UNE BOURBON A ST-VALERE
Au mois de mai 1882, M. l'abbé Edouard Brunel inhuma dans le cimetière de St-Valère une vieille personne connue sous le nom de Louise LeBourbon, âgée, disait-on de 92 ans.
(1) Histoire de Champlain vol. 1 pages 147, 158-166.
Au mois de février 1903, dans le Bulletin des Recherches Historiques de M. P.-G. Roy, de Lévis, M. l'abbé A. -H. Gosselin écrivait ce qui suit au sujet de cette Le- Bourbon.
'' Plutôt que de prêter serment à la constitution civile
du clergé, des milliers de prêtres, on évalue leur nombre à
plus de 20,000, n'hésitèrent pas à quitter leur patrie et à
prendre le chemin de l'exil. Ils avaient à choisir entre la
/mort, l'exil ou la trahison de leur conscience : ils choisirent
i l'exil, suivant le conseil de l'Evangile: ''Qmrm perseqiicntur
\vos in civitate ista, fugite in aliani ".
Détail inédit, je crois : l'un de ces prêtres, M. Courtin, émigrant au Canada au temps de la révolution française, était accompagné d'un jeune prince de sang royal, fils naturel de Louis XV, frère du grand dauphin, oncle par ^ conséquent de Louis XVI et de Charles X.
Jean Louis Bourbon, c'était son nom, passa incognito au Canada, et y vécut sous un nom emprunté, pratiquant l'humble métier d'orfèvre dans quelque paroisse de la vallée ;de la rivière Chambly, où il se maria. Plus tard il vint se fixer à Bécancour, q\x il mourut en 1813. Il laissa plusieurs enfants, dont quelques-uns furent se fixer aux Etats-Unis, d'autres à Montréal, Une de ses filles est décédée il y a quelques années, à un âge très avancé, et fut inhumée à Saint-Valère de Bulstrode, comté d'x\rthabaska.
Son père ne lui avait raconté son histoire que dans les dernières années de sa vie, et elle-même en fit la confidence à son curé avant de mourir. La vieille mentionnait surtout le fait qu'on avait coupé le cou à un de ses parents
(Louis XVI), parce qu'il y avait eu du train, par en haut. Je tiens ces détails du vénérable prêtre lui-même qui Tasisista à ses derniers moments.
Jean Louis-Bourbon portait la croix de Saint- Louis. Cette croix fut léguée à une pauvre paroisse des Cantons de TEst et servit à orner l'ostensoir du Saint- Sacrement.
L'abbé A.-H. GOSSELTN
A l'aide de la tradition orale et des registres paroissiaux, essayons de faire quelque lumière sur ce détail historique, bien secondaire à la vérité, mais qui ne manque pas d'un certain intérêt pour les chercheurs.
M. Exilia Thibodeau, un vieillard de St-Céiestin, me disait un jour au sujet de cette LeBourbon, qu'il avait connue personnellement : " Son véritable nom n'était pas Le- JBourbon, mais Decaraf fe. Elle se donnait ce nom de Bourbon parce qu'elle croyait que son père était un des.cendant ries Bourbon, rois de France. Elle s'était, ajoutait-il, mariée deux fois à Bécancour. "
En effet, nous voyons dans les registres de Bécancour que, le 22 juillet 1718 (1), Marie Decaraf fe, fille de Jean- Baptiste et de Marie-Louise DuTremble, épousa un nommé Pierre Matton. Elle était alors âgée de 22 ans. Elle était donc née vers 1795 et à sa mort, elle était âgée de 87 ans, non de 92.
Le 21 février 1832, elle épousa, en secondes noces, à Bécancour, Louis Boucher.
(1) Registres de Bécancour, année 1718.