CHAPITRE l
essayer d'enfreindre cel ordre, il ne peut y avoir aucun invonvénient à ce que nous connaissions la destination qui nous est assignée.
— Au fait, c'est juste, répondit l'officier, efTrayé à l'idée qu'un refus de sa part pourrait exaspérer le baron Legoff, donner naissance à une querelle et compromettre la possession de cette torsade de vingt mille livres qui, pour lui bas-offîcicr, représentait une véritable fortune. Votre observation est juste, baron. Eh bien! j'ai ordre de vous conduire au fort Saint-Michel.
— Merci mille fois de votre complaisance, dit Legolf; à présent que nous savons où nous allons, nous pouvons composer notre garde-robe en conséquence... Dame! vous comprenez, le climat du Nord et celui du iMidi ne se ressemblent pas.
Legoff se retourna alors vers de Morvan, et affectant un air dégagé, reprit en bas breton :
— Alain, écoule, et ne perds pas un mot de ce que je vais dire, il s'agit du salut de ton maître ! Une fois que nous serons parlis, tu prendras tout Targent du chevalier, tu t'habilleras en bourgeois, tu achèteras une voiture, et, payant chevaux et postillons au double du prix convenu, tu te rendras, en voyageant nuit et
jour, à Brest. A Brest, tu demanderas l'armateur Cointo, et tu lui apprendras ce qui m'est arrivé. Retiens bien ce nom de Cointo! A présent, chevalier, ajouta Legoff, dites à votre serviteur qu'il ait à mobéir !
Legoff, tout en parlant ainsi, avait fait semblant d'examiner plusieurs vêtements ; de Morvan imita son manège, et, prenant la parole à son tour :
— Alain, au nom de ton attachement à ma personne, remplis bien exactement les instructions de M. Legoff, dit-il : ne regarde pas à dépenser mon or; plus tu le prodigueras et mieux cela vaudra. Pars ce soir même. Au revoir.
Legoff et de Morvan déclarèrent alors à l'officier qu'ils étaient prêts à le suivre.
Un carrosse hermétiquement fermé les attendait à la porte de l'hôtel ; tous les trois y montèrent, et la voiture, escortée par une dizaine de cavaliers, partit au galop, laissant la rue de l'Arbre-Sec dans un grand émoi.
Quant à Alain, à peine son maître eut-il suivi l'officier, qu'il sortit de la ruelle du lit où il s'était tenu caché.
— Ah! ma bonne sainte Anne d'Auray, s'écria -t-il avec ferveur, donnez-moi l'intelli-
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gencc nécessaire pour accomplir les ordres de mon maître !
Alain, les yeux pleins de larmes, retira alors les neuf mille livres environ qui se trouvaient en or dans le coffre de son maître. Toutefois, quelque sincère et profonde que fût la douleur du bas Breton, un sourire joyeux passa sur son visage au moment où il mit de côté les trente ccus que lui avait donnes son maître.
La veille de l'arrestation des deux amis, un capitaine avait été demander, à la nuit tombante, l'abbc Dubois, au Palais-Royal. Ce capitaine, envoyé par d'Aubigné, et qui se nommait de Chaveignac, était parti le soir même, en chaise de poste, pour aller prendre possession du commandement du fort Saint-Michel.