DE BLANDFORD
Ulric, né le 16 juillet 1899.
Adrien, né le 21 avril 1901.
Louis Arthur, né le 7 juillet 1902, marié à Victoriaville, le 8 septembre 1924, à Angéline Lambert, fille de Ephrem Lambert et de Léda Spénard.
Charles-Edouard, né le 22 octobre 1903.
Lucien et Lucienne (jumeaux), nés le 31 mars 1905.
Athanase, né le 2 mai 1906.
Armand, né le 27 mars 1912.
Ecoutons maintenant un poète de chez-nous, M. Alphonse Désilets, (1) chanter les mérites et la gloire du patriarche des Bois-Francs :
(1) Les poètes des Bois-Francs. — Parmi les fils de ce coin de terre qui ont tenu à célébrer leur petite patrie, par la poésie, nous avons cité déjà l'un des plus illustres, le très regretté et très aimé barde d'Artbabaska, M. Adolphe Poisson.
L'auteur du poème à Charles Héon inséré dans le présent volume, M. Alphonse Désilet, est un autre enfant des Bois-Francs. Il est de la jeune génération. Né à Victoriaville en 1888, de M. Théode Désilets, manufacturier, et de Dame Virginie Hamelin, il fit ses études primaires et commerciales au Collège du Sacré-Cœur de Victoriaville, ses études classiques au Séminaire de Nicolet, et ses études agricoles à l'Institut d'Oka et au collège agricole de Guelph, Ont. Gradué de l'Université de Montréal en 1914, et promu ingénieur-agronome, il occupe, au Ministère de l'Agriculture de Québec, le poste de Directeur de l'Economie Domestique, de cours Agricoles et Ménagers et des Cercles de Fermières. Il fut chargé par le gouvernement provincial de représenter la Province dans la Mission Canadienne en France et en Belgique de juin à novembre 1923.
Fondateur de la revoie féminine rurale " La Bonne Fermière ", dirigée actuellement par sa femme (née Rollande Savard, fille aînée du Dr Edmond Savard, M. P., de Chicoutimi), et collaborateur assidu de plusieurs journaux et revues techniques et littéraires, M. Alphonse Désilets est déjà l'auteur de plusieurs ouvrages :
" H-pures Poétiques", poésies, préface d'Adolphe Poisson, publiées en 1910; "Mon Pays, mes Amours", poésies, préface d'Albert Ferland, publiées en
1914 ; " Dans ia Bri&e du Terroir ", poésies, prix d'Action Intellectueilc, 1922 ; "Au Pays des Erables", étude générale sur la Province de Québec, édition
de luxe, tirée à 16,000 exemplaires et distribuée en France et en
Belgique en 1923.
" Pour la Terre et le Foyer ", étude d'économie rurale et domestique,
publiée à Québec en 1925.
M. ALPHONSE DESILETS
CHARLES HEON
A la glorieuse mémoire du premier colon des Bois-Francs, à l'occasion de son centenaire.
Les morts sont trop vite oubliés. Ceux qui partirent En laissant derrière eux l'exemple des vertus. Pour que leurs descendants fidèles s'en inspirent, Ont droit au souvenir qui ne s'efface plus.
O pays que j'adore, à qui je dois mon âme. Je n'ai pas oublié le merveilleux récit Que les anciens m'ont fait, et si je me réclame De tes fils, je suis fier de t'en dire merci.
En ce temps-là, les vieux étaient mélancoliques ; Le regret coutumier d'avoir été conquis. Le vouloir malcontent de leurs cœurs héroïques Avaient terni Téclat de leur sourire exquis. Trop près encor des jours de deuil et de défaite. Ils voulaient fuir le voisinage des vainqueurs Et malgré le loyal accueil à la paix faite. Un peu de désarroi hantait encor les cœurs. Or, Dieu voulait garder au sol les doux ancêtres. Et pour mieux relever leurs fronts endoloris Il ouvrit devant eux les horizons champêtres Au delà des monts bleus et des bastions gris.
Aux quatre vents du ciel, en terre canadienne. Le colon s'achemine. Et la cognée au poing Il trace les chemins du Roy, par où s'en viennent Les laboureurs nouveaux qui ne fléchiront point.
Il en fut un, parmi ceux-là, dont le mérite Fut couronné d'une moisson de fiers lauriers : Charle Héon, dont l'histoire émouvante est écrite
Au soleil des Bois-Francs, ses bois familiers
Animé de l'élan qui pousse les apôtres
Il quitte la douceur paisible d'un vieux toit
Et s'enfonce dans l'ombre où, pour l'amour des autres.
Les généreux s'en vont pleins d'espoir et de foi....
Qu'importe l'inconnu des froides solitudes
Et le danger qui s'offre à chaque pas ? Il part.
Ayant au fond du cœur la sainte quiétude
De la mission qu'il faut remplir en quelque part.
Il rêve d'un sol vierge et riche où le blé croisse
Le long d'une rivière au capricieux cours ;
Il rêve au clocher blanc d'une jeune paroisse
Qui redira les angélus de Bécancour.
Malgré les siens, malgré les multiples obstacles
Que la distance ajoute à son isolement,
II n'a d'autre idéal que l'idéal spectacle
D'une terre nouvelle et d'un nouveau froment....
Bientôt s'élève, en la forêt, la maison neuve. Sa femme, ses enfants, de fidèles amis. Animent le silence et l'ombrage où s'émeuvent Les échos étonnés des grands bois endormis. Mais les bruits grandiront de la rumeur humaine Car le courage ardu des esprits créateurs Est un étrange aimant et dont l'exemple entraîne Les nobles volontés et les jeunes ardeurs. D'autres foyers surgis, autour de sa demeure, Renforcent le concert des voix qui font chorus. Et durant que grandit l'horizon, d'heure en heure. Les blés montent du sol, droits, généreux et drus. Demain, sur les Ecarts, on entendra la meule Ronronner la chanson du meunier farinant Et Marie-Anne ne viendra plus jamais seule Attacher son ânon au moulin du Sault-Blanc.
Vienne ensuite l'épreuve et le pain noir qu'on mange. Les francs colons de Saint-Louis béniront Dieu, Sachant bien que la peine en délice se change Pour qui se fie en Lui dans tout temps et tout lieu.
Or, depuis ce temps-là, sur les routes tortues.
Soit que l'hiver y jette un tapis de duvets
Ou que Tété les ait de mousse revêtues.
Par les jours de soleil ou par les soirs mauvais.
Les habitants s'en vont, sur des charrettes bleues,
De Nicolet, par Bécancour, à Saint-Louis ;
Chemin faisant, et pour oublier les lieues
Ils chantent les refrains qu'ils ont jadis ouïs.
Car, en songeant aux vieux, aux colons admirables,
Aux apôtres d'antan, aux pionniers hardis,
Ils jalousent un peu ceux-là dont on a dit :
Ce sont ceux des Bois-Francs, du pays des érables.
O père, ô fondateur de mon pays natal.
Tes fils n'ont oublié ni ton nom, ni ta gloire.
Or, dans le pur granit et le noble métal
Ils graveront en lettres d'or ta noble histoire.
Pour que les descendants d'une race de preux Conservent, sans forfaire, un si cher héritage Il faut que parmi nous ton front majestueux Rappelle les vertus puissantes d'un autre âge. ^ Nous te verrons debout, de même qu'autrefois.
Et dans les jours de deuil, si notre espoir chancelle.
Tu nous ranimeras du geste et de la voix
Car ta voix est pour nous, désormais, immortelle.
ALPHONSE DESILETS.
Québec, mai 1925.
La poésie a chanté harmonieusement les grands exploits, les actes de vaillance de Charles Héon, l'ancêtre des défricheurs des Bois-Francs. Bientôt luira le jour où, en face de la demeure qu'il a habitée jusqu'à son dernier soupir, nous verrons le nom de ce grand patriote incrusté dans le bronze. La reconnaissance nous en fait un devoir impérieux.
Monsieur Horace St-Germain, (1) dans une lettre qu'il a publiée dans le cours de l'été dernier, a énoncé admirablement bien les raisons qui militent en faveur du monument Héon.
St-Hyacinthe, 6 juin 1.925.
M. le Rédacteur,
'' L'Union des Cantons de l'Est ", Arthabaska, Que.
Monsieur le Rédacteur,
J'ai pris connaissance, avec beaucoup de plaisir, des articles de votre journal se rapportant au projet de fêter le centenaire de fondation des " Bois-Francs " par Charles Héon, et d'ériger un monument à ce dernier.
J'approuve sans réserve ce projet et je crois que cette approbation reflète l'opinion de tous ceux qui, comme moi, sont originaires des " Bois-Francs ".
Je ne suis pas ce qu'on peut appeler un contemporain de Charles Héon, mais j'ai eu l'honneur de le connaître dans mon enfance. J'ai dit " honneur " parce que c'en est un. On se targue du plaisir et de l'honneur d'être présenté aux personnages importants et aux visiteurs distingués. Pourquoi ne serions-nous pas fiers d'avoir connu Charles
(1) Monsieur Horace St-Germain est né à St-Louis de Blandford. Il est le fils de Monsieur Hyacinthe St-Germain, auteur de la "Vie de Charles Héon *'. Monsieur Horace St-Germain est aujourd'hui notaire à St-Hyacinthe.
Héon, ce pionnier de la colonisation, dont le dévouement à la race et l'esprit de sacrifice ont permis l'établissement d'une région de grande valeur et habitée aujourd'hui î)ar une population considérable ?
On ne peut nier que l'Acte de Charles Héon s'avançant en pleine foret, fondant son établissement agricole à la rivière " des Ecarts ", a été le point de départ de la colonisation d'un territoire formant actuellement plusieurs riches paroisses.
Votre journal l'a noté, M. le rédacteur : aujourd'hui on étudie la question de la colonisation des parties peu connues du Québec ; on s'efforce d'attacher à la terre le cultivateur de cette Province ; on l'invite à fonder de nouveaux établissements pour absorber le trop plein de certaines de nos paroisses ; on offre des primes aux défricheurs et aux colons. Pourquoi ne pas consacrer par des monuments et des faits concrets l'énergie indomptable, le désintéressement vraiment sublime des anciens colons, pour prouver à ceux d'aujourd'hui que notre population apprécie comme il convient l'œuvre des devanciers ?
A mon sens, l'initiative de ces mouvements de reconnaissance appartient à notre gouvernement provincial, et il n'aura pas de reproches pour les quelques centaines de dollars qu'il pourra dépenser à ces fins.
Il appartient à la population des " Bois-Francs " de pétitionner dans ce sens, d'indiquer aux gouvernants ce qu'elle veut et pourquoi elle le veut, et je suis assuré que sa demande sera entendue, que le mouvement prendra corps et que bientôt nous verrons s'élever s,ur les bords
de la rivière Bécancour, à l'endroit du premier arbre abattu par Charles Héon, le monument de ce dernier.
Merci de votre hospitalité, M. le directeur, et croyezmoi.
Votre tout dévoué,
HORACE ST-GERMATN.
Je n'ai pas eu le bonheur, comme Monsieur Horace St-Germain, de connaître personnellement Charles Héon ; car lorsque je suis arrivé curé de Saint-Louis, en 1886, il y avait quatre ans qu'il était descendu dans la tombe ; mais, en maintes circonstances, j'ai entendu les anciens me parler très élogieusement de ce vénérable vieillard. J'ai connu personnellement quatre de mes prédécesseurs à St- Louis : Messieurs Ovide S. de Carufel, Charles Bellemare, Henri Julien et P. G. Brunel. Chaque fois que j'eus l'occasion de leur parler de Charles Héon, toujours ils furent unanimes à me dire que le fondateur de la paroisse était un parfait chrétien, croyant et pratiquant, un citoyen honnête et intègre, que ses co-paroissiens avaient pour lui une grande vénération. Le jour des funérailles de Charles Héon, Monsieur l'Abbé P. G. Brunel fit publiquement son éloge. Voilà, n'est-ce pas ? des témoignages qui parlent bien haut en faveur de celui que la divine Providence avait choisi pour être le premier colon des Bois-Francs. C'est donc à bon droit que Monsieur Hyacinthe St-Germain, co-paroissien et contemporain de Charles Héon, lui décerne le titre de héros, de grand patriote. La vie de
labeurs et de sacrifices qu'il a menée, les actes vraiment sublimes qu'il a accomplis, lui ont amplement acquis ces titres.
C'est pour lui rendre les honneurs qui lui sont dus qu'en cette année du Premier Centenaire des Bois-Francs on a agité la question de lui élever un monument à l'endroit où il vécut et où il est mort.
J'ai formulé au commencement de ce chapitre les raisons qui militent en faveur du monument Héon ; mon phs grand désir est de voir la réalisation de ce projet auquel je m'intéresse bien cordialement.
Malgré la bonne volonté, le zèle et le dévouement d'un certain nombre de personnes, le monument Héon, n'est pas encore un fait accompli, mais il se fera .... Autrement, il faudrait croire que le sentiment de la reconnaissance a fait naufrage ; certaines difficultés survenues vont disparaître, les subsides ne tarderont pas à venir, et alors les désirs de tous se réaliseront : Charles Héon aura son monument.
Puisse ce chapitre de notre histoire régionale, consacré à la mémoire de notre héros défricheur, contribuer à faire surgir le bronze destiné à immortaliser son souvenir !
Charles Héon a laissé dans la paroisse qu'il a fondée deux monuments : le premier, la terre qu'il a commencé à défricher en 1825 et que ses descendants conservent bien pieusement, le second, c'est la chapelle qu'il a bâtie en 1835. Malheureusement, elle n'est plus. Elle fut la proie des flammes le 31 août 1913.
C'est pour en rappeler et perpétuer le souvenir qu'un des poètes des Bois-Francs, Monsieur Albert Lemieux, a voulu composer une charmante et suave poésie. La poésie, seule, pouvait chanter dignement cette vénérable disparue.