L'ALLOCUTION FUNEBRE DE MGR DE NICOLET AUX FUNERAILLES DE MGR SUZOR
Suscitabo mihi sacerdotem fidelem qui juxta cor meum et animum meum faciet.
Je me susciterai un prêtre fidèle qui se conduira en tout selon mon cœur et mon bon plaisir. I Reg. II 35.
^esseigneurs,
Mes frères.
Le plus beau présent que le ciel puisse faire à la terre, Gst un saint prêtre qui par ses prières appelle les bénédic-
tions de Dieu sur les peuples et détourne les fléaux de sa justice ; qui par son zèle enseigne à Tenfance et à la jeunesse les saines doctrines et les prépare ainsi à servir noblement la religion et la patrie, qui par ses exemples prêche la vertu encore plus que par ses paroles, qui par sa charité soit le frère des pauvres et le consolateur des affligés, le guide des consciences et le sanctificateur des âmes : un saint prêtre qui par sa conduite soit ce ministre fidèle, expression vivante et digne représentant de Tamour de Dieu pour les hommes : Suscitabo mihi sacerdotem fidelem qui juxta cor meum et animum metim faciet.
Nous rendons présentement nos derniers devoirs au doyen des prêtres de ce diocèse, à un véritable Prélat, qui a passé les 39 dernières années de sa longue carrière au milieu de nous ; vous Tavez vu à Toeuvre et vous Tavez suivi du regard dans sa pieuse solitude ; n'est-il pas vrai, mes frères, qu'en entendant énoncer les caractères du bon prêtre, vous dites au fond du cœur : '' C'est là Monseigneur Suzor, tel que nous l'avons connu, tel qu'il s'est montré partout et toujours ".
Vous avez eu raison de le proclamer bien haut, M. le Curé de la Cathédrale, au prône de la messe, dimanche dernier ; c'est une belle et grande figure sacerdotale qui disparait de Nicolet ; le regretté défunt dont la mort nous plonge tous dans le même deuil et la même douleur, fut l'homme de Dieu par excellence, l'homme de la prière et de la parole, l'homme des bons exemples ,rami des pauvres, le consolateur des affligés et un sauveur d'âmes ; aussi remarquable par la dignité qui le distinguait que par l'esprit ecclésiastique qui chez lui ne s'est jamais démenti, il
fut, dans toute la force du mot, ce prêtre fidèle que le Seigneur s'est suscité pour son honneur et qui a rempli son ministère selon le Cœur de Dieu et selon les desseins de son amour : Suscitaho mihi sacerdotem fidelem qui jiixta cor meum et animum meum faciet. Il a réalisé à la lettre cette parole de nos Conciles : Liber laiûrum, vita sacerdotum.
Aussi ses jours ont-ils été trouvés pleins devant le Seigneur : dies pleni invenientur. Monseigneur Philippe- Hippolyte Suzor s'est éteint pieusement et doucement, à la première heure de la nuit du 6 octobre, dans la 92e année de son âge et la 69e de son sacerdoce, muni des Sacrements de la Sainte-Eglise, et le sourire de la confiance et d'une amoureuse résignation sur les lèvres : Cum tempiis propinqiiae mortis advenerit, de gloria retribittionis hilarescit (Justiis), S. Grég.
Sa prière de tous les jours était exaucée : Seigneur, répétait-il souvent, ne me rejetez pas dans le temps de ma vieillesse, et maintenant que ma force s'est affaiblie, ne m'abandonnez pas : Ne projicias me in tempore senecUttis : Cum defecerit virtus mea, ne dereliquas me (Ps 70) ; que je meure de la mort des justes : Moriatur anima mea morte justoruni (Num. XXIII, 10) ; la gloire de Dieu lui était apparue : Satiabor cum apparuerif gloria tua (Ps. XVI, 15).
A son honorable famille si profondément affligée, aux bonnes Sœurs de l'Assomption de la Sainte Vierge qu'il a tant aimées et qui s'estiment heureuses d'avoir pu l'entourer de leurs meilleurs soins pendant plus de 27 ans, au clergé du diocèse qui l'a toujours tenu en si haute véné-
ration, à ses nombrex amis, à vous tous, mes frères, ses chers paroissiens d'autrefois, nous offrons nos plus vives et nos plus sincères sympathies. Sa mémoire vivra dans tous les cœurs : In memoria aeterna erit justus.
Pour nous, nous aimerons à nous rappeler le souvenir
de ses vertus et des importants services dont lui est redevable TEglise nicolétaine, son admirable charité envers nos différentes institutions, la distinction de ses manières, sa belle éducation de famille, et Texquise délicatesse qu'il nous témoigna toujours. A nos yeux, il restera le prêtre modèle, par son zèle à annoncer la parole de Dieu, par la dignité qui l'accompagnait à l'autel : In ascensu altaris sancti, gloriam dcdit sanctitatis amictum.
Issu de l'une de nos meilleures familles du vieux Québec, élève du Séminaire de Québec et Congréganiste, prêtre ordonné par Monseigneur Turgeon, l'ami de cœur du Cardinal Archevêque de Québec, Monseigneur Suzor a toujours eu comme deux patries également chères : Nicolet et Québec ; il est vrai qu'il a dépensé toute son énergie sacerdotale dans les diocèses des Trois-Rivières et de Nicolet, qu'il nous a donné sa vie et ses labeurs, mais il est vrai aussi qu'il est toujours demeuré attaché à son sol natal et qu'il a toujours entretenu dans son âme le culte du souvenir et de ses premières affections.
Il est de mon devoir, Mgr le Recteur, en ce jour de deuil pour toute la famille nicolétaine, de vous exprimer, de même qu'à vous, M. le Chanoine qui représentez Son Eminence, la consolation et la joie que nous apporte votre présence au milieu de nous.
Aussi longtemps que Tétat de sa santé le permit, le distingué Prélat occupa des postes de confiance dans son diocèse et il fut, jusqu'au dernier jour de sa vie, l'homme d'honneur de son Evêque. Nommé à la cure de Saint- Christophe d'Arthabaska avec desserte de Saint Médard de Warwick et de toute la vallée de la Rivière au Loup, les Cantons de l'Est lui fournirent un théâtre digne pour l'exercice de son zèle apostolique ; elles sont nombreuses aujourd'hui les paroisses érigées sur le territoire qu'il a jadis arrosé de ses sueurs, fécondé de son éloquente parole et par de saints exemples ; plus nombreuses encore les paroisses qui ont relevé de son action comme vicaire Forain à Arthabaska. Et vous connaissez, mes frères, l'influence, toute de foi et de religion, qu'il lui a été donné d'exercer dans la direction de cette excellente paroisse de Nicolet, comme dans l'organisation de notre jeune et florissant diocèse. Mais pourquoi nous étendre davantage sur un sujet qui se prêterait pourtant à d'amples, intéressants et édifiants développements ? Ne sont-elles pas dans la pensée d'un chacun d'entre nous les œuvres grandes et saintes que l'illustre et regretté défunt a opérées dans nos Cantons de l'Est, à Nicolet et dans tout le diocèse ? D'ailleurs, la considération dont il a été l'objet de la part de l'Evêque, la haute dignité qu'il a reçue du Saint-Siège, est-ce que cela ne suffit pas à proclamer éloquemment les mérites et la valeur de cet homme de Dieu, de ce vrai prêtre du Seigneur ? Dès les premiers jours de son arrivée à Nicolet, en 1885, Monseigneur Gravel, de douce et vénérée mémoire, le choisit, aux acclamations du clergé et du peuple, pour son Vicaire Général ; plus tard, à trois
reprises différentes, il lui confie Tadministration de son diocèse : comme dernier témoignage d'estime et de reconnaissance, il lui obtient du Saint-Siège, à Toccasion de ses Noces d'Or sacerdotales, une haute Prélature Romaine, et, tous deux, l'Evêque fondateur et Nous son humble successeur, pour honorer, autant qu'il nous est possible, sa pieuse et sainte retraite, nous lui décernons le titre de Vicaire Général Honoraire, qu'il emporte avec lui dans la tombe.
Et ces hauts dignitaires ecclésiastiques, ces représentants des différents ordres religieux de nos principales maisons d'éducation, ce nombreux clergé, ces citoyens d'élite accourus de partout, tous sont ici pour attester que Mgr Philippe-Hippolyte Suzor a été ce prêtre fidèle que le Seigneur s'est suscité au milieu de nous pour la gloire et l'honneur de son nom, et que sa mémoire aura franchi l'espace du temps pour pénétrer les cieux et l'éternité : In memoria aeterna erit justus.
Ce bon et vénérable vieillard, nous ne le verrons plus, mes frères, figurer dans notre sanctuaire, assister à nos fêtes religieuses, se traîner à l'église pour sa visite au T. S. Sacrement et prendre part à nos cérémonies funèbres ; il nous manquera beaucoup dans nos joies et dans nos deuils, mais nous pourrons le contempler, des yeux de la foi, assis dans la gloire de l'immortalité.
Ce bon et véritable vieillard, il s'en est allé avec des signes certains de prédestination : il a aimé la Sainte Vierge comme un fils bien né aime la plus belle et la meilleure des mères ; ses Noces d'Or de Congréganiste, il les
avait célébrées, dans le temps, avec la même solennité que ses Noces d'Or sacerdotales ; il a aimé l'Eglise jusqu'au point de vouloir mourir pour la délivrance et la victoire de son chef. Dès les premiers cris d'alarme poussés par Pie IX, il acceptait de devenir l'aumônier du quatrième régiment de nos zouaves pontificaux, qu'il accompagna jusqu'à Rome. La mort ne l'a pas surpris, puisqu'il l'attendait avec calme et confiance depuis bien longtemps et qu'elle l'a frappé à l'heure même où il venait de gagner l'indulgence des 40 Heures dans la pieuse chapelle de l'Assomption. Mais il faut être si pur pour voir Dieu face à face, pour jouir immédiatement de la récompense promise à celui qui aura soutenu le bon combat ! Qui sait s'il n'aura pas à passer par les flammes dévorantes du purgatoire ? Seigneur Jésus, écoutez la prière de votre Eglise que nous allons réciter dans un instant : '* N'entrez pas €n jugement avec votre serviteur. '' Commandez à vos Saints Anges de recevoir dans leurs mains l'âme de votre serviteur Philippe Hippolyte, et de la porter dans le sein de votre ami le patriarche Abraham : et tout ce qu'elle a pu contracter de taches par les tromperies du démon, vous qui êtes compatissant et miséricordieux, daignez l'en purifier par le sang de Jésus-Christ Notre-Seigneur ".
Nous tous qui l'avons aimé et vénéré, prions, oui, prions avec l'Eglise. Vous surtout, ses filles de prédilections, ayez pitié de son âme, plongez-la tous les matins dans le Sang de l'Agneau, donnez-lui une part de vos mérités et de vos sacrifices, et puisqu'il a voulu dormir son dernier sommeil à l'ombre de l'humble croix de votre modeste cimetière, chaque fois que vous irez vous agenouiller sur
la tombe de vos chères défuntes, ne Toubliez pas ; vous lui ouvrirez ainsi les portes du ciel, de ce ciel si beau qu*il a désiré si vivement et pour lequel il a vécu ses 91 années de labeurs et de mérites.
Suscitaho mihi sacerdotem fidelem qui juxta cor meiim et animam meam faciet.
Puissions-nous apprendre de ce saint prêtre à bien vivre pour mourir comme lui de la mort des justes :
Moriatur mea anima morte justoriim, et fiant novissima horum similia.
Amen.
NOTICES BIOGRAPHIQUES DES SEIZE FONDATEURS DE ** L'UNION DES CANTONS DE L'EST "