BIOGRAPHIE DE M. L'ABBE ELIE DAUTH
L'abbé Louis-Elie Dauth était né à Ste-Anne de la Pérade, comté de Champlain, le 20 juin 1835, de Gaspard Dauth et de Julie Rousseau. Il fit ses études à Nicolte, oii il fut ordonné le 23 septembre 1860. Vicaire à Ste-(jeneviève de Batiscan (1860-1861) ; premier curé de 3t- Valcrc de Bulstrode, de septembre 1861 à la fin de décembre 1881 ; curé de St-Guillaume de 1881 à 1890.
L'ABBE ELIE DAUTH, premier curé de St-Valère de Bulstrode.
En 1890 et 1891 il fit un voyage en Palestine. A son retour, en 1891, il accepta la cure de St-Léonard d' Aston, devenue vacante par la mort de M. Tabbé Henri Julien. En 1899, il se retira du ministère et mourut à St-Léonard le 13 avril 1903.
M. Dauth était d'origine alsacienne.
Ayant l'assurance qu'ils auraient prochainement un curé résidant, les paroissiens de St-Valère se mirent immédiatement à Toeuvre et levèrent, sur le côté nord de ia rivière, une maison de 25 pieds par 30, environ, pour servir de logement à leur curé. Cette maison fut le presbytère de St-Valère jusqu'en 1902, alors que Monsieur Tourigny y bâtit le presbytère actuel.
En attendant que la maison en construction fût logeable, monsieur Dauth, se retira dans une partie de la chapelle. Inutile de dire qu'il devait être à l'étroit. Ce fut le sort de plusieurs missionnaires des Bois-Francs. N'ayant pas de presbytère, ils se faisaient une chambrette dans un coin de la chapelle, pour être à l'abri de la pluie et de la neige. N'est-ce pas de l'héroïsme ?
La petite chapelle, nous l'avons vu, était bâtie sur le côté sud de la rivière. Le 26 avril 1862, monsieur Dauth convoqua une assemblée pour la transporter du côté sud aucôté nord. On se rendit de bonne grâce aux désirs du curé.et les travaux de déplacement se firent par corvées et les dépenses payées par souscription volontaires. Elles fut fixée sur le 17e lot du lie rang, à deux arpents, à peu près, à Test de l'église actuelle.
Le site avait été choisi l'année précédente, par M.
Tabbé Pierre Bellemarre, vicaire, de 1860 à 1861, de M, le curé Suzor, à St-Christophe.
Il y avait déjà 25 ans que les premiers colons avaient commencé le défrichement des pointes de la rivière au loup, et cependant la population n'était encore que d'une quarantaine de familles. Il en coûtait aux gens des grandes paroisses du fleuve de venir vivre dans l'isolement, au milieu de Timmense forêt, privés de chemins, quelquefois même d'une nourriture confortable, exposés une partie de l'été à la morsure des maringouins.
Le travail du déboisement et les misères physiques ne les effrayaient pas absolument ; mais l'idée d'être éloignés du prêtre, ne le voyant qu'à de rares intervalles, au temps de la mission, était le grand obstacle pour un grand nombre.
La présence du ministre de Dieu va donner un nouvel élan à la colonisation. La messe à tous les dimanches, l'assurance d'avoir le prêtre au moment de la mort, sont un encouragement puissant, et les nouveaux venus se font nombreux.
Aussi en 1871, dix ans après l'arrivée de AI. Dauth. St-Valère compte 132 familles donnant 766 âmes : dont 743 catholiques et 23 protestants.
Le premier janvier 1862, M. Dauth convoqua une assemblée des nouveaux et anciens marguilliers et francstenanciers pour l'élection d'un nouveau marguillier. L'élu fut Noël Proulx. Monsieur Suzor avait donc fait l'élection d'un corps de marguilliers. Les noms des anciens marguilliers ne se trouvent pas dans les archives de la fabrique. Deux des premiers marguilliers du banc sont connus :
Godefroy Guévin et Isidore Desharnais. Un 1863, Stanislas Piché fut élu marguillier ; en 1864, Louis Lacharité ; en 1865, Moïse Houle ; en 1866, Moïse Hébert ; en 1867, Joseph Béliveau ; en 1868, Victor Lupien ; en 1869, Louis Bergeron ; en 1870, Philippe Houle ; en 1871, Grégoire Babineau ; en 1872, Olivier Piché ; en 1873, Adolphe St-Laurent ; en 1874, Jean Landry ; en 1875, Joseph Lambert ; en 1876, Joseph Bergeron ; en 1877, Olivier Béliveau ; en 1878, Denis Houle.
Le 6 mars 1866, Mgr Cooke évéque des Trois-Rivières, émit un décret permettant la construction d'une nouvelle église. A cette date, la population avait beaucoup augmenté et la petite chapelle était devenue absolument incapable de contenir tous les fidèles. Les travaux de réglise, confiés à M. Edouard Hamelin, commencèrent le 1er juin 1867. Cette église, bâtie en pierre, avait cent pieds de longueur sur cinquante de largeur et 34 de hauteur. Elle fut bénite par Mgr L.-F. Laflèche, coadjuteur de Mgr Cooke, le 17 mars 1868. Elle fut incendiée le 29 mai 1904. En 1876, la population était de 780 âmes, dont 8 protestants, cinq cents communiants.
En 1881, la population était de 913 âmes dont 15 protestants, 568 communiants, 159 familles, 122 cultivateurs et 37 non cultivateurs.
En 1861, monsieur Dauth avait trouvé à St-Valère une quarantaine de familles. Pendant les vingt années qu'il fut curé de cette paroisse, elle avait donc augmenté de près de cent vingt familles. Pour ceux qui connaissent le canton de Bulstrode, cette augmentation de colons est
vraiment surprenante et leur laisse entrevoir une cause effective.
Car si les pionniers de la première heure, les Landry, les Poirier, les Blanchet, les Bergeron, les St-Cyr, les Babineau, les Béliveau, les Hébert, purent se choisir des terres fertiles et bien boisées dans les pointes de la rivière au loup, il n'en fut pas de même pour tous ceux qui les suivirent. On connait les immenses savanes, les fondrières /^ d'une certaine partie du canton de Bulstrode. Que de drainages il a fallu faire pour les assécher et en faire des terres arables ! Qui va soutenir le courage, guider et faire persévérer ces valeureux colons aux prises avec ces mille et mille difficultés ? L'âme de ce travail colonisateur fut monsieur le curé Dauth. Il fut leur guide, leur soutien, leur modèle.
En effet, le premier curé de St-Valère, M. Dauth fut, au témoignage de tous ceux qui l'ont connu, un grand colonisateur, un modèle pratique de la culture de la terre. Il fut un apôtre du défrichement de la terre et de l'agriculture. Pour lui, la cause de la colonisation et de l'agriculture était une cause noble et nationale,et en la servant il croyait, avec raison, servir la religion et la patrie.
M. Dauth cultivait lui-même une terre à St-\"alère : prêchant par l'exemple, il encourageait par ses sages conseils le travail ardu du défrichement du sol.
L'exemple n'est-il pas l'apostolat le plus fécond, le plus efficace ?
Il instruisait ses paroissiens sur les méthodes les plus aptes à faire j^roduire la terre, afin d'arriver à un résultat
payant et consolant. Les bonnes récoltes, en effet, ne sontelles pas de nature à encourager le brave cultivateur qui se voit amplement rémunérer de ses labeurs et de ses travaux ?
En agissant ainsi M. Dauth marchait sur les traces de ces prêtres patriotes dont Mgr L.-A. Paquet fait l'éloge dans son ouvrage " Nouveaux Mélanges Canadiens ".
" Dès Taurore de notre vie nationale, dit-il, le curé canadien fut Tami fidèle, l'associé inséparable du colon. Notre système de paroisse, si fortement organisé, lui ouvrait sans doute la voie. Il y entra avec toute l'ardeur, toute l'opiniâtreté courageuse de l'apôtre qui voit, derrière des terres à conquérir, des âmes à sauver.
" Que de fois nos ancêtres, accablés de peines et de revers, eiîssent fléchi sous la tâche immense et eussent laissé choir la lourde cognée, si l'homme de Dieu et de la prière, plus fort que toutes les adversités, n'eût soutenu leur cœur ! Cet homme était un voyant.
" Par delà la forêt touffue, il distinguait l'horizon de nos lointaines destinées ; et sa confiance, par une intime et religieuse solidarité, retentissait en sa pensée comme une note d'espoir. Chaque sillon nouveau recueillait^ comme une semence, la grâce de sa parole.
'' Il n'y avait point pour lui de satisfaction plus vive, de joie plus réconfortante, que celle de baptiser le premier enfant des jeunes colons dont il avait béni le mariage et qu'il avait lui-même poussés dans les profondeurs de l'espace boisé ".
" Un ecclésiastique distingué, qui fut en même temps
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un dévoué missionnaire, ( 1 ) dit encore Mgr Paquet, nous a raconté par quelle série d'obstacles, de labeurs, de privations, durent passer les premiers défricheurs de ce qu'on appelait, il y a soixante ans, les Bois-Francs.
On sent dans ce récit Tâme du prêtre qui a vécu la vie de misère, d'intrépidité et d'espoir, de ceux dont il célèbre les hauts faits. Là où s'étalent sous nos yeux des campagnes riches de moissons et des villages tout grouillants de l'activité la plus progressive, c'était alors la savane, les fondrières, la forêt. L'âpre travail d'une part, le zèle apostolique de l'autre, ont tout changé, tout transformé ".
M. Dauth fut l'homme providentiel pour cette nouvelle paroisse de St-Valère. Son amour de la colonisation, secondé par les efforts des pionniers, ont transformé au prix d'incroyables sacrifices, les savanes, les frontières, en des champs où s'étalent les moissons qui font la joie, le bonheur de la génération actuelle.
L'action colonisatrice de M. Dauth ne se limita pas à sa paroisse. Elle se répandit au dehors. Il voulut bien donner plusieurs conférences agricoles en diverses paroisses. Il fut le précurseur pour ainsi dire de l'œuvre patriotique des missionnaires agricoles établie en 1895.
Même après avoir abandonné le ministère paroissial, monsieur Dauth,alors dans un âge assez avancé, se faisait un plaisir de se rendre aux invitations de ses confrères et allait, ça et là, faire des conférences d'un cachet tout à fait pratique, basées sur une expérience personnelle.
Voici d'ailleurs comment ces conférences furent appréciées du public.
(1) M. l'abbé Charles Trudelle, coré de Somerset.
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Dans le numéro de " TUnion des Cantons de TEst " du 1er décembre 1892, nous lisons :
" Il y a quelque temps, le Rév. Messire Dauth, curé de St-Léonard, cultivateur pratique de longue expérience, a donné une conférence agricole aux paroissiens de St- Valère de Bulstrode. J'ai entendu, dit un auditeur, bien des conférences données par des employés du gouvernement. Ils disent certainement des bonnes choses mais aucun ne produit la conviction comme le Rév. Messire Dauth, qui ne parle que de son expérience personnelle, que de ce qu'il a toujours fait et qu'il a fait encore cet été pour la mauvaise terre de la fabrique de St-Léonard, où. la belle récolte de grain, de légumes et de fourrages qu'il a eue, a convaincu les plus incrédules. Ses conseils sur l'agriculture sont tout à fait pratiques et d'application facile.
Quelques jours plus tard on écrivait de Stanf old : ( 1 ) *' Les cultivateurs de Stanf old qui sont allés à Victoriaville entendre la conférence du Rév. Messire Elie Dauth, curé de St-Léonard, en sont revenus satisfaits.
Ils n'ont rien entendu d'aussi pratique jusqu'ici, disent-ils. C'est l'expérience même qui parle par la bouche du savant conférencier. Il n'avance rien qu'il ne puisse démontrer et soutenir par les résultats pratiques qu'il a lui-même obtenus en cultivant avec méthode, avec intelligence et avec ordre une terre bien médiocre en elle-même. M. le curé de St-Léonard fait là une œuvre patriotique ; comme curé, il est réellement dans son rôle. Il comprend à merveille cette parole pleine de sagesse : '' que celui-là
(1) L'Union des Cantons de l'Est, numéro du 22 décembre 1892.
est un grand bienfaiteur de l'humanité qui fait pousser un grain de blé là où tout était stérile auparavant.
Aux cultivateurs intelligents maintenant à mettre en sérieuse pratique les conseils si sensés et si sages de monsieur Dauth. A cette heure d'épreuve où l'on entend dire sur tous les tons de la gamme des jérémiades, que l'agriculture ne paie plus, que les terres s'appauvrissent et ne produisent plus de blé, il convient de se remettre à l'œuvre et de montrer ce qu'un franc canadien peut faire pour augmenter la valeur de ses propriétés et rester chez lui au lieu d'émigrer ailleurs ".
Oh ! non, n'émigrons pas à l'étranger, notre province est assez grande pour que nous y vivions tous.
Ne désertons pas nos belles campagnes, sous le vain espoir de trouver mieux dans les grandes villes.
L'honneur d'habiter la ville et de demeurer dans une grande bâtisse, quel que soit le rôle qu'on y joue et la place qu'on y occupe, ne vaut pas le bonheur de voir la fumée de sa propre cabane. Nos jeunes campagnards ont tort, grandement tort, ne pas croire à la supériorité de celui qui possède sa maison et sa terre sur celui qui n'a pour toutes richesses que son salaire d'une semaine ; quels que soient les meubles de son salon loué et les beaux habits qu'il porte, ne vous laissez pas fasciner, éblouir par leurs beaux souliers vernis par le cireur du coin, par leurs beaux bas de soie, par leurs beaux habits de drap fin. C'est souvent tout leur avoir. Advienne l'adversité, il leur faudra aller f rapi)er à la porte des maisons de charité.
Si nous voulons garder nos gens à la campagne, deux choses sont nécessaires : les y décider et leur en procurer
les moyens. L'une s'obtiendra par une intelligente compagne d'éducation à laquelle devraient collaborer tous ceux que la jeunesse écoute : instituteurs, religieux ou laïques et citoyens influents.
On n'aime bien que ce que l'on connaît bien.
L'autre se réalisera en offrant aux cultivateurs des terres faciles à atteindre et non complètement dépouillées par les grands commerçants de bois.
Il faut promouvoir l'instruction technique des cultivateurs et les décider à suivre les dictées de la science agricole. Celui qui saura réellement cultiver n'aspirera pas ^ laisser ou à échanger sa ferme pour l'usine, ni sa hache de colon, ni les mancherons de sa charrue pour la pioche ou la pelle du salarié des villes.
Que l'on travaille effectivement, dans les maisons d'éducation où les fils de nos cultivateurs vont puiser leur instruction, à développer, à conserver, à nourrir dans l'âme de ces jeunes gens le noble sentiment de l'amour du sol et des travaux de la campagne.
L'ouvrier de la terre doit leur être représenté sous un aspect glorieux et digne de leur ambition. Le mépris de l'habitant n'est plus de mise de nos jours. Incarnons dans l'esprit et l'intelligence de nos jeunes campagnards le bonheur et la gloire qui les attendent en retournant à la terre de leurs braves et honorables parents.
N'est-ce pas son Eminence le Cardinal Bégin qui disait un joui à Ste-Anne de la Pocatière : " Si vous ne pouvez jfaire des prêtres de vos fils, faites-en des cultivateurs ?"
Aimons à redire aux jeunes étudiants ces paroles si
vraies et si instructives du célèbre patriote Charles Thibault :
" La croix nous a donné une patrie, l'épée nous l'a conservée. C'est à la charrue qu'il faut maintenant demander de la faire fructifier, de lui faire produire l'abondance et de l'enrichir.
L'individu, la famille, l'état, la religion sont tous également intéressés aux avantages matériels de la patrie ".
En plus, l'honorable A. Taschereau, premier ministre de la province de Québec, ne disait-il pas, au banquet du centenaire de l'Université McGill :
'* Les professions libérales sont encombrées ; il y a trop de médecins, d'avocats et de notaires. Il faut s'occuper à développer l'agriculture et l'industrie en entraînant les jeunes gens dans ce sens ?"