LA CHAPELLE DES BRAS
DE LA RiViÈRK NiCOLET
11 faut an c;iiia,dien eon église ou sa <*.bapello, son curé, ses marguillers, les offices du dimanche, douce occasion pour lui de rencontrer ses parents, ses amis et ceux avec qui il a quelque chose à régler.
]>'Abbé Charles Trudkixe.
/\/^ETTE chapelle, bâtie sur la terre de Pierre Bernier,
^*^ lOe lot du 4ème rang d'Artliabaska, fut ouverte au culte à la St-Michel 1843. Elle fut construite par Pau^ Beaudet-dit-Ducap. Lors de la bénédiction par M. C. Gagnon, les chantres furent : François Marchand, Charles Gosselin et François-d' Assise Baril ; le servant de messe : Olivier Perrault, fils, et le bedeau : Paul Rivard.
Les premiers marguilîers furent : Paul Beaudet-dit- Ducap, Pierre Bei^nier, François Provencher, Eustache Brîril, Louis Garneau, Louis Provencher et Françoisd^ Assise Baril.
M. C. Gagnon venait dire la messe cinq à six fois par année. Le premier mariage célébré dans la Chapelle
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des Bras fut celui de Pierre Béliveau et de Marie Courtois.
A Tautomnede 1848, M. Moïse Duguay remplaça M. C. Gagnon à St-Norbert. La population augmentant assez considérablement, M. Duguay jugea bon de faire la mission à tous les mois. En juillet 1849, il transporta au pied de la montagne tous les ornements du culte et cessa de faire la mission dans la Chapelle des Bras.
Les colons du rang des Bras, des Pointes Beaudet et Provencher passèrent alors sous la juridiction du curé de Stanfold, M. Antoine Racine, qui les desservit jusqu'à l'arrivée du premier curé de St-Christophe à l'automne de 1851. De cette date jusqu'à l'automne de 1865, nos colons se rendirent à l'église de St-Christophe pour l'accomplissement de leurs devoirs religieux.
CIMETIÈRE DE LA CHAPELLE DES BRAvS
l\/\ ONSIEUR Pierre Bernier, qui avait donné le ter-
J -*- rain pour la Chapelle des Bras, eu donna un
aussi pour un cimetière. La première personne inhumée dans ce cimetière fut la veuve Corbeil, Louise Glande, et la dernière, Célina Girard. Il 3^ eut aussi un vieillard du nom de Jacques Hamel,qui mourut le 13 novembre 1845, âgé de 99 ans et 8 mois. Les anciens racontent que, le matin de sa mort, ce bon vieillard, voyant qu'il ne pouvait avoir les secours de la religion à l'heure suprême, réunit ses enfants autour de son chevet et leur recommanda de prier avec ferveur, disant qu'il allait mourir le soir même. En effet, au coucher du soleil, il rendit son âme à Dieu. En 1868, Mgr Suzor écrivait ce qui suit : "On demandera peut-être, comment il se fait que Fon n'a pas relevé jusqu'à ce jour les corps inhumés dans ce petit cimetière. La réponse à cette question est très facile. Sur la demande de plusieurs intéressés, des mesures avaient été prises, en 1852, pour procéder à l'exhumation de ces corps ;une dizaine d'hommes s'étaient même rendus sur les lieux pour la commencer, mais force leur fut de retourner sur leurs pas, ayant reçu l'assurance formelle que s'ils avançaient leur vie était en danger.
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Sur ce, ils ne crurent pas prudent de passer outre, et je louai la sagesse de leur conduite. Plus tard, en 1855, Monseigneur Thomas Cooke étant en visite pastorale à St. Christophe et ayant entendu les raisons de part et d'autre, les trouva bonnes, et se contenta d'ordonner à messieurs les marguilîers de l'œuvre de voir à ce que l'ancien cimetière des Bras fût entouré à l'épreuve des animaux. Plus tard encore, en 1859, ayant renouvelé sa précédente ordonnance, Sa Grandeur alla plus loin. Elle conseilla aux paroissiens de lever et d'apporter dans le timetière de la paroisse les corps qui étaient déposés dans ce petit cimetière. Cependant jusqu'à présent rien n'a été fait, pour de bonnes raisons, je suppose. 11 est bien probable qu'avant longtemps tous les intéressés comprendront qu'il est à propos de réunir les cendres de ces premiers colons à celles de leurs enfants, et de les faire reposer à l'ombre du temple qui leur a coûté de grands et
de nombreux sacrifices."
Ou'est-ce qui, en réalité, empêcha l'exhumation des
corps de ce cimetière, en 1852 ? Comment se fait-il que
'la dizaine d'hommes venus pour procédera l'exhumation
des corps craignirent pour leur vie ?
Les gens du rang des Bras, qui avaient vu d'un mauvais œil la translation des ornements de leur chapelle au pied de la montagne, voulaient au moins garder leurs morts dans leur cimetière.
Or, à l'arrivée des travailleurs, Eulalie Boisvert-dit-
Joubin, épouse de feu Georges Albœuf-dit-Boutet, s'arma
\ d'un fusil, se plaça à la porte du cimetière et somma les
gens du pied de la montagne d'avoir à s'en retourner, ou
bien qu'elle ferait feu
l.KS BOIS-FRANXS 89
C'était sa manière à elle de s'opposer à renîèvenient du corps de sou premier mari, qui avait été déposé daus ce cimetière h la fin d'août 1846.
Georges xA.lbœuf-dit-Boutet, originaire desGrondines, arriva dans les Bois-Francs vers 1840 avec son épouse, Eulalie Boisvert-dit-Joubin. Il s'établit dans le 4ènie rang du canton d'Arthabaska. Comme la plupart des premiers colons, Georges Albœuf-dit-Boutel fut obligé, ipour noun'ir sa famille de s'occuper de l'industrie du sa//. lUn jour, en 1845, ^^ transporta à Banville, sur son dos, dans un sac d'écorce de bouleau, une certaine quantité de cette perlasse. La transpiration causée par la chaleur et la fatigue du voyage détrempa cette composition corro- |sive et lui brûla une partie du dos. Il endura de grandes Souffrances jusqu'à l'été de 1846, alors que la plaie s'agrandit tellement, qu'elle monta jusqu'à la tête et fit sortir lin œil de son orbite. Enfin, il devint gravement malade. Quelqu'un descendit donc dans les Pointes de Bulstrode "pour demander à M. Eustache Baril de bien vouloir aller .cherclier le missionnaire pour lui administrer les derniers sacrements. Le missionnaire alors était M. Clovis
Gagnon, résidant à St-Norbert.
M. Eustaclie Baril s'exécuta de bonne grâce et se
rendit à St-Norbert, en suivant la rivière Nicolet jusqu'au
moulin de M. Joseph Girouard, sur le chemin royal qui
conduit de Stanfold à St-Norbert. Il reprit le même
chemin, accompagné de M. Gagnon, et arriva chez lui sur
île soir. Se sentant fatigué, AI. Eustache Baril dit à son
petit garçon Cinna, alors âgé d'environ treize ans, de
conduire M, Gagnon à la résidence de Georges Albœufdit-Boutet. On fut rendu à la brunante. Le prêtre ad-
ministra les sacrements au mourant et reprit, avec son jeune compagnon, le sentier conduisant chez M. Eustache Baril, où M. Gagnon voulait passer le reste de la nuit. Au milieu de la route, la cliandelle s'étant épuisée, nos deux voyageurs furent plongés dans l'obscurité. Que faire ? M. Gagnon, qui en avait vu bien d'autres et qui n'était jamais à bout de ressources, dit au jeune Cinna d'ôter ses chaussures, afin de mieux suivre le petit sentier. Par ce moyen, on pût se rendre à la rivière Nicolet sans s'écarter dans la forêt. Le lendemain, M. Gagnon reprit seul le chemin de St-Norbert.
Georges Albœuf-dit-Boutet mourut le 24 août 1846
et fut enterré dans le cimetière de la chapelle des Bras. Son cercueil fut, dit-on, bien primitif. On creusa un ]gros arbre dans lequel on plaça le cadavre et on le recouvrit avec une planche préparée à la hache et fixée avec des chevilles de bois.
Sa veuve, Eulalie Boisvert-dit-Joubin, se remaria le 30 août 1847 à M. Joseph Pothier.
Eulalie Boisvert mourut à Victoria ville le 19 novembre 1878 et Joseph Pothier le 11 juillet 1897.
Georges Albœuf-dit-Boutet était le père de M. Charles Boutet, baptisé le 9 décembre 1843, et de Elise Boutet, épouse de M. Narcisse Marcotte, de Victoriaville.
Le 17 juin 1872, les corps qui reposaient dans le cimetière des Bras furent exhumés, et le lendemain on les déposa dans le cimetière de Sainte-Victoire. Il y en avait une quarantaine, parmi lesquels on reconnut Louis Perrault, Noël Rochette, Georges Albœuf-dit-Boutet, Virginie Albœuf-dit-Boutet, Célina Girard, Josette Piché, Jacques Hamel, Josephte Descôteaux, François Labry, Marie- Louise Houle et Gervais Talbot.