CHAPITRE VII
cause : ayez, je vous en conjure, confiance en mon honneur et en mon épée!
— Oh! je ne crois plus à rien, monsieur! répondit l'inconnue qui se mit à verser d'abondantes larmes, j'ai déjà été si indignement trompée ! Non, reprit-elle avec force, je ne crois plus à rien!
— La méfiance ne tient pas contre des faits, madame, dit de Morvan après avoir réfléchi; ordonnez, j'obéirai!...
Ces paroles, prononcées avec un ton qui respirait la franchise et la détermination, parurent calmer un peu les appréhensions et la douleur de la jeune femme, qui bientôt cessa de pleurer et leva enfin sur le chevalier ses grands yeux encore humides et déjà souriants.
Soit que la bonne grâce de Morvan, ou mieux encore sa respectueuse attitude, eût charmé ou rassuré la belle inconnue, toujours est-il qu'après avoir considéré pendant quelques instants à la dérobée le chevalier, elle parut reprendre confiance.
— Vous m'avez demandé tout à l'heure une explication, monsieur, lui dit-elle, rien de plus juste. Il est bien naturel que vous désiriez connaître quelle est la malheureuse que vous protégez.
— Je ne mets, je vous prie de le croire, aucune condition à l'offre de mon dévouement, s'écria de Morvan en l'interrompant; la curiosité n'entre pour rien dans mon désir ; seulement j'ai pensé que si j'étais instruit de vos malheurs passés et de votre position présente, cela pourrait peut-être bien me suggérer une idée utile à vos intérêts.
— Je vous remercie, monsieur, de vos généreuses intentions, mais hélas! mon passé tue mon avenir! je n'aspire plus qu'après l'oubli du monde et l'austère solitude d'un couvent ! Toutefois je ne voudrais pas vous laisser une impression trop défavorable de moi, reprit vivement la belle inconnue après un léger silence, et puis, plus que jamais, j'ai besoin de votre courage.
Pendant que l'étrange visiteuse prononçait ces paroles d'une voix douce et pénétrante , de Morvan la contemplait avec une admiration tellement naïve et sincère, que, l'eût-elle remarquée, il lui eût été difficile de s'en formaliser.
— Je me nomme Ismérie, continua-t-elle , et je suis la fdle du comte de Blinval, dont le nom illustre ne vous est sans doute pas inconnu?