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CHAPITRE V

garde, M. de Montbars, de détruire par un mot hasardé ou maladroit la bonne opinion que je puis avoir de votre sagacité.

— Je connais trop bien, sire, le respect sans bornes que je dois à Votre Majesté pour prononcer devant le roi des paroles hasardées. Je suis prêt, je le répète, à nommer cet homme.

— Vous insistez, soit! Quel est donc le nom de cet ambassadeur occulte?

— Le senor Sandoval, comte de Monterey, grand d'Espagne de première classe et chevalier couvert ! s'écria Legoff d'une voix ferme.

Cette réponse, cela devait être, frappa l'imagination de Louis XIV d'une espèce de terreur superstitieuse.

Ce Montbars qui savait ce que lui, le roi, ignorait; qui prodiguait les millions, parlait avec une assurance contagieuse de vastes projets, dignes de la puissance d'un monarque, et traitant enfin avec lui, Louis XIV, d'égal à égal, malgré la forme respectueuse dont il enveloppait ses offres, cet homme ne pouvait se tromper.

— M. de Montbars. reprit bientôt le roi en désignant par un signe de tête les billets acceptés par le banquier Samuel Bernard, le Rothschild de cette époque, billets déposés par Le-

gofT sur un guéridon, reprenez ces papiers; le roi de France ne peut accepter de l'argent d'un de ses sujets. Adressez-vous à M. de Pontchartrain, notre secrétaire d'État à la marine et aux finances. Un dernier mot pour en finir. Si, comme cela n'est pas impossible, je consens à l'expédition de Carthagène, que demandez-vous en retour des dix millions avancés par vous?

— Trois choses, sire : d'abord, que mes officiers marchent de pair avec ceux de la marine royale; ensuite, que l'amiral nommé par Votre Majesté pour commander en chef l'expédition ait, à un moment donné, et qui probablement ne se présentera pas, à m'obéir ! Toutefois, je m'engage à ne donner aucun ordre à cet amiral, qu'autant que M. Ducasse, que le roi estime si fort, connaîtra et approuvera cet ordre. Enfin, je demande que mes flibustiers reçoivent un tiers du butin qui sera fait à Carthagène.

— Accepteriez-vous des aumôniers sur les navires de votre flotte, M. de Montbars? demanda Louis XIV, sans se prononcer sur les exigences du boucanier.

— Avec la plus vive reconnaissance, sire! La pensée qu'ils recevraient les secours de la religion à leurs derniers moments, redoublerait le courage de mes flibustiers. Jamais nous n'en-

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