‹ Les Bords du Rhin, de Mayence à CologneChapitre 108 sur 114 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Il ne reste rien de la basilique fondée par Charlemagne.

Au x e siècle, par la piété de l'empereur Olhon III, une église byzantine s'éleva sur la place de l'ancienne. Elle était en forme de dôme, suspendu comme un dais impérissable au-dessus du sépulcre de Charlemagne. Des colonnes de porphyre, naguère rapportées de Ravenne par l'empereur carlovingien, en soutenaient la voûle. Il n'en reste plus que deux ou trois. Les trois siècles suivants ajoutèrent, chacun dans leur style, à la construction d'Othon III. L/ogive gothique s'allia, avec plus ou moins de bonheur, au plein cintre byzantin. Malgré plusieurs incendies, la chapelle d'Aix parvint à peu près intacte jusqu'en 1600. C'est du xvn e et du xvin" siècle que datent tous ses malheurs. Livrés à des architectes sans goût, à des décorateurs imbéciles, ces vieux murs souffrirent tous les outrages imaginables. Des portiques grecs, des ornements du style le plus vulgaire, vinrent masquer les pures ogives du xm e siècle. La sévère coupole d'Othon III devint une espèce de rotonde blanche et rose, tout empanachée, tout enguirlandée, avec des nuages de marbre où dansent des essaims d'Amours joufflus, qui se prennent pour des anges. Toute

la sainteté du lieu n'empêche qu'on ne pense involontairement au plafond d'une salle d'opéra : même style , mêmes agréments mondains , mêmes grâces importunes et fardées. On ne peut concevoir une pareille déception. Les lois de l'art, de la tradition, du goût, ainsi violées, la pensée d'une œuvre ainsi détruite, font souffrir comme une mauvaise action à laquelle on assiste sans pouvoir l'empêcher.

Le plafond s'élève droit au-dessus du caveau de Charlemagne. Une pierre noire, encadrée de cuivre, ferme l'entrée. Des lettres d'or, d'ailleurs modernes, dessinent pour toute inscription ce grand nom :

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