‹ Les Borgia histoire du pape Alexandre VI., de césar et de Lucrèce BorgiaChapitre 8 sur 108 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

ORIGINE DBS BORGIA CalUte UL 1378-1458.

La fAmille dw Bor^a. ^ Portrait des Aragonais. — Alphonse de Borgia : ses études, sa vocation sacerdotale. — Prophétie de S. Vincent Ferrier à Alphonse. — Dignités dont il est revêtu. — Sa religion et son patriotisme. — Le roi d*Aragon le délègue auprès d*£ugène IV. — Succès de sa mission. — Alphonse cardinal. — n est fait gouverneur de Naples. — Election d'Alphonse de Borgia an souverain Pontificat. ^ Réhabilitation de Jeanne d*Arc. — Calixta III prépare une croisade contre Tlslamisme. — Institution de TAngelus. — Triomphe des armées catholiques. — Démêlés de Calizte III avec le roi d*Aragon. — Origine de la haine de la maison de Naples contre, les Borgia. — Reproche immérité fait à Calizte III. — Alliance des Llançol et des Borgia. — Naissance de Rodrigue de Llançol y Borgia.

Au moment où naquit Rodrigue de Llançol qui devait être Alexandre VI, l'église de Valence, en Espagne, avait pour évèque Alphonse de Borgia, qui devait quelques années plus tard s'asseoir sur le trône pontifical, sous le nom de Calixte III.

C'était une antique famille que celle des Borja dans la langue du pays, ou Borgia dans la langue plus douce des Italiens. Les historiens s'accordent à la faire descendre des anciens rois d'Aragon. Elle floris-

LES BOROIA. 1

sait au commencement du xii« siècle ; les chroniques aragonaises en ont proclamé les grandeurs.

En Tan 1115, Don Pèdre, comte d'Aybar et d'Exavière, petit-fils du roi Ramire 1*', se distingue en guerroyant contre les Maures (1). Pour le récompenser de sa valeur qui avait aidé à reprendre sur ces hordes ennemies Saragosse et ses dépendances, Alphonse I^^ roi d'Aragon lui donne en apanage une portion des terres conquises sur Tennemi. Dans ces terres et située au nord de Saragosse, se trouvait une petite ville, d'origine fort ancienne, qui, sous la domination moresque, avait échangé son nom celtibérien de Belsinum pour celui de Borgia, Don Pèdre d'Aybar ajouta comme un titre de gloire ce nom au nom de ses ancêtres (2). Ses descendants, dont la valeur ne démentit jamais leur naissance, se firent, sous ce nom de Borgia définitivement adopté, une place illustre dans Thistoire d'Aragon.

Les Aragonais sont bien faits, robustes, agiles, capables des plus grands travaux; nés guerriers, pleins de fierté et d'indépendance, prompts à s'exalter pour une cause noble et généreuse. Ils sont sobres et poussent l'amour de la justice jusqu'à la plus inflexible sévérité. Le climat sévère de ce pays semble avoir coulé dans l'âme de ce peuple l'énergie du bronze. Aux mœurs de Sparte il joint la grandeur patricienne

de Rome. C'est à cette race de fer qu'appartiennent les Borgia.

En 1378, naissait à Xativa, un enfant qui devait jeter un nouveau lustre sur cette famille et ce pays.

(1) Blanca, Comment, rerum Aragouensiuni.

(2) Kscolano, Hist. Valeiitin», lib. VI, c. xxni.

Alphonse devait être l'honneur du sanctuaire et l'une des grandes figures de la papauté.

L'Université de Lérida, voisine de la demeure des Borgia« fut l'école où se forma Alphonse. Doué d'un esprit vif et pénétrant, d'un cœur généreux, d'une parole éloquente, il fit de rapides progrès dans l'étude des lettres et de la philosophie, telles qu'on les ensei* gnait à cette époque. Le droit canon était alors la règle des puissances ; Alphonse l'étudia avec ardeur, et telle est la réputation que le noble écolier s'est faite à l'Université, qu'il abandonne les bancs pour prendre la place du maître, et bientôt, il est proclamé le premier jurisconsulte de son siècle (1).

. Alphonse était dans toute la force et la gr&ce de la jeunesse. A cet âge, une âme généreuse ne cherche qu'à donner sa vie à une grande cause. Ce sentiment d'une nature heureuse grandit encore sous le souffle du christianisme. Aussi bien que de nos jours, la lutte entre le bien et le mal était ardente. Un coup d'œil initia l'héritier des Borgia aux maux de son temps, et il éprouva en ce moment le besoin d'apporter le tribut de son corps et de son âme à l'Eglise militante. Il vit d'un seul trait sa place et son devoir, il les vit dans le sacerdoce selon Melchisédech, à la suite de Jésus- Christ, la vérité, la vie et la voie des nations aussi bien que des individus. Il s'appliqua dès lors à orner son âme des vertus apostoliques qu'exige le sacerdoce roval du Christ, sans se douter des hautes destinées que la Providence lui réservait.

(1) Plaiioa ia Calixtnm III, ap. Rayaaldi : Annales eccUsiastici, etc., ann. 1455, n* 17.

4 ORIGINE DES BORQIA.

Elles loi foreot dénoncées pourtant on jour. Alphonse de Borgia, n'étajit encore que simple prêtre, écoutait à Valence la prédication de S. Vincent Ferrier. Perdu dans la foule, il ne songeait qu'à recueillir les paroles brûlantes tombées des lèvres du célèbre apôtre, lorsqu'il s'entendit adresser cette exhortation prophétique :

< Mon fils, je te félicite. Souviens^oi qull t'est réservé d'être un jour la gloire de ta patrie et de ta famille. Tu seras revêtu de la plus grande dignité que puisse porter un mortel... Applique-toi à persévérer dans la vertu (1). f

Le saint prédicateur avait eu une claire intuition de l'avenir, et l'histoire devait faire écho à la prédiction.

Dans l'espace de quelques années, on le voit successivement revêtu de la dignité de chanoine de l'égUse de Lérida, aumênier d'Alphonse V, dont il est en même temps le conseiller intime, et évêque de Valence. H ne voulut jamais accepter d'autres bénéfices : « Je ne veux, disait-il, d'autre épouse que cette égUse de Valence, à qui je désire garder mon affection tout entière (3). •

Evêque et espagnol, deux amours remplissent son cœur et inspirent toutes ses actions : son pays et l'Eglise, son roi et le Saint-Siège. On avait encore la

(1) Vit* S. Vincentii Ferrerii ap. Biovii Annales, aan. 1H9, u' 2t. — PUtina in Cal. III, ap. Rajoald, aan. 1455, n* 17. — llarino Sanuto, ^'it:e dei ducbi di Veaciia, t. XXII, p. U5E>. ~ SummonU, d«U" l«tor. di N'apoli, tom. III, lit. V, p. 172. — Commeatarii Pii II, Ub. 1, p, 25.

(2) Piai ia Caliitum III, ap. Raynald. ann. 1458, d- 40.

CAUXTE iir. 5

naïveté de croire, à cette époque, que Famour du pape n'amoindrit pas le patriotisme.

n met fin par ses habiles négociations à la guerre qui a désolé pendant sept ans la Castille et TÂragon. Aucun péril ne Tefifraye, quand il s'agit de pacifier son pays : < Les lâches seuls, dit-il, craignent le danger^ ce champ où Ton moissonne la gloire (1). »

n montre le même courage dans la défense des intérêts deTEglise contrôles caprices de son roi. Alphonse d'Aragon tend la main aux pères révoltés du Concile de Bâle (1431), mais Borgia réprouve hautement la faveur que son maître accorde au schisme. Ses amis sont effirayés par les dangers que son dévouement au Saint-Siège fait courir à sa fortune. Borgia prononce cette parole, que l'histoire recueille : c Libre par naissance, je ne me fais point esclave pour le désir de plaire. Mentir aux hommes, c'est se faire leur esclave : leur dire la vérité, c'est le moyen de les dominer (2). »

Cette magnanimité de l'Evèque impressionna favorablement le prince ; et un peu plus tard, lorsqu'il sentit le besoin de se réconcilier avec le pape légitime, c'est vers son ancien conseiller, Févèque de Valence, qu'il tourne ses regards. Heureux choix ! à l'évoque qui servait l'Eglise avec un pareil dévouement, Eugène lY ne devait rien refuser ; il commence, au contraire, par offirir au négociateur le chapeau de Cardinal. Mais par un sentiment de générosité et de délicatesse dont le secret est aujourd'hui perdu, Borgia refuse noblement

(1) .^gidii Viterb., Histoire ms. de Calixte III, ap. Rajnal., ann. 1458, n* 41.

(2) Ibid,

jusqu'à la fin de FAinbassade (1). Peu de temps après, un courrier apportait à la cour d'Axagon un billet, qui avec l'annonce de la conclusion de la paix entre le Pontife et le Roi, portait qu'Alphonse était créé cardinal sous le titre des quatre saints couronnés (2).

C'était en Tannée 1445.

Ce jour-là, Rodrigue II de Borgia, qui avait longtemps pleuré en ce seul fils la perte de sa race, dut oublier sa douleur pour se réjouir avec ses amis, dont les hymnes ne tarissaient pas; c'est qu'ils savaient ce qu'il y avait de vertu cachée sous cette pourpre.

Alphonse était alors âgé de soixante-sept ans.

Le roi d'Aragon remercia le prélat en le nommant gouverneur du royaume de Naples. Le nouveau cardinal se montra digne dans ses fonctions quasi-royales de la confiance du prince, en même temps qu'il sut se gagner l'affection du peuple (3).

Nicolas V venait de descendre dans la tombe. Les cardinaux s'étaient réunis pour lui donner un successeur. Le nom du cardinal Alphonse de Borgia fut proclamé. L'histoire a loué ce choix; elle montre le pontife, faisant comme prince temporel les délices de son peuple, béni des petits et des malheureux qu'il protégea, secourut et consola plus en père qu'en seigneur ; elle montre le prêtre dont la charité, la douceur, la chasteté et la piété jetèrent « toutes sortes de bonnes odeurs (4). •

(1) Platina in Calixtum III, ap. Raynald., ann. 1455, n« 17.

(2) Plat, in Cal. III.

(3) Summonte, deir Ist. di Napoli, t. II, lib. V, p. 171. — Giannone, Storia civile del regno di Napoli, t. VI, lib. XXVI.

(4) Plat, in Calixtum III, ap. Raynald., anno 1458, n« 40.

CALIXÏE III. 7

Galixte III inaugura son pontificat par la réhabilitation de Jeanne d'Arc, la vierge inspirée à qui la France devait la conservation de sa nationalité (1). L'amour de la France est héréditaire chez les papes. La France n'est pas seulement la fille aînée de l'Eglise, elle en est encore la fille bien-aimée I

* Nous n'avons pas à étudier ici les services rendus par la Papauté à la civilisation, à l'humanité et à l'art par sa lutte contre l'Islamisme. Disons seulement que Calixte LU devait continuer cette lutte gigantesque, et c'est là assurément le rayon le plus éclatant de l'auréole qui enveloppe cette mémoire vénérée.

Au sein du Conclave, avant de quitter la chaire papale où il venait de recevoir les hommages des cardinaux, le nouveau pape avait juré de faire la guerre au Croissant.

— Moi Calixte III, pape, promets et fais vœu, en présence de la Très Sainte Trinité, de la Mère de Dieu, toujours vierge, des saints apôtres Pierre et Paul, de toute la cour céleste, d'employer tous mes efforts, dussé-je verser mon propre sang, pour recouvrer la cité (le Gonstantinople, saccagée et occupée par Mahomet, l'ennemi du Christ et fils de Satan, d'affranchir les chrétiens captifs, de faire triompher la foi orthodoxe et d'exterminer l'infernale secte du faux prophète (2). i

Il va, pour cette entreprise, frapper comme un mendiant, à la porte de tous les palais ; il excite le patriotisme et la piété des princes ; ses légats sillonnent

(1) M. Vallon, secrétaire perpétuel de rAcad. des inscr. et belleslettres : Jeanne éCArc^ ch. xi.

(2) Raynald., ann. 1455, n* 18. — Plat, io Calixt. III.

les quatre parties du monde pour prêcher la croisade (1).

Mais le monde chrétien est comme frappé de vertige et de cécité ; les princes se bouchent les oreilles pour ne pas entendre cette voix; ils laissent venir les hordes barbares, et affectent de ne pas croire aux prophéties du pape.

Cependant les Turcs marchent. Un jour le soleil, en se levant, éclaire l'étendard du prophète sur les frontières de la Hongrie. Calixte ne perd pas courage. Il arme, de ses propres deniers (2), une flotte destinée à porter la guerre sur les côtes asiatiques ; en même temps, il prie dans les larmes, au pied de l'autel des saints apôtres, sur la tombe des martyrs ; il invite le peuple chrétien à hâter par ses supplications le triomphe de la foi ; il institue à cette fin, non probablement pas sans une secrète inspiration, cette manière de prier trois fois le jour au son de la cloche, qui s'est répandue depuis dans l'Eglise universelle sous le nom d* Angélus. Comme cette suave prière, qui rappelle le mystère de notre rédemption spirituelle, était bien faîte pour encourager les fidèles à s'armer pour refouler les sectateurs du faux prophète qui s'appprêtaient à effacer de la terre la religion du sauveur des hommes, c'est-à-dire la civilisation (3) f

(1) Ra3rnal, eod. anno, n* 19.

(2) Raynal ana. 1456, n* 49.

(3) Platina in Galixtum III.— S. Antonin.,c. xiv, tit. 22, ap. Raynal., ann. 1456, n" 19-23. «- M. Arago,dan8 V Annuaire du bureau des longitudes, 1832, travestit de la manière suiyante cette origine de • YAngelus : Lorsqu'au 1456 on vit paraître Téclatante comète, qui devait revenir en 1835, le pape Calixte en fut si effrayé qu'il ordonna

CALIXTE m. 9

Les prières da pontife ont été entendues. Dieu luimême prend soin de Thonneur de son Christ. Un saint moine, Jean de Capistran, légat de Calixte III, et un héros chrétien^ Hunyade, conduisent les Hongrois à la délivrance de Belgrade (22 juillet 1456). Cette fois encore, la Papauté sauve l'Europe de la barbarie.

De nouvelles préoccupations assaillirent Tadmirabie vieillard. Au sein même de Tltalie, il dut défendre l'indépendance de TJ^lise contre son ancien ami, Alphonse d'Aragon lui-môme. Ce prince se flattait d'avoir fait une bonne partie de la fortune de Borgîa, et il lui semblait que son ancien confident devenu pape

pour un certain temps des prières publiques dans lesquelles, au milieu de chaque jour, on excommuniait à la fois les comètes et les Turcs ; et afin que personne ne manquât & ce devoir, il établit Tusage, qui depuis s^est conservé, de sonner & midi les cloches. » — M. Arago se trompe de tout point. Dans le décret ob Calixte III invite les fidèles à prier, au milieu du jour, pour demander à Dieu la victoire contre les Turcs, il n'est nullement fait question de la comète. — Jamais, non plus» ce pape n'a excommunié, c'est-k-dire mis hors de FEglise les Turcs ni les comètes, pour la raison bien simple que ni les unes ni les autres ne font partie de l'Eglise. — Ce n'est pas le pape, mais bien les astronomes d'alors qui furent effrayés, et décidèrent que la comète à longue chevelure rouge présageait des malheurs : Apparente cometa crinito et rubeo, cum mathematici ingentetn pestem, caritatem annanef^ magnam aliquant cladetn dieerent... Le peuple natureUement, embrassa Topinion des savants. Le pape seul ne les crut pas sur parole; mais, au cas que les iniquités des peuples leur attirassent des fléaux, si quid hominihus immineret, dit-il, ce qui est toujours à craindre, le pape s'efforça de faire tourner au profit de la morale publique les terreurs inspirées par les astronomes, et qu'il aurait vainement essayé de combattre de front. Dans ce but, il invita les peuples à prier et à s'amender, ce qui est toujours bon et salutaire. — M. Arago, comme on le voit, a voulu disculper ses confrères du quinzième siècle ; mais il ne s'est pas montré historien véridique en ridiculisant les sentiments du pape Calitte III et en blâmant sa conduite. « [Histoire de VinfaUlibilité de» papes, tome II, p. 224-229.)

10 ORIGINE DES BOKGIA.

ne devait rien refuser à ses capricieuses volontés. D lui demanda donc de lui céder, en fiefs, la Marche d'Ancône et d'autres terres de l'Eglise (1). Calixte ne se souvint que de sa dignité et de son devoir. Non seulement il refusa les fiefs demandés, il refusa encore d'admettre à l'épiscopat des sujets dont tout le mérite était d'être les favoris du roi (2). t Que le roi d'Aragon gouverne son royaume, dit-il, et nous laisse le soin de gouverner l'Eglise (3). » Alphonse ne lui pardonna point cette noble indépendance, et désormais ils se retrouvent partout en opposition.

Le 27 juin 1458, Alphonse mourut, léguant le trône à son fils naturel Ferdinand. Mais GaUxte refuse de lui donner l'investiture, à cause de sa naissance illégitime ; et, en sa qualité de suzerain, il déclare les royaumes de Naples et de Sicile dévolus au Saint-Siège. Son di'oit n'était pas douteux (4); cependant plusieurs ont vu là, un acte impolitique. En tout cas, Calixte inaugurait par là une politique nouvelle, entièrement opposée à celle de ses deux prédécesseurs, qui avaient constamment appuyé la maison d'Aragon.

Ce fut là l'origine de cette haine implacable dont les princes napolitains d'Aragon poursuivront irrémédiablement les Borgia.

(1) Commentarii Pii II, lib. II, p. 35.

(2) Plat, in Calixtum III.

(3) ^oeœ Sylvii, Hist. Europœ, c. lviii.

(4) Muratori, Annali d*ltal., anDO 1457. — Raynaldi, aDuo 1458, n'* 31-34 : « Ai constabat regnum NeapoUtanum summo jure ad 8edein apostoUcam devolutum esse, cum ipse Alphonsus in litteris (Surita, Annal., lib. XVI, c. xlix) quibus regnum Eugenio acceptum retulit, hoc jurasset : in regno et terra prœdictis nuUus succédât, qui non fuerit de legitimo matrimonio procreatus. •

Quel était le dessein du pontife ? La mort ne permit pas à Calixte III, ni de le réaliser, ni de le faire connaître et la trace en échappe à l'histoire. On a conjecuré, avec beaucoup de vraisemblance, que l'énergique vieillard s'était épris de l'idée d'agrandir la puissance de l'Eglise, en rattachant au domaine direct du Saint- Siège le plus beau de ses fiefs. On conçoit aisément que les ressources que pouvait offrir le royaume de Naples dans une guerre contre les Musulmans, dont Calixte médite toujours l'extermination, aient tenté l'àme énergique du pontife. Mais ce beau rêve s'évanouit aussitôt. Dieu appela au repos son laborieux serviteur (8 août 1458), qui laissait une mémoire vénérée à la postérité et le trône à son fidèle ministre, le célèbre iEneas Sylvius Piccolomini (Pie II).

Nous ne pouvions concevoir l'idée de ce travail sans[ nous arrêter un instant sur le seuil, pour saluer l'une des plus pures gloires de la famille des Borgia. Un autre héritier des princes d'Aragon et des comtes d'Aybar va prendre sa place. C'est à cause de lui qu'un nuage semble voiler l'auréole du pontife.

On fait un reproche à Calixte d'avoir placé sur les marches du trône pontifical, en le revêtant de la pourpre, l'homme qui devait, trente- six ans plus tard, s'appeler Alexandre VI; on le fait en quelque sorte comptable des crimes qu'on prête à ce dernier.

Or, Alexandre VI n'est point le monstre qu'on se plait à nous montrer. Cette assertion peut étonner ceux qui croient à l'histoire telle que les protestants et les rationalistes l'ont faite ; mais elle ne surprendra point ceux qui, avec De Maistre, savent que l'histoire, depuis

trois siècles, est un mensonge perpétuel et flagrant. Dans tous les cas, je donnerai mes preuves; car, comme disait Montaigne : c Gecy est un livre de bonne foy. •

Galixte, dans sa jeunesse, peut-être sur les bancs de l'université de Lérida, s'était lié d'amitié avec un jeune gentilhomme de Valence, de la noble race de Uançol. L'histoire d'Aragon montre le berceau de cette famille à l'origine de la monarchie (1). Si son origine de la maison royale d'Aragon peut être contestée, la bravoure de ses représentants ne peut être mise en doute (2).

L'amitié de Jofré ou Godefroy de Llançol pour Alphonse de Borgia devint la cause d'une union plus intime entre les deux illustres familles. Le jeune seigneur de Llançol demanda et obtint la main de la sœur de son ami, Isabel-Juana, femme dont la piété et les vertus égalaient la naissance. H en eut deux fils : Pierre-Louis, Rodrigue, et trois filles : Jeanne, Thècle et Béatrix.

Celles-ci se marièrent, Béatrix avec don Ximénes de Arenos, Thècle avec don Vital de Villanova et Jeanne avec don Guillen de Llançol (3). Elles restèrent toutes en Espagne, et leur destinée n'eut rien d^éclatant ; mais plusieurs de leurs enfants tinrent dans l'Eglise un rang distingué, grâce à la faveur de leur oncle. L'histoire s'est peu occupée de Pierre-Louis, que nous retrou

(1) Etcolano, HlsL Valeatinae.

(2) Xarita, Annales de Aragon, tom. V.

(3) Xurita, Annales de Aragon, tom V.

verons à Rome capitaine général des troupes pontificales, sous son oncle Calixte III.

C'est le plus jeune des enfants de Godefroy de Uançol, qui a attiré toute l'attention de Thlstoire. Celui-ci naquit le premier jour du mois de janvier 1431 (1) à Xatiya, petite ville du patrimoine de Bofgia, au diocèse de Valence, sur les ruines de laquelle s'élève aujourd'hui San-Felipe. Il reçut au baptême le nom de Rodrigue, illustré par plusieurs de ses ancêtres maternels, n devait un jour monter sur le trône pontifical. C'est son histoire que nous entreprenons d'écrire, sans autre préoccupation que de démêler le vrai du faux, de louer le bien et de flétrir le mal :

Qiîid verum atque decens euro et rogo, et omnis in hoc sum (2).

(1) Jacob. Volaterrani, Diar. Roman., p. 129.— Burchard et alii.— Seloa le commsntarium db bieron. porzio, publié à Rome le 18 sept. 1493, Rodrigue serait né le 11 août 1430. — La petite Tille de Xativa fut rasée de fond en comble en 1707, après la bataille d*Almanza. Philippe V, qui avait roula faire un exemple, fit bAtir sur ses raines une autre ville qui porta son nom.

(2) Horat., epist. i, lib. I.

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