur à la Baie St-Louis.

1887. — Directeur à la Nouvelle-Orléans. 1896. — Directeur à Magog.

1897. — Directeur à Ste-Anne.

1912. — Directeur à Arthabaska.

1917. — Collège de Victoriaville.

Fêtes mémorables à Victoriaville

LES 25 et 26 AOUT 1923

AMEDI soir, le 25, la population de Victoriaville s'était portée à la gare du Grand Tronc pour recevoir son évêque. Sa Grandeur Mgr J.-S.H. Brunault, évêque de Nicolet. Plusieurs dignitaires ecclésiastiques et l'élite des citoyens de la ville se pressaient sur le quai de la gare pour accueillir le distingué visiteur qui se mêla à la foule aux accords harmonieux d'une joyeuse fanfare dont les mélodies étaient rithmées par les acclamations de la foule.

De la gare au presbytère, ce fut une processic n triompjiale, à travers une haie humaine, et des milliers de flambeaux. Au-dessus de ce décor féerique, planait la grande voix des cloches qui chantaient elles aussi leur chant de triomphe et de victoire ; car, en effet, cette première démonstration était le prélude significatif d'une fête de famille où le plus aimé des pères allait recevoir un titre dont la gloire devait rejaillir sur le diocèse, et en particulier sur Victoriaville.

Le premier exercice public, et officiellement religieux, fut la réception de l'évéque dans l'église paroissiale. A la porte d'entrée, Mgr Milot, précédé de la croix, des

acolytes et de tous les enfants de chœur, accueillit Sa Grandeur. Tous se rendirent processionnellement dans le sanctuaire.

A rissue de la procession, M. Camille Duguay entonna le Magnificat, répété par au-delà de deux mille poitrines enthousiastes. L'honorable Paul Tourigny, Conseillé Législatif, s'avança alors dans le chœur et lut une adresse de bienvenue.

A Sa Grandeur Monseigneur

Joseph-Simon-Hermann Brunault,

Evêque de Nicolet.

Monseigneur,

La présence de Votre Grandeur au milieu de nous remplit toujours nos cœurs d'une bien douce joie. Cependant, c'est avec une particulière allégresse que nous joignons aujourd'hui notre humble note au concert qui salue notre évêque, après une absence prolongée que l'angoisse a rendue, pour nous, plus longue encore.

Dans ce voyage Ad Limina vous avez, pour ainsi dire. Monseigneur, resserré et fortifié les liens sacrés qui nous unissent au centre de l'unité catholique, et des yeux de notre foi nous voyons briller plus radieuse sur votre front l'auréole du délégué de Pierre. Outre les biens qui découlent toujours de la bénédiction épiscopale. Votre Grandeur nous apporte, en ce jour, les largesses de Rome. Aussi, par toutes ses voix, notre paroisse en fête chante son bonheur et bénit le ciel d'avoir ramené sain et sauf au milieu de ses enfants le chef vénéré du diocèse de Nicolet.

MGR ONIL MILOT, Prélat de Sa Sainteté

A cette joie, Monseigneur, se mêle un sentiment de gratitude profonde à l'égard du Saint-Père pour le titre glorieux qu'il confère à Monseigneur Onil Milot, notre pasteur bien-aimé. Grâce soit donc rendue au Pontife qui daigne ainsi consacrer les mérites d'un prêtre éminent ! Grâce vous soit rendue aussi. Monseigneur, puisque, au manteau du prélat, a'^ous ajoutez l'hermine du chanoine ! Dans votre judicieux discernement des hommes, vous avez voulu vous assurer la collaboration d'un conseiller de grande vertu, de longue expérience, et que caractérise un dévouement sans bornes à l'Eglise et à la personne de son évêque.

De tels honneurs, si mérités qu'ils soient, pèseront peut-être aux humbles épaules du nouveau dignitaire ; mais nous, ses heureux paroissiens, nous, les bénéficiaires de son zèle, nous applaudissons au choix du pape et de Votre Grandeur, car il comble les vœux de notre reconnaissance pour le père de nos âmes. Ces faveurs nous sont une preuve nouvelle de la maternelle prédilection de l'Eglise et nous incitent à redoubler envers elle de filial amour. La soumission à ses ministres, le respect de ses saintes lois fut notre sauvegarde dans les épreuves du passé. Comment ne verrions-nous pas toujours en elle le phare lumineux qui doit nous guider parmi les tempêtes du présent et nous conduire au port du salut ?

Pénétrés de ces sentiments, les paroissiens de Victoriaville offrent au ciel leurs ardentes prières pour l'Eglise, pour notre Saint-Père le Pape et pour l'Evêque de Nicolet. D'une commune voix ils redisent à l'envie ces vœux qui

jaillissent spontanément de leurs cœurs : Gloire à notre glorieux Pontife, Pie XI ! Bonheur et longue vie à notre évêque, son digne représentant !

Après avoir imploré votre précieuse bénédiction, nous vous prions. Monseigneur, d'agréer l'humble hommage de profonde gratitude et de respectueuse obéissance que déposent aux pieds de Votre Grandeur, les paroissiens de Ste- Victoire et de Victoriaville.

Sa Grandeur en profita pour dire combien elle était heureuse de se retrouver près de son ami de cœur, Mgr Milot, et de ses paroissiens. D'une voix vibrante où perçait l'émotion, il raconta brièvement son entrevue avec le Saint-Père, lors de son voyage " ad limina ", au cours de laquelle il obtint de multiples faveurs et privilèges dont celui de la nomination de Mgr Onil Milot à la prélature romaine. Cette nouvelle, qui était déjà officielle, et qui tombait maintenant des lèvres de l'évêque, inonda tous les cœurs de joie, étant une magnifique préparation à la fête du lendemain.

La fête si bien commencée samedi s'est continuée dimanche avec entrain.

A sept heures et demie, l'église paroissiale était remplie de fidèles, désireux d'assister à la messe de leur premier Pasteur. La grande majorité s'approchèrent de la Table Sainte, avec ferveur, pendant qu'à l'orgue, un magnifique programme musical fut exécuté par Mlle Simonne Audet et M. Camille Duguay, aidés du chœur des Congréganistes de la Sainte Vierge.

A neuf heures et demie, eut lieu l'importante cérémonie de l'investiture avec toute la solennité du cérémonial

approprié. L'évêque de Nicolet remit lui-même le bref Papal entre les dignes mains de Mgr Milot qui, les yeux remplis de larmes et la voix tremblante d'émotion, remercia avec effusion la main qui le lui tendait.

Mgr Milot se dirigea ensuite vers l'autel pour remercier le Seigneur des faveurs insignes qu'il venait de recevoir.

Il était assisté à l'autel par les RR. MM. Emile Lassonde et Rosario Faucher. L'office divin fut des plus imposants. A l'orgue, un chœur puissant, sous la direc-tion conjointe de MM. Lucien Daveluy et du notaire J. Désilets, avec Mlle Simonne Audet comme accompagnatrice, rendit avec brio la messe Capocci, avec le concours de la petite maîtrise de l'Académie Saint-Louis de Gonzague, des RR. FF. du Sacré-Cœur, sous la direction du R. F. Charles-Henri.

Le sermon de circonstance fut fait par M. O. Papillon, curé de Saint-Eusèbe de Stanfold. Le prédicateur, avec toute l'éloquence qu'on lui sait, développa le sujet si bien approprié à la manifestation de ce jour : " Ce qu'est le prêtre et principalement le prêtre-curé ". Il nous montre le prêtre des premiers temps de la colonie, le prêtre aidant le colon dans son œuvre d'agrandissement de la patrie, le prêtre toujours à la tâche, aimant sa paroisse, aidant, consolant ses paroissiens, voulant leur bonheur et partageant leurs peines. Il fait dans ce tableau bien vivant le portrait de celui qui est l'objet de la belle démonstration de ce jour.

A l'issue de la messe, son Honneur le maire J. B. Drouin, ayant à ses côtés le maire de Sainte-Victoire, présenta les hommages des paroissiens au nouveau dignitaire.

Monseigneur,

Les paroissiens de Victoriaville attendaient avec une respectueuse impatience l'occasion qui leur est faite aujourd'hui de rendre leurs hommages à leur vénéré pasteur que Sa Sainteté vient de décorer des insignes de la Prélature romaine.

Nos âmes sont remplies d'allégresse et font monter vers Dieu de ferventes actions de grâces.

.Votre élévation à la dignité de Prélat domestique n'est pas due au hasard des circonstances, mais n'est que la récompense de votre long et fructueux apostolat. En cette paroisse, moins qu'ailleurs, elle n'a nullement provoqué la surprise.

Tous ceux qui savent rendre quelque hommage au dévouement, à l'intelligence et à la vertu ont applaudi à des honneurs décernés si à propos ; le diocèse tout entier et le clergé plus spécialement juge excellent en l'occurence, s'est réjoui et vous félicite.

Dans ce concert de louanges, la part première revenait de droit à vos paroissiens très attachés et très aimants. Ils tiennent à vous offrir, les premiers, leurs félicitations enthousiastes. N'ont-ils pas été depuis près de quinze ans les témoins et les bénéficiaires de cet apostolat aujourd'hui couronné ?

Oui, Monseigneur, ce titre et ces insignes de prélat

ont une signification très spéciale à nos yeux : ils évoquent tout un passé de surnaturel labeur, ils font défiler dans notre mémoire le cortège des œuvres et des bienfaits sans nombre dont vous avez gratifié notre paroisse ; ils sont la proclamation de tant de travaux admirables entrepris et menés à bonnne fin, pour le bien des âmes et la gloire

en

de Dieu. Nous craindrions de froisser votre modestie, Monseigneur, en dénombrant ici toutes ces œuvres qui ont illustré votre séjour parmi nous.

Néanmoins il nous faut rappeler l'esprit paroissial, ce groupement des familles autour du Sanctuaire et autour du pasteur. C'est à cette tâche ardue que votre cœur d'apôtre s'est adonné avec un zèle inlassable. Vous avez compris qu'il importait avant tout que vos brebis vous connussent pour se laisser guider et c'est pourquoi vous avez multiplié vos courses et visites à travers nos rangs. Vous accouriez partout où vous saviez une misère à soulager, une peine à consoler et c'est ainsi que vous vous attachiez les cœurs et les volontés pour les unir comme en un faisceau et réaliser cette admirable unité qui n'a jamais cessé d'exister entre vous et vos paroissiens.

Votre sourire si accueillant, votre bonté et votre affabilité proverbiales, votre dévouement sans bornes et votre charité si large et si discrète vous ont vite montré à tous comme un père, un guide éclairé, un consolateur et un protecteur.

L'esprit de mesure, la persévérance, une énergie suave, et, par-dessus tout, des vues surnaturelles et désintéressées ont présidé à votre ministère et sont l'explication de sa fécondité.

Vous vous êtes vraiment fait tout à tous comme Saint Paul, pour nous gagner tous à Jésus-Christ, et vous avez été dans toute la vérité de l'expression, la puissance qui vient de Dieu et qui conduit à Dieu.

L'âme du prêtre n'a de grandeur qu'en fonction de l'Eucharistie, et votre âme, Monseigneur possède toutes

les caractéristiques que le pape de l'Eucharistie, Pie X de vénérée mémoire, aimait à voir briller dans la vie du prêtre.

Nous le savions ; toutes les œuvres de votre vie sacerdotale le proclament ; mais il en est une qui, plus que toutes les autres, le prouve et nous nous en voudrions de ne pas la rappeler ici ; ce sont les solennelles assises Eucharistiques de 1918. Alors les populations voisines et les paroissiens de Ste-Victoire, conduits par un Cardinal, par notre Evêque et le clergé, firent à Jésus-Christ, à Jésus-Hostie un immense triomphe. Ce triomphe. Monseigneur, fut votre œuvre la plus glorieuse, et les innombrables bénédictions que ces grands jours de grâces valurent à la paroisse sont votre récompense et votre gloire.

Pour toutes ces raisons, Monseigneur, le Père commun des fidèles a voulu vous honorer. Qu'il soit béni ! Qu'il soit béni dans la joie qu'il nous donne.

L'honneur qui vous est fait en ce jour vous auréole à nos yeux de tous ces mérites et de tant d'autres que la discrétion nous a fait laisser dans l'ombre. Cet honneur ne fait qu'accroître le respect, la docilité et l'attachement à votre personne de tous vos fils respectueux et reconnaissants.

Page 1