‹ Les Bois-FrancsChapitre 8 sur 117 · LE UC SAINT-FERDINAND · texte numérisé non relu

LE UC SAINT-FERDINAND

Le lac aux ondes blanchissantes Ne reflétait dans ses flots clairs Que les bois aux cimes puissante»

Que noircit l'aile des éclairs.

Dans cette solitude Pleine de quiétude Seuls chantaient les oiseaux.

Aucune voix humaine — Chant d'amour, cri de haine — N'avait troublé ces eaux.

Or, un jour que le lac éprouvait de la peine A battre de ses flots dos rivages déserts, Un cri retentit dans les airs Et le sol tressaillit sous la chute d'un chêne.

Adieux, jours sans clameurs !

Adieu, nuits sans rumeurs !

La chanson des rameurs Court sur le lac sauvage.

Et sur ses frais ilôts Les ormes, les bouleaux Qui jetaient l'ombre aux flots Gisent sur le rivage.

Car, fils des héros d'autrefois, Nos pères vinrent là plus forts que nous ne sommes.

Leur cognée a couché ces bois.

Comme un jour leur épée a moissonné les hommes.

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Et du lac en repos On dirait que la lame A ces humbles liéros Cliante un épitlialaîno.

O trembles frissonnants, érables gracieux, Frênes au tronc robuste, ormes audacieux, Qui penchez sur les flots vos frt>utfi silencieux, Sur la rive où régnait ce solennel silence Un clocher, tout rempli de voix joyeuses, lance

Sa ilèche d'argent vers les ci eux

Et le nid fragile et soyeux

Du ramier jaloux s'y balance.

Quand la cloche a sonné, Le vieux lac étonné, S' éveillant d'un long rêve.

Vint amoureusement.

Comme un étrange amant, • Soupirer sur la grève.

Mais dans ses flots d'argent A peine il se repose Le lac est exigeant Et rêve d'autre chose.

L'oreille ouverte au vol si léger des esprits, Sur la rive penché, le prêtre a tout compris. Et voilà pourquoi l'on contemple, Se dressant à l'ombre du temple.

Un toit que le ciel va bénir, Une enceinte où déjà se presse L'essaim joyeux d'une jeunesse, Espoir et fleur de l'avenir.

Et le lac a calmé sa colère sauvage.

On n'entend plus le soir son souffle haletant ; Et depuis ce jour là les vagues au rivage Viennent dire tout bas que le lac est content.

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Dès sa prise de possession de la cure, M. Gagné comprit, comme son prédécesseur, la nécessité de l'éducation et de la formation religieuses pour les enfants de sa paroisse. Le lendemain de sou arrivée, étant à une fenêtre du presbytère, il vit sortir de Pécole du village plus de soixante-et-dix enfants, pleins d'une activité débordante, et il dit : " Il faut là une communauté religieuse." A son premier voyage à Québec, il en entretint Farclievêque, le Cardinal Taschereau, qui lui dit : " Tâchez de trouver cette communauté, et vous aurez de ma part toutes les autorisations nécessaires."

Ce projet était dans les vues de la Providence, car tout réussit à merveille. Les paroissiens entrèrent avec joie et empressement dans les vues de leur curé.

Pour seconder l'entreprise, dans une assemblée de paroisse, tenue le 27 février 1887, ils consacrèrent à cette œuvre le surplus des revenus de la Fabrique pendant quatre ans, après les dépenses ordinaires payées, ce qui fut ratifié tout de suite par l'archevêque.

Le 4 mars suivant, un des prospectus de l'instruction donnée par les Frères de la Charité établis à Montréal étant tombé sous la vue du curé, il s'adressa tout de suite à cette communauté et fut exaucé.

De son côté, le Cardinal Taschereau, qui s'était rendu à Rome pour son pèlerinage ad limina^ écrivit, le 24 février 1887, à Mgr C3a-ille Légaré, administrateur : I* J'autorise l'entrée de la communauté des Frères de la Charité dans mon diocèse. J'espère que vous serez heureux d'apprendre cette nouvelle. Secondez M. le curé Gagné de tous vos efforts." L'œuvre était bénie de Dieu

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et allait grandir et prospérer. On reçut de nombreux dons, et un encouragement, qui ne fut pas le moindre, nous vint de la Rvde Mère Supérieure du Couvent de St- Ferdinand, Sr Ste-Angèle. Elle nous écrivait, le 28 mars 1887 :

" Nous nous engageons, mes sœurs et moi, à faire, "cliaque mois, pendant un an, aux intentions de ceux ** qui donneront pour le Collège de vSt-Ferdinand, cent "chemins de croix, cent communions, d'entendre cent '* vingt messes, de dire cent vingt chapelets.''

Pour nous reposer un peu, et comme renseignements, qu'on nous permette d'introduire ici certaines statistiques que nous devons signaler au sujet des affaires de la Fabrique. Il est bon d'être édifié à ce sujet.

Comme nous l'avons dit, les paroissiens abandonnèrent le surplus des revenus de la Fabrique pendant quatre ans, pour aider à la construction du collège. Ce surplus s'éleva à la somme de $2,565.30.

En 1891, on fit prolonger le jubé de l'église, pour le

prix de $452.57-

En 1893, on acheta des Sœurs de la Charité et du Rév. Ed. Sherridan le terrain du cimetière actuel et on v fit les améliorations nécessaires, pour une somme de $2,363.41. En 1898, ce furent des réparations à l'église pour $3,059.38 et au presbytère pour $1641.00. Les fournaises dans l'église et la sacristie, en 1899, coûtèrent $398.53. En 1899, aussi, un octroi consenti au collège pour aider la commission scolaire fut de $1,000.00. En ^1902, l'orgue a coûté $2,580.00. Enfin, en 1905, un ceitain nombre de citoyens obtinrent de Mgr l'archevêque

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de transférer à la Fabrique le montant des intérêts que la corporation scolaire s'était engagée à payera M. Joseph Perrault, intérêts qui s'élevèrent pendant cinq ans à la somme de $1500.00. Nous en oublions probablement.

Reprenons notre récit au sujet du collège : Au printemps de 1887, on en commença la construction et, à l'ouverture des classes, en septembre de cette année, la bâtisse n'étant pas encore prête pour recevoir les Frères' de la Charité, on ouvrit cependant une classe, la plus élevée, dans le presbytère, avec un professeur laïque, M. H. Fortin, et une autre classe moyenne dans une salle du collège, avec Melle Hedwige Gosselin, comme institutrice. En février 1888, la maison était assez avancée pour recevoir les religieux et les élèves. Les premiers religieux qui prirent la direction de la mission furent : le Frère Louis, comme directeur ; le Frère Eugène et le Frère Tillon, comme professeurs. M. Fortin continua sa classe. La première journée de l'ouverture, il entra soixante-et-quatorze élèves. C'était un beau succès.

Dans les mois suivants, le nombre en augmenta sensiblement, en sorte qu'à la fin de l'année scolaire il y eu avait au-delà de cent-vingt. On avait réussi au-delà de toute espérance, l'avenir s'ouvrait plein de promesses. Sept des premiers élèves entrés en 1888 et en 1889 sont aujourd'hui prêtres; ce sont: MM. les abbés Odilon Gosselin, procureur du Séminaire de Québec; Joseph F. Ro3% vicaire à St-Ferdinand ; Ivanhoe Caron, missionnairecolonisateur pour le Témiscamingue ; Ulric Croteau, curé de Ste-Aurélie, Beauce ; Jos.-Zoël Lambert, curé à Black River, N.-B. ; Télesphore Lambert, curé à St-Ignace, Co.

de Keut, N. B. ; Octave Faucher, retiré du ministère. A ces premières vocatious s'en sont ajoutées d'autres : MM. les abbés Wilfrid Ferland, économe au Séminaire de Québec ; Jos.-A. Provenclier, curé des SS. Anges de Beauce ; Osias Bouclier, vicaire à St-Roch de Fall-River. Cette source n'est point encore tarie ; d'autres suivront. Des premiers et anciens élèves, il y en a aussi plusieurs qui réussissent très bien, qui dans les professions libérales, qui dans le commerce, qui dans d'autres états ; il serait trop long de les énumérer tous. Ils font la gloire et l'honneur de leur Ahna Mater .

I En 1890, les Frères de la Charité, voyant le rapide développement de la maison, décidèrent d'y ouvrir un petit noviciat pour recruter des vocations religieuses. Dès le commencement ils eurent une trentaine de novices ; plusieurs de ces premiers petits novices sont aujourd'hui religieux. Des nombreux religieux qui se sont dévoués à Féducation, à St-Ferdiuand, plusieurs sont déjà allés recevoir au ciel la récompense de leur dévouement. Ils ont emporté avec eux l'estime et la reconnaissance éternelle de leurs élèves et du curé de St-Ferdinand. Oue du haut du ciel ils protègent notre maison.

En 1896, s'étant établis à Sorel, ils laissèrent à regret la maison de St-Ferdinand. Le curé était alors en Europe.

Mgr Bégin appela pour les remplacer les excellents Parères des Ecoles Chrétiennes. Le Frère Albert fut le premier directeur pour St-Ferdinand. Dieu veillait sur cette maison et elle continua à progresser sous le Frère Godfroy, deuxième directeur ; le nombre des pension-

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iiaires s'éleva jusqu'à quatre-viugt-seize et celui de tous les élèves à cent quatre-vingt-cinq.

Au milieu de la prospérité, le bon Dieu vient quelquefois nous donner de terribles leçons.

En 1903, un incendie désastreux consumait tout le collège ; ce fut une rude épreuve, surtout pour le curé, mais cette épreuve retrempa notre courage et nous reprîmes un nouvel essor.

Les classes continuèrent dans une maison du village, et, au printemps de 1903, on commençait la construction du collège actuel.

Nous fûmes encouragés de toutes manières.

M. Josepli Perrault, ce généreux donateur pour lequel nous aurons une reconnaissance éternelle, nous donna six mille piastres. Mgr Bégin nous encouragea de ses bonnes paroles ; le 10 août 1903, il écrivait au curé : ** Dites à vos paroissiens qu'ils profitent largement de l'avantage précieux qui leur est donné et qu'ils ont sous la main. Beaucoup d'autres paroissiens leur envient ce privilège et ne l'ont pas. Exhortez tous les parents, nonseulement de votre village, mais même des concessions, à envoyer leurs enfants étudier au collège, pour qu'ils y puisent, avec la pratique des vertus chrétiennes, les connaissances qui leur seront utiles, nécessaires même dans le monde. Il ne manque pas d'enfants — dans nos campagnes les plus reculées — qui ont des talents brillants et qui ne demandent qu'une occasion favorable pour se développer. Les chefs de familles doivent faire tout en leur pouvoir pour procurer à leurs enfants le degré de culture intellectuelle et morale dont ils sont capables."

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J'espère que les paroissiens de St-Ferdiiiand mettront en pratique ces excellents conseils.

En 1910, étant trop à Fétroit, on agrandit le collège par une aile nouvelle, de 65 par 50 pieds, à quatre étages ; l'autre partie avait 80 par 48 pieds, aussi à quatre étages.

Il ne nous appartient pas de dire quelles sont la part et le mérite d'un chacun dans ces œuvres ; à d'autres de le dire et de l'écrire.

On se prépare à célébrer bientôt les noces d'argent, le 25ème anniversaire de la fondation de cette maison. Le Révd Frère Lucien, Directeur actuel, donne pour cette fête tout son cœur et son talent, (jue Dieu le bénisse et bénisse tous les excellents religieux qui le secondent. Mgr Bégin veut bien, malgré son grand âge et ses nombreuses occupations, venir embellir nos fêtes, nous encourager et nous bénir. Que Dieu le récompense au centuple.

Il va bénir le nouvel hôpital ; nous espérons que cette maison aura un avenir prospère et heureux, comme le couvent et le collège. Il est sous la direction éclairée et énergique des excellentes religieuses de la Charité, surtout, des Rvdes Mères St-Josaphat, supérieure, et St- Joachim, directrice. Nous dirons à ceux qui liront ces lignes : " Venez, voyez et jugez par vous-mêmes."

Cet hôpital est très vaste, très beau, en un site charmant, pouvant recevoir non seulement les malades mais toutes personnes qui désirent couler des jours tranquilles et heureux, surtout dans la vieillesse. Il renferme une quarantaine de chambres, grandes et petites.

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