‹ Les bois industrielsChapitre 36 sur 136 · BOIS DE TEINTURE · texte numérisé non relu

BOIS DE TEINTURE

Angl. : DyC'Wood\ allem. : Farbhôlzer ; espagn. : Maderas para tinlura.

ti3. Généralités. — Presque tous les bois tinctoriaux sont des bois exotiques, provenant surtout des Indes, des Antilles, de TAmérique tropicale ou subtropicale, etc.

Us constituent la meilleure partie des matihes colorantes îiature lies dont l'importance commerciale a considérablement diminué depuis la découverte des matières colorantes artificielles ou d'aniline. Avant cette découverte, qui remonte à une cinquantaine d'années, ils furent à peu près les seuls colorants connus. Actuellement on n'emploie plus guère pour la teinture des étoffes, du cuir, etc., que le campéche, le cachou et Tindigo ; ce dernier, provenant de feuille, est en dehors du cadre de notre élude, il est d'ailleurs lui-même fortement concurrencé par Tindigo artificiel, de découverte récente. Le campéche et le cachou, tout en n'ayant pas conservé leur intérêt ancien, sont néanmois l'objet d*un certain commerce.

La matière colorante est souvent dans le bois à l'état de substance incolore, elle acquiert les propriétés qui la font utiliser dans l'industrie, sous certaines influences telles que l'oxydation. C'est le cas du campéche, des bois jaunes et rouges, du Santal, etc.

tl4. Bois de eampéelic. — Syn. : allem. : Blauholz ; angl. : Logwood\ holland. : Campéche -hou t \ ital. : Campeggio, Syn. franc. : Bois noir, bois bleu, bois d'Inde.

Il est produit par un arbre de la famille des Légumineuses-Césalpiniacées : Vllœmatoxylon campechianum L. Il atteint 8 à 12 mètres de hauteur, ses rameaux sont épineux, ses feuilles sont pennées et persistantes, ses fleurs petites et en grappes, son fruit est une gousse s'ouvrant par le milieu et renfermant une ou deux graines seulement. Cet arbre croit au Mexique, où la baie de Campéche lui a donné son nom; dans la baie de Honduras; aux Antilles, et il est naturalisé dans quelques régions de la zone tropicale.

Le bois est naturellement d'un rouge brunâtre pâle à Tintérieur, mais il devient d'un rouge vif lorsqu'il est conservé poli

à Tair, ou bien il passe au / iJbi ^ n. ^^ violet ou au noir lorsqu'il

est exposé brut à Tair tant soit peu humide ; aussi les bûches que Ton trouve dans le commerce sontelles toujours plus ou moins noires, ce qui permet de distinguer aisément ce bois de celui du Brésil ou de Pernambouc qui est toujours rouge. Il est dur, compact, plus dense que Teau, avec une faible odeur d'iris et une saveur sucrée astri ngente ; quand on le mâche il teint la salive en rouge foncé.

Il prend un beau poli et peut être utilisé pour Tébénisterie, mais son principal emploi consiste à teindre en bleu, violet ou noir.

La matière colorante du bois de campêche a été étudiée par Chevreul qui Tisola en 1810, et par Erdmann, en 1842 ; elle existe dans le bois à l'état de glucoside. Chevreul a établi, qu'en concentrant des décoctions de ce bois, il se formait, après quelques semaines, un dépôt de cristaux transparents et jaune clair. 11 nomma cette substance cristallisable : Hematoxyline ou hématine C^4I**0'. Une solution saturée d'hémaline dans l'ammoniaque, agitée au contact de Tair à une douce chaleur, prend une coloration rouge cerise foncée et dépose des cristaux grenus constitués par une combinaison ammoniacale. Celle-ci traitée par l'acide acétique, qui élimine l'ammoniaque, donne un précipité rouge brun, devenant vert foncé à éclat métallique par la dessiccation, c'est Vhématéine de Erdmann.

L'hématéinc est donc une substance colorée, dérivant de Thématine incolore ; sa formule est C'®1I**0*.

— Le bois de camp»khe Krylon campechianum) fleur ; 2. fruit ; 3. graine.

Fig. 479 (Uœmatoxylon

BOIS EXOTIQUES d'iHPORTATION 1007

C"H"*0' t|- 0 = H»0 + C"fl"0'

Hématloe Uématéine

L'bématéine n'est, d'ailleurs, qu'un premier terme d'oxydation ; celle-ci peut aller plus loin et donner des composés noirs ulmiques^ comme cela arrive avec les solutions alcalines.

L'hématéine est très peu soluble dans l'eau, plus soluble dans Feau chaude, Talcool. La teinture obtenue teint le papier en violet et devient extrêmement foncée par les alcalis, elle passe au rouge jaunâtre par les acides. Uhématéine peut se combiner avec les alcalis, notamment avec l'ammoniaque ; elle donne dans ce cas un composé se dissolvant facilement dans Teau, qu'il colore en rouge. Cette substance se combine aussi avec les oxydes métalliques, c'est ainsi que se produisent, avec des solutions de leurs sels, des précipités insolubles qui sont des hématéates, soit : avec le sulfate de cuivre, un précipité bleu violacé ; avec le sulfate ferreux, un précipité violet-noir et avec le chlorure stanneux, un précipité violet-rouge, etc.

L'hématineou hématoxyline joue le rôle d'acide faible et peut produire, avec les bases des sels, qui s'oxydent très facilement pour donner des composés identiques à ceux que Ton obtient directement au moyen de Thématéine (hématéates). Ces composés sont utilisés pour la teinture des cuirs (1).

On peut activer la transformation du principe non coloré du bois en principe coloré, en lui faisant subir une sorte de fermentation qui a pour effet de décomposer le glucoside en glucose et hématine, ce dernier corps se transformant au contact de Tair en hématéine. Il faut pour cela découper le bois en copeaux, les mettre en tas et les arroser ensuite d'eau additionnée d'une substance azotée (urine, colle forte, etc.).

La préparation des liqueurs utilisées dans la teinture est généralement elTectuée dans des chaudières de cuivre contenant les copeaux du boisdecampêche et de l'eau additionnée d'un peu de carbonate de soude, ou d'ammoniaque, ou d'urine putréfiée.

Si Ton veut préparer des extraits de campêche on fait

(\) Voir sur rc sujet : La TanneriCy par L. Meunier et Cl. Vaney, Gau- Ihier-Villars, Paris, 4903. Chapitre : Teinture des cuirs.

usage d'autoclaves, dans lesquels on soumet le bois k un épuisement méthodique. Les liqueurs obtenues sont ensuite concentrées dans le vide.

Le prix peu élevé du campêche, la facilité avec laquelle on peut modifier sa nuance, font que son emploi s'est conservé malgré la concurrence des nombreux noirs artificiels (noirs d'aniline, etc.). Ces noirs se font beaucoup sur laine, coton, soie, etc. Le campêche donne d'ailleurs des couleurs très variées suivant le mordançage ; c'est ainsi qu'avec les tissus mordancés en alumine, il donne des violets grisâtres assez intenses ; avec les mordants de fer, des noirs ou des gris, et avec un mélange des deux, un noir préférable, pour la teinte, à ceux qui ne renferment que du fer. Avec l'acide chromique qu'il réduit, il fournit une laque d'un très beau noir nuancé de violet. Il faut dire aussi que toutes ces teintes sont assez instables et s'altèrent sous l'influence, de la lumière, du savon, des alcalis et des acides.

La valeur commerciale d'un bois ou d'un extrait de campêche s'estime généralement de la manière suivante, par essais de teinture : on mordance des écheveaux de laine avec un mélange de bichromate de potassium à 3 0/0 et de bitartrate acide de potassium à 6 0/0. Ces échantillons, après rinçage, sont plongés dans des bains de teinture préparés avec des poids égaux des différents échantillons de campêche à essayer. Ces difi'érents bains sont à une même température et la durée de contact est la même pour tous. On compare ensuite les teintes obtenues avec celles d'échantillons-types préparés antérieurement dans les mêmes conditions.

Si Ton veut savoir quelle est la proportion relative d'hématine et d'hématéine que renferme le bois, il faut faire deux séries d'essais, les uns avec de la laine mordancée à Tacide chromique, les autres avec de la laine mordancée à l'oxyde de chrome. Si le bois est de coupe récente et, par conséquent, s'il est riche en hématine, ce sera la laine mordancée à l'acide chromique qui donnera la nuance la plus foncée par suite de l'oxydation de l'hématine par l'acide chromique. Si, au contraire, le bois est vieux, il sera riche en hématéinc et on obtiendra des nuances foncées avec la laine mordancée à l'oxyde de chroipe.

Bors EXOTIQUES d'importation 1009

Le bois de campêche varie de forme et porte une désignation particulière suivant le pays qui le produit.

La qualité la plus anciennement connue et la plus estimée est celle qui vient du Yucatan où le port de Campêche en exporte de grandes quantités. Il faut que des bateaux remontent les rivières pour aller chercher l'arbre qui se trouve dans les forêts de Tintérieur du pays. Ils chargent le bois débité en bûches d'environ 1 mètre de longueur, pour l'amènera la côte.

Un concurrence sérieuse est faite à cette provenance par Saint-Domingue, Haïti et le Honduras anglais.

Voici les principales dénominations commerciales :

Le campêche coupe d'Espagne ;

— d'Haïti et Saint-Domingue ;

— anglaise (Jamaïque) ;

Le campêche coupe de la Martinique et de la Guadeloupe ;

— de Honduras.

Il arrive, en général, sous forme de grosses bûches dépouillées de leur aubier, pesant 200 kilogrammes environ ; le nom de logwood (bois en bûches), par lequel les Anglais désignent ce bois, fait allusion à sa forme commerciale. Leur couleur est, comme nous l'avons dit, rouge-brun à l'extérieur et d'une teinte pâle à l'intérieur.

En France, la majeure partie des bois de teinture employés est constituée par le campêche ; la France en importe d'ailleurs beaucoup plus qu'elle n'en consomme, et une bonne part est exportée sous forme d'extrait.

La France a importé, de 1887 à 1896, en moyenne chaque année, 105.495.582 kilogrammes de bois de teinture en bûches, le chiffre d'importation croissant d'ailleurs constamment depuis de nombreuses années (Il baisse depuis 1897). Elle a importé aussi annuellement, pendant cette même période, 160.785 kilogrammes d'extraits tinctoriaux. Elle a exporté, dans les mêmes conditions,l4.65o. 054 kilogrammes d'extraits tinctoriaux. Ce qui concerne spécialement le bois de campêche n'est pas séparé dans les statistiques.

L'Allemagne a importé en 1899, 29 millions de kilogrammes de campêche provenant surtout du Mexique (14), de Saint-Domingue et Haïti (7), etc. La Grande-Bretagne en a

lOlO CHAPITËE lï. — ÉTUDE SPÉCIALE DES ÈOlS tTÎLËS

importé 33 millions de kilogrammes, arrivant du Honduras anglais (17), de Saint-Domingue et Haïti (10), du Mexicpie (3 1/2), etc. La production du Yucatan a diminué, tandis que le bois de Saint-Domingue est de plus en plus recherché pour son bas prix.

Le prix en bûches est très variable ; en 1900, il était coté, au Havre, 11 à 25 francs les 100 kilogrammes^ selon la provenance. L'extrait sec se paie, suivant les qualités, de 25 à 165 francs les 100 kilogrammes.

915. Ë^em Caelioiui. — La substance connue dans le commerce sous le nom de cachou et qu'utilise l'industrie pour le tannage et la teinture, est un extrait préparé avec la partie centrale de certains bois que Ton découpe en menus fragments et que l'on fait bouillir dans Teau; la liqueur, concentrée dans des récipients en terre, est séchée à Tair puis coupée en pains.

Les bois qui fournissent le cachou proviennent de différents arbres parmi lesquels nous citerons : des acacias (Légumineuses-mimosacées) tels que : A. caêechu, qui croit dans les forêts tropicales des Indes orientales, au Bengale, à Ceylan ; VA. ^uma, du sud de l'Inde et du Bengale ; un palmier, VAreca calechu dont on utilise surtout le fruit, « la noix d'Arec », pour l'extraction de cette substance.

Il existe, dans le commerce, des substances très voisines, employées surtout pour le tannage, que Ton désigne sous le nom de Gambier {Gambir des Allemands et des Anglais), que l'on extrait des bourgeons et des feuilles de ÏUncaria Gambier (Rubiacées) et du Khios ; celui-ci est constitué par le liquide qui s'écoule des fentes naturelles ou artificielles faites sur le tronc de divers végétaux, notamment des Plerocarpus et des Eucalyptus,

Les cachous provenant des acacias sont surtout fabriqués par les Chinois et les Birmans munis de licences de bouilleurs de cachou. Les arbres sont considérés comme favorables lorsqu'ils atteignent un pied de diamètre, ce qui arrive quand ils ont 25 à 30 ans ; ils sont alors abattus, Fécorce et l'aubier sont enlevés et jetés. Après avoir été découpé en blocs de deux ou trois pieds de long, le cœur du bois rouge est fendu en fragments.Les bûches sont placées dans des jarres en terre, à

fiOIS EXOTIQUES d'iMPORTATION 1011

orifice étroit, pleines d'eau et disposées sur un fourneau. On fait bouillir et on réduit le jus ainsi obtenu à Tétat sirupeux en agitant continuellement. On agite jusqu'à ce que la masse soit assez refroidie pour qu'on puisse la manier, on Fétend alors sur des feuilles dans un cadre de bois et on laisse solidifier par Texposition au soleil. La masse est préalablement divisée en morceaux. Une tonne de bois préparé donne de 250 à 300 livres de cachou. Le cachou en pÀte est d'un prix moins élevé que le cachou en cubes, ce dernier étant complètement sec. Le prix de cette matière tannante en masse, ou en pains, varie de 13 à 22 francs les 50 kilogrammes, celui des cubes varie de 25 à 42 francs les 50 kilogrammes.

Il existe, dans le commerce, deux variétés principales de cachou provenant des acacias : le cachou de Pégu et le cachou de Bengale.

La plus importante est le cachou de Pégu ou cachou de Bombay ; il forme des masses aplaties mesurant 16 à 22 centimètres de longueur et 1 à 3 centimètres d'épaisseur ; elles sont recouvertes de grandes feuilles. Sa substance est d'un brun rougeàtre ou d'un brun noirâtre^ dure et cassante à la surface, molle et tenace à l'intérieur, du moins quand elle est d'importation récente ; la substance ancienne ou desséchée a une cassure brillante, conchoïdale et homogène, dans laquelle on observe de petites cavités qui paraissent produites par des bulles de gaz. Le cachou ne fond pas à la chaleur, il brûle sans produire de flamme et laisse alors des cendres blanches ; sa saveur est franchement astringente, très peu amère avec un arrière-goût doux et légèrement aromatique.

Le cachou du Bengale se présente sous la forme de pains de 2 à 5 centimètres d'épaisseur et en morceaux irréguliers formés d'un certain nombre de plaques superposées ; sa surface extérieure oiTre une teinte brunâtre et une consistance assez ferme ; à Tintérieur, il est ferme, grisâtre, opaque, poreux et terreux. Sa saveur est agréable, astringente, suivie d'une certaine fraîcheur.

Ces deux sortes de cachou, traités par l'eau froide, blanchissent, se ramollissent, se désagrègent et se dissolvent partiellement ; par l'eau bouillante, ils donnent une solution brun-rouge clair. Ils renferment tous deux de la catéchine.

Les cachous provenant du palmier, VAreca catechu, sont

très difiFérents des précédents, car ils ne renferment pas de catéchine ; ils fournissent une matière tannante rouge, à peine soluble dans Teau froide ou chaude. On les retire non du bois mais des graines d'Arec; cette exploitation se fait surtout dans les Indes, à Ceylan.

Le cachou desséché contient 12 à 20 0/0 d'eau, humide il en renferme 40 0/0. Sa teneur en tannin varie d'après sa teneur en eau et va, pour une bonne sorte, jusqu'à 60 0/0. Il ne se dissout pas complètement dans Teau ; pour l'employer on place les morceaux dans une corbeille et on suspend celle-ci dans un récipient plein d'eau ; de cette façon il ne se trouve dans le bain aucune substance insoluble.

Les cachous sont souvent falsifiés ; on leur ajoute des cachous de qualité inférieure ou des extraits astringents qui donnent à la masse une teinte foncée presque noire ; ils modifient sa saveur sucrée, en même temps ils changent la teinte du précipité obtenu par le perchlorure de fer qui, au lieu d'être vert, devient noir ou violet. Des falsifications plus grossières consistent en l'addition de substances inertes, de l'argile, du sable et du carbonate de fer, qui sont facilement révélés par l'incinération, de la fécule décelée par un examen microscopique ; le cachou pur n'en renferme jamais.

Le cachou est une matière tannante bonne et rapide, mais il fermente facilement et donne peu d'acides. Il colore le cuir beaucoup plus fortement que le gambier.

Il ne peut servir au tannage complet, mais on en fait une grande consommation pour complément de tannage, en mélange avec d'autres substances tannantes.

Le cachou est une des matières colorantes naturelles les plus employées et son rôle est important dans les fabriques d'indiennes et les teintureries. Les couleurs qu'il donne sont très solides, sans l'emploi de mordants; il colore le coton et la laine en brun. Cette teinture brune peut être modifiée par addition d*autres substances au bain, comme les bois jaunes, rouges et le quercitron (écorce du chêne quercitron) ; l'addition de sels métalliques, comme le sulfate de cuivre, avive la teinture qui devient d'un brun rouge. On peut réaliser, par addition d'autres matières colorantes au cachou, des teintes grises, olive, bronze, des couleurs de bois claires ou foncées, des bruns plus ou moins sombres, des jaunes paille et chamois, des rouges et des rouges bruns.

BOIS EXOTIQUES D*IMPORTATION 1013

Le cachou est encore employé en médecine comme astringent et comme stimulant stomachique. Les fumeurs sVn servent pour masquer l'odeur du tabac.

La France en consomme près de 5 millions de kilogrammes annuellement, provenant des Indes anglaise ; TAUemagne, 7 millions 1/2 de kilogrammes et TAngleterre, 22 millions de kilogrammes (cachou etgambier réunis) (1).

attt. Itolfl riNiire on bols de Brésil. — On comprend sous ce nom diverses variétés de bois, appartenant au genre Csesalpinia (Légumineuses-Césalpiniacées) et susceptibles de communiquer aux fibres textiles, mordancées à Talumine, une couleur rouge d'ailleurs peu solide.

Les arbres qui les fournissent croissent surtout aux Indes, dans TAmérique méridionale et aux Antilles. Ces bois sont durs, compacts, de couleur jaune clair à l'intérieur et brune à l'extérieur, sans odeur, de saveur astringente; ils teignent la salive en rouge.

Ils arrivent sous forme de bûches, de bâtons, ou de souches.

Il en existe de nombreuses variétés dont les principales sont :

I** Le bois de Femainboiic ou bois de Brésil^ le meilleur de tous (v. p. 971). ;

2o Le bois de Brésil proprement dit, — Produit par le Cœsalpinia brasiliensis. Bûches taillées à la hache et dépouillées de leur aubier. Dur, compact, d'un rouge de brique dans les sections fraîches et brunissant à l'air. Il est moitié moins riche que le précédent ;

3* Bois de Sainte-Marthe et de Nicaragua, — Produit par le Cœsalpinia echinata des forêts de Sainte-Marthe et de la Sierra-Nevada au Mexique. Bûches d'un mètre de long, de 10 à 20 kilogrammes. Dur, pesant, compact, couvert d'un aubier blanc. Il tient le second rang parmi les bois rouges, au point de vue de la richesse.

(1) Il existe en Indo-Chine une substance, appelée eu ndu au Tonkin (faux gambier produit par les tubercules d'une liane épineuse, le Dioscorea atropurpurea Rox.), très employée et qui teint bien les étoffes en cachou. On propage le végétal qui produit cette substance que l'on pourrait essayer de substituer au cachou de l'Inde.

4* Bois de Sappan ou du Japon. — Fourni par le Cœsalpinia Sappan. Indes, Siam, Moluques, Chine (1), Japon, Antilles, Brésil. Bûches ou branches avec tissu médullaire central. Dur, compact, à grain fin, susceptible d'un beau poli ; rouge très pâle. Le bois de Lima du commerce n'est qu'une variété de sappan. Les bois de Manille et des autres Philippines sont les plus mauvaises variétés. Ce bois est parfois improprement désigné sous le nom de bois de Sibucoa.

5o Bois de Brésillet. — Produit par le Cœsalpinia vesicaria. Guyane, Jamaïque, lies de Bahama. Bâtons de 54 millimètres de diamètre recouverts d'aubier ; couleur rouge ; variété peu estimée.

6^ Bois de Californie. — Produit par un Cesalpinia de la Californie d'espèce non spécifiée.

7® Bois de terre ferme ou de Colombie. — Dur, pesant, noueux et tortueux ; fibres longitudinales entrelacées, couleur jaunâtre.

8^ Bois de Bahia. — Bûches coupées carrément et dépouillées ; couleur jaunâtre ; qualité moyenne ; saveur amère astringente.

La matière colorante de ces bois rouges a été isolée par Chevreul qui la nomma : brésiline. Elle est dans le bois à l'état de glucoside que Ton décompose par la fermentation à laquelle on soumet le bois quand on veut l'utiliser pour la teinture ; elle est incolore ; Tair, en l'oxydant, la transforme en une matière colorante d'un rouge brun, la brésiléine. Cette transformation est facilitée par la présence dos alcalis, des vapeurs ammoniacales, de la chaux, du carbonate de chaux, de Turine putréfiée, etc.

On peut facilement extraire la matière colorante du bois de Brésil par l'eau dans laquelle elle est soluble, il faut procéder par décoctions répétées. Le liquide de la décoction se colore peu à peu à l'air par oxydation de la brésiline.

Les acides font passer au jaune orangé les solutions rouges de bois de Brésil, les alcalis ramènent cette teinte au rouge cramoisi.

L'alun ne 'précipite pas la solution de ces bois, mais si on

(4) On l'a signalé au Tonkin, province de Lang-Son, où les indigènes désignent l'arbre sous le nom de Cdy vang.

BOIS EXOTÎQDES d'iMPORTATîON 1015

le rend basique au moyen de carbonate de potasse et que Ton chauffe, il se dépose une laque rouge.

Les formes sous lesquelles on emploie le bois de Brésil ou sa matière colorante sont :

1*^ Le bois lui-même réduit en copeaux ou en poudre. Il sert à la teinture en rouge, en rose, en amarante, en cramoisi ;

2^ Le jus de Brésil ou petites eaux, obtenu par rébullition du bois en poudre ou en copeaux avec dix-huit ou vingt fois son poids d'eau, sous l'influence de la vapeur d'eau ; ou par un épuisement méthodique du bois par Teau chaude ;

3** Les extraits concentrés à 10® ou 20® Baume ou môme solides. Cette forme, commode pour le transport et la préparation des couleurs d'impression, est actuellement presque exclusivement usitée ;

4° Les laques. Elles servent particulièrement pour Timpression des papiers et les divers genres de peinture.

Les teintures obtenues avec le brésil seul sont peu solides, mais on ne l'utilise que pour modifier des nuances obtenues avec d'autres couleurs naturelles, telles que le campêche, le rocou, le bois jaune.

917. Itols de «aiital roui^e. — Ce bois, produit surtout par le Pterocarpus indicus^ rentre dans la catégorie des bois rouges de teinture. Nous Fétudions, ainsi que le camwood, avec les bois d'ébénisterie fp. 976).

919. Bols Jaune. — Ce bois provient du Monts tinctoria ou mûrier des teinturiers, arbre de la famille des Urticacées. Il croit aux Indes, dans l'Amérique du Sud et dans certaines parties de l'Amérique du Nord.

Le bois du mûrier des teinturiers, quand il est de bonne qualité, est dur, d'une belle couleur jaune brun, un peu garance à l'extérieur, avec des veines rouges. Ce bois, qu'on utilise presque exclusivement en teinture, mériterait d'être employé plus souvent en ébénisterie. Les qualités inférieures se signalent parleur teinte uniforme, indice d'une faible teneur en matières colorantes. Un défaut de ce bois est d'être trop souvent piqué par les vers.

Il existe dans le commerce plusieurs variétés qui portent le nom de leur pays d'origine. Ce sont :

lOlC CHAPITRE IX. — ÉTUDE SPÉCIALE DES BOIS UTILES

Le bois de Cuba, qui est la meilleure variété ;

Le bois de Tampico, qui est plus clair que le précédent ;

Le bois jaune du Brésil, très clair et piqué des vers ;

Les bois de Porto-Rico, de Carthagène, de Maracaïbo, de St-Domingue,de la Jamaïque, de Tuspan, des Indes orientales.

Les décoctions de bois jaunes présentent les caractères suivants :

Les alcalis donnent une coloration jaune orange foncé, sans précipité ;

Les acides sulfurique, azotique, oxalique, donnent un léger précipité ; Talun, un précipité jaune ; le sulfate de protoxyde de fer, un précipité noir olive et une coloration olive ; le chlorure d'étain, Tacétate de plomb, Tacétate de cuivre, fournissent des précipités jaunes ou jaune-brun ; la gélatine, un précipité floconneux.

On s'accorde pour admettre l'existence dans ces bois de deux principes colorants, Tun soluble dans Teau, l'autre insoluble. C'est Chevreul qui les isola le premier, et les désigna sous les noms de Morin blanc et Morin jaune. En 1861, Wagner, en ayant repris l'étude, les considéra comme deux acides qu'il appela, l'un, acide moriqùe ou morin, presque insolulile dans Teau, l'autre, acide morin tannique ou maclurine, assez soluble au contraire.

De nouvelles études donnent à penser que ce ne sont pas là les seuls principes de la matière colorante du bois jaune.

Le morin, presque insoluble dans l'eau froide, un peu soluble dans l'eau chaude, se dissout bien dans l'alcool.

Les alcalis, les phosphates et les borates alcalins le dissolvent en se colorant en jaune ; les acides le précipitent. Le perchlorure de fer colore en vert foncé sa solution alcoolique. Sa forniule est, d'après Hlasiwetz : C^^H'^O'», quand il est séché à 200^ et C"H«0^ (H'O)^ quand il est séché à l'air.

Il réagit sur les carbonates alcalins et alcalino-terreux, ainsi que sur le carbonate de plomb, en donnant des précipités jaunes.

La maclurine se présente sous forme de cristaux plus ou moins jaunes, solubles dans l'eau, surtout à chaud, et dans l'alcool ; sa solution aqueuse précipite en noir verdâtre par le sulfate de fer, en jaune par l'acétate de plomb ; le précipité est soluble dans l'acide acétique. La formule en est C*^H*°0% après dessiccation à 130*^.

BOIS EXOTIQUES d'iMPORTATION 1017

Les bois jaunes sont dans le commerce sous forme d'extraits secs dits extJ'aits de Cuba^ou en extraits liquides à 30*^ B.

Ils rentrent, dans le tarif des douanes, dans la rubrique « bois de teinture ».

Voici,d'après Bruelh, le rendement en extrait sec et en couleur, de diverses variétés de bois jaunes :

Noms des bois Extrait Matière colorante

Cuba ....

Tampico . . .

Maracaïbo . .

Tuspan . . .

Saint-Domingue

91». Itols de t^mtet. — (Voir p. 877).

990. Utilisation des bols de teinture. — On se contentait autrefois de diviser les bois de teinture en poussière ou en petits fragments que Ton jetait directement dans le bain de teinture ; c'était par Tébullition avec la matière textile que la couleur se développait et se fixait sur les fibres soumises à la teinture.

Ce procédé présentait des inconvénients multiples : les bûches ou les écailles occupaient une place trop considérable dans le bain ; le bois se mêlait souvent aux fibres malgré Tinterposition d'un nouet, enfin Tépuisemenldu bois était imparfait. On a changé cette manière de faire en préparant des décoctions de bois tinctoriaux, que l'on a concentrées ensuite par évaporation sous forme à^extraits sirupeux ou même solides. Ils ont Favantage d'être d'une manipulation facile et de contenir, sous un petit volume, une grande quantité de matière colorante. Cette industrie de la fabrication des extraits de bois date de trois quarts de siècle, elle s'est toujours développée en France qui y a acquis une supériorité notoire. C'est ainsi qu'on pourra remarquer, en consultant les données statistiques qui suivent, que la France importe une grande quantité de bois tinctoriaux en bûches, dont une bonne partie est réexportée sous forme d'extraits.

ttl. Kxtralis de itols de teinture. — Les bûches sont

divisées, à Taide de varlopes semi-coniques ou de meules spéciales, en copeaux ou en poudre, afin que l'eau les pénètre et les épuise mieux. Cet épuisement peut se faire à Tain libre, avec de Feau ^60-70*^ centigr dans des cuves disposées pour un lavage méthodique. Il suffit le plus souvent de trois cuves. Le jus coloré marque, au sortir de la troisième cuve, de 1,5 à 3^ B.

On rend généralement cette opération plus rapide par l'emploi de chaudières autoclaves, agissant sous 1 atm. 1/2 de pression. L'extraction ou cuite ne demande pas plus d'une heure pour une chaudière de 400 à 600 litres recevant 30 à 40 kilogr. de bois. Cela, en comprenant dans l'opération le chargement, le déchargement, la cuisson et la décantation.

Le bois reçoit deux cuissons si on le juge utile. Les jus que l'on obtient ainsi, à l'air libre ou sous pression, sont évaporés dans le vide au moyen d'appareils spéciaux qui amènent l'extrait à marquer 25 à 35^ B. Pour obtenir un extrait sec, le sirop doitêtre chaufiFé dans des chaudières particulières, munies d'agitateurs, où on le reçoit sur une toile métallique à mailles serrées qui circule dans une chambre chaude. Des brosses enlèventla matière séchée, et la toile, animée d'un mouvement continu, plonge à nouveau dans le sirop qui s'attache aux mailles et se trouve exposé à Tair chaud sur une grande surface.

Ces extraits tinctoriaux sont fréquemment falsifiés ; il est de l'intérêt du teinturier de vérifier les produits livrés.

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