‹ Les bons enfantsChapitre 20 sur 30 · LE COCHON IVRE MORT · texte numérisé non relu

LE COCHON IVRE MORT

E lendemain, à l'heure ordinaire, les enfants se rassemblèrent, et Pierre commença.

(( L'histoire que j'ai à raconter n'est pas longue, mais elle est incroyable.

SOPHIE

Alors pourquoi nous la racontes-tu ?

Parce qu'elle est drôle, c'est-à-dire terrible.

MARGUERITE

Est-ce que tu vas nous faire peur?

PIERRE

Non, pas du tout; au contraire, vous rirez.

HENRI

Et pourquoi dis-tu qu'elle est terrible?

PIERRE

Tu vas voir. D'abord elle s'appelle le Cochon

â32 LES BONS ENFANTS

ivre uinrl. Tu vois que c'est drôle et terrible. N'est-ce pas, Camille?

CAMILLE

Cela me parait très joli et très amusant.

PIERRE

Ah! vous voyez, vous autres, ce que dit Camille.

SOPHIE

Dis donc, si tu commençais !

Je commence. Je dis donc : le Cohon ivre 3iort. Remarquez bien que je ne dis pas seulement ivre;

je dis IVRE MORT.

LÉONCE

Mais oui, mais oui; nous avons remarqué. Commence enfin.

PIERRE

Je commence. Ne m'interrompez plus à présent, parce que, moi, d'abord, quand on m'interrompt, cela me brouille les idées et je ne sais plus ce que je dis.

SOPHIE

Il me semble que tes idées sont déjà brouillées. Tu parles depuis un quart d'heure pour ne rien dire.

PIERRE

D'abord il n'y a pas cinq minutes, et vous m'interrompez toujours. Je commence. Un jour,... c'està-dire un soir,... pas tout à fait soir, mais un peu tard pour le jour. Vous comprenez?

LÉONCE

Oui, oui, va donc!

— Un jour donc, c'est-à-dire un soir, nous regardions le cuisinier verser de la liqueur de cassis dans des bouteilles; il j en avait beaucoup. Quand il eut tout versé, il lui restait tous les grains de cassis. Je lui dis :

« Qu'allez-vous faire de tous ces grains, Luche? Si vous nous en donniez?

— Oh non! monsieur Pierre; cela vous ferait mal : c'est d'une force terrible, à présent que c'est imbibé d'eau-de-vie; ce n'est plus bon qu'à jeter. »

Et Luche versa ce que contenait le bocal dans une terrine, qu'il mit par terre dehors.

Pendant que Luche bouchait ses bouteilles, un cochon de la ferme vint voir s'il trouverait quelque chose à manger; il voit la terrine, s'approche, met dedans son gros nez pour savoir ce que c'est, renifle, trouve que cela sent bon, en goiite un peu, le trouve excellent, et mange, mange si vite et si bien, qu'en deux minutes il mange tout. Nous appelons Luche.

(c Tenez, Luche, le cochon vous a mangé tout votre cassis.

— Ah! le vilain gourmand! dit Luche. Pourvu que ça ne lui fasse pas de mal! Allons, va-t'en! » lui dit Luche en le chassant du pied.

Le cochon fait un pas de côté et chancelle; il va à droite, il va à gauche, il saute, il se roule, il a l'air de danser. Il fait de si drôles de choses que nous nous mettons à rire, que Luche rit ; il appelle toute la maison pour voir un cochon ivre; les do-

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mestiques accourent : nous nous amusons beaucoup de ce pauvre cochon; enfin il devient si bruyant, grognard, méchant même, qu'on le pousse, on l'oblige à retourner à la ferme et à rentrer dans sa petite étable; il tombe sur la paille et s'endort. Nous nous en allons.

Vous croyez peut-être que c'est fini; pas du tout : ça ne fait que commencer.

Tant mieux ! parce que c'est très amusant.

PIERRE

Je suis content que cela vous amuse. Vous allez voir. Nous racontons au salon comment le cochon s'est enivré, comment il sautait, dansait et faisait beaucoup de bêtises, et puis nous nous couchons.

Ce n'est pas tout. Vous allez voir. Le lendemain nous nous levons, nous déjeunons et nous sortons. A peine sortis, nous voyons arriver la grosse fermière, car j'ai oublié de vous dire qu'elle était très grosse. La grosse fermière arrive tout eiïarée.

« Messieurs, dit-elle, je voudrais bien voir votre maman; elle a de si bons remèdes pour toutes sortes de choses : je veux lui en demander un pour notre cochon, sauf votre respect. »

Ils disent toujours cela quand ils parlent d'un cochon.

Nous lui demandons si son cochon est malade.

« Mais je ne sais pas ce qu'il a, monsieur; depuis hier il ne bouge pas plus qu'un mort; il est resté couché sur le côté où vous l'avez vu tomber hier.

Nous avons beau le tirer, le secouer, rien n'y fait; il n'ouvre seulement pas les yeux. »

Nous menons la grosse fermière chez maman; elle lui raconte ce qu'elle nous a déjà dit. Maman lui conseille de mettre quelques gouttes d'alcali dans une cuillerée d'eau et de la faire avaler à son cochon. La fermière remercie et s'en va. Une heure après, maman nous propose d'aller savoir des nouvelles du cochon ; nous sommes enchantés et nous y allons. Le cochon n'allait pas mieux; il n'avait pas bougé. Maman lui trouva un air singulier; elle lui tâte les oreilles : froides comme un marbre; le nez : froid comme la glace; elle lui entr'ouvre l'œil : fixe comme un mort; elle lui lève la patte : raide comme une jambe de bois !

« Votre cochon est mort, dit-elle; il est mort depuis longtemps, il est froid et raide.

— Hélas ! notre cochon ! Pauvre bête ! Faut-il vraiment.... Dis donc, François, viens voir! Madame dit que notre cochon est mort. G'est-y malheureux ! Une bète qui valait plus de cent francs ! »

François examine, tâte à son tour, et dit, comme maman, que le cochon est mort et bien mort.

(c C'est-y croyable?... disaient-ils. Pour avoir mangé du cassis ! si je l'avais pensé hier, je lui aurais fait des remèdes, le remède de madame. C'est qu'il était déjà mort quand je lui ai fait avaler ce matin. »

Nous nous en sommes allés, puisqu'il n'y avait plus rien à faire pour ce cochon. Nous ne pouvions pas comprendre comment le cassis avait pu le

tuer. Le médecin a expliqué à maman que le sang crevait le cerveau et coulait partout sous la peau, et d'autres choses que je n'ai pas très bien comprises.

Voilà mon histoire. Je vois qu'elle vous a beaucoup amusés, car vous ne m'avez pas interrompu.

JACQUES

Oui, elle est très amusante, mais je ne la trouve pas terrible.

Tu ne trouves pas terrible que ce pauvre cochon meure en dormant?

JACQUES

Ma foi ! non. Il meurt en gourmand; ce n'est pas touchant ni effrayant

CAMILLE

Mais c'est très amusant et très bien raconté.

PIERRE

Et toi, Sophie, tu ne dis rien?

SOPHIE

Je réfléchis pour savoir si ce que tu as raconté est possible, et... je crois que non.

PIERRE

Comment! non? Puisque je vous dis que je l'ai vu, que c'était devant moi que le cochon a mangé le cassis, a été ivre, a dansé, sauté, joué, et qu'enfin je l'ai vu mort et sa maîtresse désolée.

SOPHIE

Je sais bien que tu l'as dit, mais je crois que c'est pour nous amuser, comme fait grand'mère, qui commence souvent : « Quand j'étais petite », et

« Votre cochon est mort », dit-elle, (Page '23a.)

puis elle nous raconte des bêtises incroyables, comme si grand'mère faisait jamais des bêtises.

Elle n'en fait plus depuis qu'elle est grande : mais quand elle était petite, elle faisait tout comme nous.

SOPHIE

Grand'mère! Ha! ha! ha! je voudrais voir grand'mère faisant des bêtises. Ce doit être drôle! Je vais lui demander ce soir de nous en faire seulement une.

VALENTINE

Tu vas te faire gronder par ta maman.

SOPHIE

Non, car elle ne le saura pas; je le dirai tout bas à grand'mère.

HENRIETTE

Grand'mère le lui dira.

SOPHIE

Pas de danger, va! Grand'mère est fine; elle raconte des choses de nous à ta maman, à celle de Pierre et de Henri ; mais pas de danger qu'elle les dise à maman, ni à la maman de Marguerite, ni à celle de Madeleine, ni à celle de Valentine.

LOUIS

Bah! tu te figures cela.

SOPHIE

Puisque j'ai entendu grand'mère presque mentir pour nous excuser.

JACQUES

Ce n'est pas vrai, cela ; grand'mère ne ment jamais.

SOPHIE

Je n'ai pas dit qu'elle avait menti; j'ai dit « presque » ; presque n'est pas tout à fait.

MADELEINE

Comment veux-tu qu'on mente presque? on ment ou ne ment pas.

SOPHIE

Non, mademoiselle, on peut mentir presque. Ainsi, ce matin, quand Marguerite a demandé à tripoter dans l'eau pour se laver les mains, grand'mère ne voulait pas. « Tu vas te mouiller, tu vas faire des bêtises, et puis maman grondera. — Oh non! grand'mère; je vous en prie, cela m'amuse tant! )) Alors grand'mère, qui nous donne toujours ce que nous voulons, tu le sais bien, a donné de l'eau tiède, un beau petit savon rose, une gentille petite éponge, et Marguerite a commencé à bien s'amuser et s'est mouillée énormément. Ma tante arrive. « Quelles bêtises faites-vous là, mademoiselle? Petite sotte, petite sale! Vous êtes une méchante, mademoiselle! Petite laide! » La pauvre Marguerite allait pleurer, parce qu'elle avait peur que ma tante ne la fouettât; mais grand'mère a dit bien vite : « Ne la gronde pas ; ce n'est pas sa faute ; c'est moi qui lui ai donné de quoi se laver les mains ; j'aurais dû lui relever ses manches, je n'y ai pas pensé. Tu vois bien qu'il ne faut pas la gronder, la pauvre petite. » Et ma tante n'a plus rien dit. Tu vois que grand'mère a presque menti, puisqu'elle a laissé croire à ma tante que c'était par obéissance que Marguerite se lavait les mains.

C'est vrai, cela, tout de même.

JACQUES

Non, ce n'est pas mentir; grand'mère disait vrai et en même temps elle sauvait la pauvre Marguerite.

SOPHIE

Mon Dieu, que vous êtes tous bêtes! Vous ne comprenez pas ce que je veux dire !

LÉONCE

Eh bien, je te remercie, par exemple, des douceurs que tu dis à la société !

SOPHIE

Ah bah! vous m'ennuyez. Et moi je dis tout de même que je ne crois pas que des bêtes puissent être ivres.

CAMILLE

Demandons-le à papa; il le saura bien. » Les enfants coururent tous demander à M. Éliant si l'histoire pouvait être vraie.

M. ÉLIANT

Quelle histoire? Je ne la connais pas.

On lui raconta l'ivresse et la mort du cochon.

« Je vais vous en faire une expérience dès ce soir; ce sera plus amusant encore que l'histoire de Pierre. Nous allons prendre de l'avoine que nous ferons tremper dans de l'eau-de-vie, et nous la donnerons aux poules; vous verrez l'effet qu'elle leur produira.

CAMILLE

Et si les poules meurent comme le pauvre cochon.

M. ÉLIANT

Non, nous ne leur en donnerons pas assez pour leur faire mal ; seulement de quoi les enivrer un peu. »

Les enfants demandèrent à leur oncle de faire l'expérience tout de suite. M. Eliant y consentit. Ils allèrent tous à l'écurie pour prendre de l'avoine; on versa dans une terrine une demi-bouteille d'eaude-vie, puis l'avoine, que les enfants mêlèrent et remêlèrent jusqu'à ce qu'elle fut bien imbibée d'eau-de-vie.

M. ÉLIANT

A présent, allons à la ferme. Qui est-ce qui se charge de porter la terrine?

— C'est moi î c'est moi ! s'écrièrent-ils tous à la fois.

— Vous ne pouvez pas vous mettre dix à porter une terrine, dit M. Eliant. Tirons au sort, à la courte paille.

— Gomment ça se fait-il, la courte paille, mon oncle?

— Je vais prendre autant de brins de paille qu'il y a d'amateurs pour porter la terrine. Chaque brin aura une longueur différente; je les prendrai tous dans ma main de manière à ne laisser passer que les bouts, et je cacherai de l'autre main le reste des pailles. Chacun tirera la sienne, et celui qui aura la plus courte portera la terrine. »

Les enfants se mirent à chercher des brins de paille; M. Eliant les coupa de longueurs différentes et, les mêlant toutes, il les présenta aux enfants.

Chacun tira; ce fut Camille qui se trouva avoir la plus courte; mais elle s'aperçut que Louis était tout triste de ne l'avoir pas eue; elle fit semblant de trouver la terrine trop lourde et la donna au petit Louis, dont le visage devint radieux. M. Éliant s'aperçut seul de la bonne action de Camille et l'embrassa tendrement, en lui disant tout bas :

(( C'est bien ce que tu as fait, ma petite Camille. »

Quand ils arrivèrent à la ferme, les enfants se mirent à appeler les poules, qui ne tardèrent pas à accourir.

Chacun leur jeta l'avoine trempée d'eau-de-vie; elles la mangèrent avec avidité et ne tardèrent pas à donner les mêmes symptômes d'ivresse que le cochon; elles sautaient, caquetaient, se battaient, faisaient un tapage extraordinaire. Quand la fermière arriva, elle fut étonnée de leur agitation et voulut les faire rentrer au poulailler, car l'heure de leur coucher était arrivée. Elle eut toutes les peines du monde à les faire rentrer; quand une partie des poules était rassemblée, l'autre se débandait et recommençait les sauts et les batailles; les enfants s'amusaient beaucoup de cette agitation et se mirent tous à aider la fermière, qui suait, qui n'en pouvait plus. Enfin on parvint à enfermer les poules. r!:iais les cris et

Louis portail la terrine

les caquetages continuaient à se faire entendre. On n'avait pas dit à la fermière que ses poules étaient ivres, de peur qu'elle ne grondât; de sorte qu'elle ne comprenait rien à leur gaieté extraordinaire.

« Crois-tu maintenant à mon histoire? dit Pierre à Sophie en s'en allant.

SOPHIE

Oh oui ! j'y crois. Étaient-elles drôles, ces poules ! Comme elles sautaient!

JACQUES

Et comme elles se battaient! Il y en avait qui tombaient sur le dos.

LOUIS

Et d'autres qui se roulaient et qui ne pouvaient parvenir à se relever.

JEANNE

J'ai peur qu'elles ne se battent horriblement dans le poulailler.

VALENTINE

Oh non! elles vont s'endormir bientôt, comme le cochon de Pierre.

MARGUERITE

Et si elles allaient ne plus se réveiller?

Sois tranquille; papa a dit qu'il ne mettrait pas assez d'eau-de-vie pour leur faire du mal.

LÉONCE

Tout de même, cela fait mal d'être ivre.

MADELEINE

Comment le sais-tu?

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LÉONCE

Parce que je me suis enivré une fois, et je sais comme on est mal à l'aise.

ELISABETH

Tu t'es enivré, toi! mais c'est dégoûtant!

LÉONCE

Je ne l'ai pas fait exprès. Voilà comme c'est arrivé. J'avais très chaud et très soif. Je verse dans un verre du vin rouge, puis de l'eau ; je bois, je trouve cela excellent et je bois un second verre; quelques minutes après, ma tête tourne, je marche de travers; ma bonne s'effraye, me demande ce que j'ai bu; je lui montre les deux bouteilles. Ce que je croyais être de l'eau était du vin blanc. Ma bonne court vite prévenir maman, qui me fait avaler un verre d'eau avec quelques gouttes d'alcali. Je me sentais mal au cœur, mal à la tête, je ne savais ce que je disais ; je voulais toujours aller me promener et boire à même des bouteilles. On me couche; je chante, je saute dans mon lit; enfin je m'endors pendant que maman me mouille le front et la tête avec de l'eau froide. J'ai dormi douze heures sans bouger, et, quand je me suis réveillé, j'avais encore mal à la tête et mal au cœur. Tu vois que je sais très bien ce que c'est que d'être ivre.

HENRI

C'est drôle, cela. Je voudrais bien avoir été ivre aussi.

LÉONCE

Quelle bêtise tu dis! Quand on est ivre, on est comme un imbécile, un animal. Je t'assure que,

depuis que je Tai été sans le vouloir, je me suis bien dit que j'y prendrais garde à l'avenir. »

Les enfants allèrent se coucher. Le lendemain, à l'heure du déjeuner, Mme Eliant raconta que la fermière était venue chez elle tout effarée.

« Madame, m'a-t-elle dit, il faut au plus vite nous défaire de nos poules et purifier le poulailler. Elles sont toutes possédées du diable.

— Que dites-vous là, ma pauvre Mathurine? Vous savez, comme moi, que c'est impossible.

— Madame ne dirait pas cela si elle avait couché à la ferme cette nuit. Si madame savait quel sabbat m'ont fait ces poules jusqu'à minuit passé, elle dirait comme moi. Déjà hier soir, monsieur et les enfants pourront bien dire à madame le mal qu'elles m'ont donné pour les faire rentrer. Pas moyen de les tenir. Une fois enfermées, elles m'ont fait un vacarme d'enfer. Si madame veut m'en croire, elle fera étouffer toutes ces vilaines bêtes, et elle priera M. le curé de jeter de l'eau bénite dans le poulailler. »

Je l'ai laissée parler tant qu'elle a voulu.

(( Ma pauvre Mathurine, lui ai-je répondu, vous ne savez donc pas que mon mari s'est amusé à enivrer vos poules avec de l'avoine trempée dans de l'eau-de-vie, et que vos poules étaient non pas endiablées, mais ivres? Quand l'ivresse a été passée, elles sont redevenues tranquilles. Je suis fâchée que mon mari ne vous l'ait pas dit. Il a craint que vous ne le grondiez; c'est ce qui l'a empêché de vous donner l'explication de leur gaieté bruyante.

— Ah! monsieur s'amuse à ces tours-là! m'at-elle répondu d'un air indigné. Je n'aurais jamais cru qu'un homme raisonnable comme monsieur pût s'amuser à ces choses-là. Il m'a fait passer une nuit terrible, il peut s'en vanter. Madame pense que ce n'est pas agréable de savoir le diable à sa porte, comme je l'ai cru toute la nuit. Et mon bonhomme aussi n'a pas dormi seulement une miette. Il était plus tremblant que moi. J'en fais bien mon compliment à monsieur! Un joli jeu qu'il a trouvé! Une jolie leçon qu'il a donnée aux enfants! Enivrer mes poules, vraiment! Perdre de l'eau-de-vie à une pareille malice !

— Calmez-vous, ma bonne Mathurine, lui ai-je répondu; il ne recommencera pas, je vous le promets. »

Et elle s'est retirée grondant encore et fort indignée.

On s'amusa beaucoup de la colère de la pauvre Mathurine, et on résolut d'aller en corps lui faire des excuses de la mauvaise nuit qu'on lui avait fait passer. Elle reçut d'abord assez mal la députation; mais elle s'adoucit par degrés, et finit par rire avec M. Eliant et les enfants.

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