‹ Les Bois-Francs (volume 4)Chapitre 45 sur 145 · LA VIE DES ZOUAVES A ROME · texte numérisé non relu

LA VIE DES ZOUAVES A ROME

Voilà nos jeunes canadiens engagés pour deux ans de service militaire à Rome. Peu curieux serait celui qui n'aimerait pas à connaître ce qu'ils ont fait pendant ces deux années.

Je veux bien satisfaire cette légitime curiosité.

Laissons parler M. l'abbé Edmond Moreau, aumônier du premier détachement des zouaves.

" Quoiqu'il n'y eût guère plus de deux cents de nos compatriotes qui virent le feu, et cela dans les dernières années de leur séjour en Italie, il ne faut pas croire que nos jeunes canadiens, depuis le 10 mars 1868 au 20 septembre 1870, n'eurent qu'à se balader,à visiter les mille et une merveilles de la Ville Eternelle, à jouir enfin des délices de la paix. Si Ton se formait cette idée de la vie qu'ont eu à mener les canadiens dans l'armée pontificale, on se tromperait grandement. Ils eurent beaucoup à travailler, beaucoup à marcher et beaucoup à souffrir ; oui, ils eurent plus d'une fois à se rapetisser le ventre et à allonger les jambes.

Il n'y a peut-être pas d'armée au monde qui eut autant à faire en temps de paix, que la petite armée du Pape. Il

faut se rappeler que les frontières des Etats de l'Eglise n'étaient gardées par aucune fortification, et qu'elles jetaient continuellement menacées d'être envahies ; il faut savoir que dans toute l'Italie, et aussi dans le territoire pontifical, quoique moins qu'ailleurs, les montagnes sont des repaires de brigands contre lesquels il faut sans cesse lancer des patrouilles. Il ne faut pas ignorer que Rome, étant le principal point d'attaque des grands révolutionnaires de l'Europe qui travaillaient sans cesse dans l'ombre à y faire éclater des mouvements d'insurrection, exigeait des patrouilles de jour et de nuit, et des postes très nombreux. Si à cela vous ajoutez les exercices militaires, qui étaient très fréquents, les manœuvres de toutes sortes, les i)atailles simulées, les travaux ordinaires d'astiquage, de tirage, les corvées, on comprendra que leur besogne était grande, souvent très pénible, et quelquefois périlleuse.

C'est dans les marches surtout que ressortaient le courage et l'entrain de nos zouaves canadiens. Ces marches étaient souvent très longues, de quinze, vingt, de vingtcinq lieues, avec sac de soixante à soixante et quinze livres au dos, et fusil au bras. Le canadien ne marchait jamais que sur la chanson de son pays ; et à l'aide de cette musique, qui ne lui coûtait que les efforts de son g ;sier, il s'avançait toujours gaiement, craignant mille fois plus que le feu, la hont d'être compté parmi les traînards.

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