MONSIEUR OLIVIER LARUE
CURK DE GknTII.LY, PREMIER MISSIONNAIRE DES
Pointes de Bulstrode
Ils priaient, espéraient et attendaient avec confiance ; car ils savaient que le Dieu auquel ils parlaient cojnptait leurs larmes et ne pouvait oublier leurs souffrances.
L'Abbé Charles Trudelle.
[\ TT L'ABBÉ Olivier Larue naquit à la Pointe-aux- -LVJL« Trembles de Québec le 23 septembre 1798, de François Larue et d'Ursule Déguise, fit ses études à Québec et fut ordonné le 15 septembre 1826. Vicaire au Cap Santé^ (1826) ; à Yamacliiche (1826-1829) ; curé de la Pointe-du-Lac (1829-1836) ; de Gentill}^ (1836-1854) ; avec desserte des Bois-Francs, (i 836-1 840) ; retiré à Québec (1854-1855), où il est décédé le 18 décembre 1855 ; inhumé à la Pointe-aux-Trembles de Ouébec.
De l'automne 1836 à Tautomne 1840, M. Olivier
58 LIvS KOÎS-F RANGS
Lame visita les différentes missions des Bois-Francs : Blandford, Stanfold, Somerset et Artliabaska, douze à treize fois.
Accoutumés, dès l'enfance, à entendre la voix du prêtre, nos premiers colons ne pouvaient se familiariser avec la pensée de demeurer longtemps séparés de lui ; aussi, le soir, tristement assis sur le seuil de leurs chaumières, élevaient-ils souvent leurs regards vers le ciel pour lui demander d'oii leur viendrait ce secours qui apporterait un adoucissement à leurs peines. Ils travaillaient bien avec courage, dans Tespérance d'un avenir meilleur, ils priaient bien quelquefois en commun, mais au milieu de toutes leurs petites réunions, il y avait un vide que l'homme de la prière seul pouvait remplir. Il n'était pas là pour faire couler l'eau régénératrice du baptême sur le front de leurs petits enfants, pour leur rappeler, avec l'âge, qu'ils avaient dans le ciel un Dieu qui leur commande l'obéissance et le respect aux auteurs de leurs jours, pour leur distribuer le pain de l'intelligence des vérités éternelles. Aux jours des fêtes et des dimanches, ils ne le voyaient pas monter au saint autel, immoler Celui qui se faisait annoncer autrefois aux bergers pour recevoir ensuite leurs hommages et leurs adorations.
Ouand donc, se disaient-ils les uns aux autres, les larmes aux yeux, nous sera-t-il donné de recevoir la bénédiction du prêtre ? La forêt que nous habitons, élève, il est vrai, une barrière presque infranchissable entre nos parents et nous, mais nous ne cessons pas pour cela d'appartenir à la grande famille des chrétiens ! Dieu ne
[JvS JlOlS-l'KAXCS 59
saurait nous délaisser ici loiii^tcinps encore ! !. . . .
Pendant cinq années, les premiers défricheurs de Sainte-Victoire d\\rtliabaska furent privés de la visite de riioninie de Dieu. Il leur fallait, pour les baptêmes, descendre dans les paroisses du fleuve — voyage qu'on ne pouvait faire par voiture qu'en hiver.
Ainsi, à l'été de 1833, François Marchand et sa femme, Marguerite Beauchesne, voulant se rendre à Bécancour, pour la naissance d'un enfant, firent à pieds le voyage des Pointes de Bulstrode, à la rivière Bécancour, en suivant la grande ligne de Bulstrode et Stanfold. De la rivière Bécancour à Gentilly, on fit le trajet en voiture, mais hélas! par quels chemins? La route delà rivière Bécancour au Domaine de Gentilly était à demi- faite, dans un état dangereux pour la vie des voyageurs.
Le 13 juillet 1833, avait lieu à Bécancour le baptême de leur fils Onésime.
Le 2 janvier 1836, François Marchand et Charles Beauchesne, du canton d'Arthabaska, sont à Gentilly, pour y faire baptiser chacun un enfant : J. -Baptiste Marchand, né le 18 mai 1835, (probablement le premier enfant canadien né dans Arthabaska), et Marie-Scholastique Beauchesne, née le 28 novembre 1835.
Au commencement de mars 1839, J.-Bte Ouellet, d'Arthabaska, eût la douleur de perdre sa femme, Victoire Veiville, qui lui laissa trois enfants en bas âge. Ouellet transporta le corps de sa femme à Gentill}^ oii eut lieu la sépulture.
Notre veuf avait laissé trois petits enfants aux soins des voisins. Comment pourra-t-il en prendre soin et faire
6o î;hs liois-F rangs
son ouvrage ? Bien difficile de retourner seul. Il prend donc le parti de convoler en secondes noces, avant de remonter dans les Bois-Francs. Le ler avril 1839, il épousa, à Gentilly, Judith Durand, et se mit immédiatement en route pour revoir ses petits enfants. Un voyage de noces bien primitif! (i)
Au début de la colonisation des Bois-Francs, plusieurs personnes moururent sans jouir des consolations de la religion à l'heure dernière.
■ Les cadavres étaient déposés en terre ; on y faisait Certaines prières, en attendant que le prêtre fît la bénédiction de la fosse aux jours de la mission.
Enfin, le 8 février 1838, M. Larue offrit pour la première fois le saint-sacrifice de la messe, en présence de no? vaillants colonisateurs.
C'était, au dire des anciens, chez un nommé Hamel, établi près de la grande ligne entre Bulstrode et Stanfold. Monsieur Larue fit ou suppléa aux cérémonies du baptême de cinq enfants :
1. Louis-Olivier, né le 18 décembre 1837, fils de Joseph Cloutier et de Marie-Nathalie Sauvageau, de la rivière Nicolet. Parrain, Charles Richard ; marraine, Cléophée Cloutier.
2. Joseph-Narcisse, né le 3 avril 1836, fils de Pierre Cloutier et de Louise Bertrand, de la rivière Nicolet. Parrain, Pierre Richard ; marraine, Angèle Leclerc.
3. Marie-Philomène, née le 4 juin 1837, fille de Pierre Beauchesne et de Archange Montambault, de la
(1) Itegistre de Gentilly, année 1839.
LKS nOIS-FRANCS 6l
rivière Nicolet. Parrain, Joseph Toiiriguy ; marraine, Marguerite Beaucliesne.
4. Marie-Emélie, née le 19 janvier 1838, fille de Pierre Cloutier et de Louise Bertrand, de la rivière Nicolet. Parrain, Olivier Leblanc ; marraine, Marie Lafond.
5. Marie-Philomène, née le 24 mars 1837, fi^^^ <^^ J.-Bfe Boudreault et de Julie Collet, de la rivière au Loup (i). Parrain, Charles Prince ; marraine, Françoise Christian. (2)
Cette mission se fit-elle sur le territoire de Sainte- Victoire ; C^est bien probable ; néanmoins nous ne pouvons l'affirmer d'une manière positive. Une chose certaine, c'est que la mission faite par Monsieur Larue, les 17 et 18 janvier 1839, eut lieu sur le territoire de Sainte- Victoire. En effet, nous savons qu'alors la messe fut dite dans la maison de Valère Rivard-dit-Lavigne, résidant sur le premier lot du douzième rang de Bulstrode.
Cinq baptêmes eurent lieu pendant cette mission :
1. Pierre, né le 29 mai 1838, fils de J.-Bte St-Cyr et de Vitaline Lemay, de Bulstrode. Parrain, Pierre Provencher ; marraine, Josette St-Cyr.
2. André, né le 6 mars 1838, fils de Joseph St-Cyr et de Cécile Babineau, d'Arthabaska. Parrain, Abraham Landry ; marraine, Victoire Ouellet.
3. Marie-Philomène, née le 2 septembre 1838, fille de Louis Rivard-dit-Lavigne et de Adèle Durand, d'Artha-
(1) Surnom donné â la rivière Nicolet, en descendant vers St-Valère tde Bulstrode.
(2) Registre de Gentilly, année 1838.
62 LKS HOIS-KRANCvS
baska. Parrain, Josepli Rivard-dit-Lavigne ; marraine, Marguerite Tourigny.
4. Josepli-Octave, né le 17 janvier 1839, fils de Charles Prince et de Marie Robicliaut, de Stanfold. Parrain, Joseph Bourque ; marraine, Marie-Dina Prince.
5. Luce-Emélie, née le 5 novembre 1838, fille de Valère Rivard-dit-Lavigne et de Sophie Delisle, de Bulstrode. Parrain, x\lexis Rivard-dit-Lavigne ; marraine, Lucie Leblanc, (i)
Ce fut la dernière mission de monsieur Larue aux colons des Pointes de Bulstrode. Du 15 au 23 janvier 1839 monsieur Larue visita tous les Bois-Francs et en profita pour faire un recensement nominal, qui nous a été conservé par IVL Denis Marcoux, second missionnaire des Bois-Francs.
(1) ^legi^^tl•e de Gentiily, îinnée 1839